ENTRETIEN AVEC INGRID PITT

A l'occasion de la disparition de l'actrice, décédée le 23 novembre 2010, Eric Escoffier vous propose cette interview d’Ingrid Pitt, originellement parue dans son fanzine "Les Monstres de la Nuit" et qu'il nous a gentiment envoyé. Merci à lui!

Eric Escoffier: Peux tu nous parler de PREHISTORICO DE SONIDO réalisé en 1963 ?

Ingrid Pitt : Je n’ai aucun souvenir de ce film car cela s’est passé il y a 44 ans. J’étais une jeune fille « étourdie » et je ne pensais pas avoir bien compris l’histoire. Tout ce que je me rappelle c’est que j’étais sur une planète où un savant faisait de moi un robot.

Eric Escoffier: As-tu vu le premier film Hammer « Frankenstein s’est échappé » ?

Ingrid Pitt : Oui je l’ai vu récemment, j’ai écrit un livre sur la Hammer qui débute en 1955 pour s’achever en 1977 avec UNE FEMME DISPARAIT. Je parle aussi des séries télévisées.

Eric Escoffier: Ton premier film était THE VAMPIRE LOVERS. Aimes tu ce genre de film ?

Ingrid Pitt : Mon premier film fut LOS DUENDES DE ANDALUCIA tourné en Espagne. THE VAMPIRE LOVERS fut le tout premier film d’horreur que je tournais en Angleterre. Je ne peux vous dire si à cette époque j’ai aimé ou pas ce film car je débutais dans le métier. Tu prends ce qu’on te donne. Ma première préoccupation était de pouvoir manger. Cependant je dois confesser qu’à ce moment là je n’étais pas une fan des films d’horreur. Mais l’œuvre avait une bonne histoire et je trouvais le tournage amusant. Beaucoup de films de ce genre étaient faits à l’époque avec un budget dérisoire.

Eric Escoffier: THE VAMPIRE LOVERS a été le premier film qui montrait la nudité et un certain côté homosexuel féminin. Je pense qu’il a donné une mauvaise image de la Hammer. Qu’en penses tu ?

Ingrid Pitt : A cette époque je n’avais visionné aucun film de lesbiennes. Je voyais dans THE VAMPIRE LOVERS deux jeunes filles s’amuser, faire des cabrioles dans un lit. Je me suis rendu compte que c’était autrement lorsque je fus invitée beaucoup plus tard à une projection au Festival de Sitges. J’ai été surprise…

Eric Escoffier: THE VAMPIRE LOVERS a marqué ta première rencontre avec Peter Cushing. Peux tu évoquer quelques souvenirs au sujet de cet homme merveilleux que j’ai rencontré jadis ?

Ingrid Pitt : Comme tu disais, Peter était un homme merveilleux. Sur le plateau de tournage de THE VAMPIRE LOVERS nous avons fêté l’anniversaire de mon père. Peter a amené un énorme gâteau avec des bougies et le nom de mon père gravé en pâte d’amande. Lorsque sa femme Helen décéda, j’assistais à l’enterrement. Après le service funéraire, Peter me confia qu’il désirait mourir afin de la rejoindre. A sa mort, je déjeunais avec un reporter. Il apprit par téléphone la terrible nouvelle et me l’annonça. Quelle fut sa surprise lorsque je lui répondis que j’étais heureuse pour lui.

Eric Escoffier: Dans THE VAMPIRE LOVERS, tes partenaires sont des filles « glamour » de la Hammer : Kate O’Mara (LES HORREURS DE FRANKENSTEIN), Dawn Adams (LES DEUX VISAGES DU Dr JEKYLL). As-tu de bonnes relations avec elles ?

Ingrid Pitt : Très bonne. Le malheur a été que Dawn Adams a eu une fin tragique puisqu’elle s’est suicidée. Je sais que Kate vit dans la côte Ouest des Etats-Unis.

Eric Escoffier: Dans COMTESSE DRACULA tu incarnes la comtesse Bathory et dans THE VAMPIRE LOVERS tu es Carmilla. As-tu lu le roman de Sheridan Le Fanu, « Carmilla » ?

Ingrid Pitt : Je n’ai pas lu « Carmilla » de Sheridan Le Fanu mais je pense que l’œuvre reste fidèle au roman. Pour ce qui concerne la comtesse Bathory, il n’y a pas eu de recherches historiques. Après le tournage du film, je fus invitée à une tournée promotionnelle à Cachtice Castle où elle vécu. Le film est une fiction alors que dans la réalité, elle a assassiné 650 jeunes femmes.

Eric Escoffier: Tu as travaillé avec Peter Sasdy et Roy Ward Baker. Peux-tu nous parler de ces deux réalisateurs ?

Ingrid Pitt : Totalement différents. Roy Ward Baker était très gentil alors que Peter Sasdy était corrosif. Il désirait une double voix pour COMTESSE DRACULA. Au début je n’étais pas d’accord puis je décidais de travailler ma voix afin d’obtenir deux timbres : l’un pour la comtesse jeune et l’autre pour la comtesse vieille avec un accent car elle était hongroise. Peter me ramener une actrice qui me double avec un accent insupportable. Au festival de Sitges, à la fin de la projection, je sortis furieuse et je poussais Peter par dessus le mur du port. Heureusement que c’était du côté sec.

Eric Escoffier: Aurais tu aimé travailler avec Terence Fisher ?

Ingrid Pitt : Terence Fisher a été le meilleur réalisateur de chez Hammer Films. J’aurais aimé avoir eu le privilège de travailler avec lui.

Eric Escoffier: Penses tu que Michael Carreras fut un bon producteur pour la Hammer Films ?

Ingrid Pitt : Michael Carreras semblait toujours avoir un pas de retard par rapport au travail demandé. Lorsuq’il a quitté Hammer un certain temps pour aller travailler dans une autre compagnie, il ne tarda pas à revenir. Il a eu une chance unique parce que son père avait la charge de la compagnie et qu’il lui apprit le métier. Malheureusement Michael pensait que ce genre de films était en dessous de tout. Lorsqu’il est revenu la Hammer était au bout du rouleau et il n’a jamais su quoi faire

Eric Escoffier: Dans LA MAISON QUI TUE, tu joues à nouveau un vampire. Un souvenir de ce tournage ?

Ingrid Pitt : Totalement amusant, spécialement avec Jon Pertwee. A l’origine mon sketch devait être une histoire macabre mais Jon amena une véritable touche d’humour.

Eric Escoffier: Les deux dernières productions Hammer furent UNE FILLE POUR LE DIABLE de Peter Sykes et UNE FEMME DISPARAIT d’Anthony Page. Quelle a été ton impression ?

Ingrid Pitt : Bien avant ces deux films, c’était déjà terminé pour la Hammer. James Carreas avait quitté la compagnie, laissant son fils qui n’avait aucune vision de ce qu’il fallait faire. Avec ces deux derniers films, Michael était complètement dépassé. Il a tenté de se tourner vers la télévision. Mais tu sais comme moi que les Américains tiennent le marché mondial en ce qui concerne les feuilletons, ce n’était pas fait pour la Hammer de s’aligner avec des séries américaines.

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