5150, RUE DES ORMES
Titre: 5150 rue des ormes
Réalisateur: Éric Tessier
Interprètes: Marc-André Grondin

 

Normand D'Amour
Sonia Vachon
Mylène St-Sauveur
Élodie Larivière
Catherine Bérubé
 
Année: 2009
Genre: Thriller / Horreur
Pays: Canada
Editeur  
Critique:

Thriller canadien précédé d’une solide réputation, 5150 RUE DES ORMES prouve qu’il est possible de réussir un métrage flippant jouant la carte de l’angoisse psychologique en (quasi) huis-clos. Le québécois Eric Tessier, réalisateur de 5150 RUE DES ORMES s’était déjà signalé avec son premier film d’épouvante, SUR LE SEUIL, adaptant un roman de son compatriote Patrick Senécal. Pour son retour au genre et sa troisième réalisation, Tessier retrouve d’ailleurs Senécal, déjà auteur d’une dizaine de romans de terreur dont LES 7 JOURS DU TALION, également porté à l’écran en 2010.

L’intrigue de 5150 RUE DES ORMES s’avère en apparence très simple mais sa richesse provient des détails et, en particuliers, de la psychologie des personnages. Yannick, étudiant en cinéma, se blesse en tombant de vélo. Cherchant à appeler un taxi et à soigner ses blessures, le jeune homme sonne au numéro 5150 de la rue des ormes. Là, il est témoin de l’exécution d’un inconnu retenu prisonnier dans cette demeure en apparence banale. Le responsable du meurtre est un certain Jacques Beaulieu, lequel vit avec son épouse, sa fille adolescente et sa cadette, handicapée mentale et malade. Jacques divise le monde en « justes » et « non justes » et élimine ces derniers, à savoir les vendeurs de drogue et autres pédophiles rodant dans sa ville. Jacques, également champion d’échecs et passionné par ce jeu, décide de séquestrer Yannick sans trop savoir que faire de lui à plus long terme. Finalement, Jacques propose un marché au jeune homme: si il parvient à le battre aux échecs, il sera libre.

Ecrit en 1994, le roman « 5150, rue des ormes » nécessita un travail d’adaptation de 5 ans pour passer le cap du grand écran, un boulot réalisé par Eric Tessier et Sénécal lui-même. L’essentiel du métrage se focalise sur l’existence quotidienne de la famille Beaulieu, soumise à l’autorité écrasante de Jacques, le père de famille en apparence modèle. Celui-ci cache en réalité un tueur psychopathe se référant à Dieu et estimant accomplir une véritable croisade purificatrice, supprimant les « non justes » de manière implacable. Il élève sa fille ainée, Michelle, dans l’idée qu’elle puisse prendre la relève un jour prochain et poursuivre son projet justicier. Maude, l’épouse de Jacques, vit elle complètement sous la domination de son mari mais l’arrivée de Yannick, qui lui rappelle son fils mort né, va bouleverser sa vie. Enfin, la jeune cadette, Anne, handicapée mentale, muette et malade, n’a d’autre choix que d’assister passivement à d’innombrables cruautés.

 

5150 RUE DES ORMES s’appuie d’abord sur un casting de grande qualité, dominé par un acteur exceptionnel, Normand d’Amour, qui incarne à la perfection Jacques Beaulieu. A ses cotés, Marc André Grondin (vu dans LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE et BOUQUET FINAL), du haut de ses 25 ans, campe un étudiant en cinéma aspiré dans une spirale de violences. Les autres interprètes, que ce soit Mylène St-Sauveur, Sonia Vachon ou Elodie Larivière sont également impeccables. L’horreur psychologique prend rapidement le pas sur les aspects graphiques de l’intrigue, en dépit de quelques passages brutaux et de scènes malsaines, comme celle du jeu d’échec dont les pièces sont autant de cadavres putréfiés.

La seconde partie du métrage va d’ailleurs se focaliser sur les parties d’échec que disputent les deux principaux protagonistes, à la folie froide de Jacques répondant l’obsession de Yannick de gagner, ne serait-ce qu’une seule fois contre son invincible adversaire. La performance des comédiens rend, pratiquement à elle seule, crédible cette histoire glauque et oppressante mais la mise en scène d’Eric Tessier et les dialogues très travaillés font de 5150 RUE DES ORMES une vraie réussite.

Avec un point de départ apparemment banal qui, en de mauvaises mains, aurait donné un simple torture porn plus ou moins parodique (l’argument ressemble à celui de MUM AND DAD), Eric Tessier accouche d’une vraie réussite dont les quelques scories s’effacent au final de part les indéniables qualités d’écriture, d’interprétation et de mise en scène.

Bref, 5150 RUE DES ORMES constitue une jolie surprise qui mérite d’être découverte par un large public, un bon thriller psychologique mais jamais ennuyeux.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010