2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK
Titre: 2019 - Dopo la caduta di New York /
2019 After the Fall of New York
Réalisateur: Sergio Martino
Interprètes: Michael Sopkiw

 

Valentine Monnier
Anna Kanakis
George Eastman
Edmund Purdom
Romano Puppo
Paolo Maria Scalondro
Année: 1983
Genre: Science-fiction / Post Nuke
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Au début des années ’80 le cinéma de genre italien s’avère, malheureusement, en perte de vitesse et complètement largué face à la concurrence, principalement américaine, bien mieux nantie financièrement. Inventif durant les précédentes décennies, le bis de la Péninsule va, hélas, choisir la voie la plus facile face au triomphe des grosses productions ricaines.

Plutôt que d’innover, les producteurs se lancent alors frénétiquement dans les imitations de tous les succès du box-office, une tendance certes déjà présente dans les années 70 mais qui, en ce début des eighties, atteint son paroxysme.

Après LES DENTS DE LA MER, L’EXORCISTE, LA GUERRE DES ETOILES ou VENDREDI 13, les Italiens choisissent de décalquer CONAN LE BARBARE ou la science-fiction dite « post-nuke ». Ces derniers films, qui imaginent un monde retourné à la barbarie après une catastrophe, généralement nucléaire, tirent, bien sûr, leur inspiration de MAD MAX 2 et NEW YORK 1997, ainsi que de NEW YORK NE REPOND PLUS ou même, parfois, des GUERRIERS DE LA NUIT et de l’ancêtre LA PLANETE DES SINGES.

Toutes ces influencent se retrouvent dans le métrage de Sergio Martino, lequel est sorti à peu près à la même époque que 2020 TEXAS GLADIATOR, LE GLADIATEUR DU FUTUR, LES GUERRIERS DU BRONX 2, LES NOUVEAUX BARBARES ou encore LES EXTERMINATEURS DE L’AN 3000.

Le cinéaste, qui fut un des meilleurs spécialistes italiens du giallo au début des années ’70 puis livra de très honnêtes films d’aventures horrifiques (LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE, LE GRAND ALLIGATOR) signe ici un de ses derniers métrages potables avant de sombrer dans le téléfilm, le thriller érotique pataud (DESIR MEURTRIER) ou la science-fiction ringarde (ATOMIC CYBORG).

Que raconte 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK ? Une intrigue très simple dont on trouvera, 20 ans plus tard, une illustration bien plus convaincante dans LES FILS DE L’HOMME. Nous sommes en 2019, une vingtaine d’années après l’apocalypse nucléaire ayant rendue l’humanité stérile. Une seule femme reste féconde et pourrait relancer l’espèce humaine, nouvelle Eve que le Président mourant de la Terre pense expédier vers les étoiles à bord d’une nef spatiale, dans l’espoir de recréer un monde meilleur loin de la contamination. Le combattant Parsifal, spécialiste des courses de voitures, se voit charger par le Président de retrouver la demoiselle en question, maintenue en cryogénie par son paternel au cœur d’un New York devenu le territoire de bandes d’hommes singes et d’un groupuscule para militaire se surnommant les Euraks.

 

Sergio Martino, après un début rageur rappelant MAD MAX 2, s’inscrit résolument dans le plagiat de NEW YORK 1997, agrémenté d’une légère touche de LA PLANETE DES SINGES lorsque le viril héros rencontre une tribu de primates humanoïdes menée par le grand acteur d’exploitation George Eastman. Très prévisible et linéaire, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK va, heureusement, privilégier l’action durant une bonne partie du temps de projection et Martino lui confère un rythme prenant qui multiplie les rencontres et les affrontements.

En dépit de brefs éclats de violences légèrement gore, le film garde, en outre, un côté très adolescent, aboutissant à résultat d’une grande naïveté mais divertissant, à la manière d’un roman d’anticipation de gare. Les maquettes, par exemple, sont ringardes mais possèdent un charme nostalgique indéniable et les bagarres sont nombreuses quoique plus enthousiastes qu’efficaces étant donné la pauvreté des chorégraphies de patronage.

Le final, plus original, se pare, de son côté, d’un aspect plus réflexif et alterne moments de tendresses surprenants et course-poursuites échevelées (entre autre dans un tunnel, au volant d’un véhicule blindé), une fois encore fortement inspirée par le classique de John Carpenter. En fait, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK se distingue surtout de son modèle par un ton moins nihiliste et cynique, voire même optimiste comme en témoigne le happy end étonnant dans un pareil contexte.

Niveau violence, le métrage trahit ses origines italiennes et présente des corps dévorés par les rats, des énucléations, des tripes déversées, des impacts de balles sanglants,…Tout cela est, cependant, contrebalancé par un ton détaché et léger en dépit de l’aspect sinistre des prémices, auquel il faut ajouter une poignée de passages fort kitsch, en particulier tout ceux où interviennent les hommes singes menés par George Eastman. Ce dernier tire, une fois de plus, la couverture à lui avec son costume coloré de pseudo boucanier du futur revenu de la Gay Pride qui accepte d’aider les héros afin de pouvoir engrosser la dernière femme féconde (« rends moi immortel, porte ma semence » déclare t’il avec emphase).

Dans un joyeux foutoir, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK ne se préoccupe hélas jamais de rendre son anticipation crédible, ni même vraisemblable, empilant vaisseaux spatiaux fonctionnels et monde retourné au Moyen-âge, juxtaposant voitures rapides et chevaux, armes bricolées et pistolets lasers, contaminés agonisant et primates mutants, costumes éclatants et cuir noir, milice para militaire et punks barbares…Bref, une fois encore, Sergio Martino semble s’inspirer des romans de science-fiction les plus naïfs de « l’âge d’or », ne visant pas autre chose que le dépaysement et le divertissement.

Parfois, le cinéaste parait complètement à court d’idée pour tirer son héros des pièges dans lesquels il s’est fourré et recourt à des « trucs » que n’auraient pas osés les scénaristes les plus fatigués du serial, comme ces lames rendues fluorescentes pour faciliter la fuite des « gentils » conduisant leur voiture blindée dans un tunnel obscur.

Malgré toutes ces faiblesses, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK demeure un spectacle globalement plaisant et enjoué. Avec peu de moyens et des terrains vague en guise de décors, Sergio Martino s’en tire plus honorablement que ses collègues besogneux et les interprètes se révèlent, eux, corrects ou, à tout le moins, suffisamment cabotins pour rendre leur prestation agréable.

Le rythme soutenu et la violence généreuse compense une action brouillonne et des effets spéciaux défaillants, rendant, au final, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK plutôt sympathique pour les nostalgiques du bis post-nuke. Sans être un classique du genre, le métrage de Sergio Martino témoigne du savoir-faire indéniable du cinéaste et se savoure sans prise de tête, avec des chips et une bibine.

Une certaine idée du cinéma populaire sans prétention et plutôt plaisant, à réserver toutefois aux amateurs de « bisseries » flirtant dangereusement avec le nanar.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011