CINQ HOMMES ARMES
Titre: Un esercito di cinque uomini
Réalisateur: Don Taylor & Italo Zingarelli
Interprètes: Peter Graves

 

Bud Spencer
James Daly
Nino Castelnuovo
Tetsurô Tanba
Claudio Gora
Giacomo Rossi-Stuart
Année: 1969
Genre: Western / Aventures
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Ce très honnête western, co-scénarisé par Dario Argento, donne la vedette à Peter Graves, héros récurent de « Mission : Impossible ». Un choix logique tant le métrage ressemble à une déclinaison grand écran, transposée dans l’Ouest, de la célèbre série télévisée, toutefois mâtinée d’un esprit « film de commando ».

CINQ HOMMES ARMES suit, par conséquent, les préparatifs d’un vol audacieux, celui d’une belle quantité d’or, par cinq hommes aux capacités complémentaires : un grand stratège, un expert en armes blanches, un balèze à la force herculéenne, un acrobate et un spécialiste vieillissant de la dynamite. 1915, en pleine révolution mexicaine. Le Hollandais, stratège émérite, rassemble quatre hommes pour une mission délicate : s’emparer d’une importante cargaison d’or convoyée par un train lourdement défendu. Une fois la mission remplie le Hollandais a promis le pactole aux révolutionnaires mais, en réalité, il compte garder l’argent pour lui et ses hommes.

Comme dans la plupart des « classiques » de ce style, la préparation de l’attaque et le vol en lui-même occupent toute la partie centrale du métrage et en constituent l’ossature, sur laquelle se greffe quelques intéressantes considérations. Des commentaires nostalgiques et désabusées, comme en témoigne cet échange émouvant entre le dynamiteur et le stratège. - « Nous sommes quatre hors la loi pas très jeunes plus un gamin et nous avons contre nous une centaine de soldats, sans compter un train blindés et un canon […] cinq pauvres diables contre des mitrailleuses lourdes et des carabines à répétition, des engins qui n’existaient pas dans le bon vieux temps, on est des condamnés en sursis », déclare le vieillard. - « alors pourquoi as-tu accepté de venir ? » réplique le Hollandais. - « parce que je n’ai plus rien à perdre. Ca fait plusieurs années que nous sommes mort. Nous sommes finis.»

A l’image des westerns dit « crépusculaires », les héros de CINQ HOMMES ARMES sentent leur fin approcher mais préfèrent partir en beauté, lors d’un dernier coup, plutôt que vivre dans l’Ouest nouveau, celui de la modernité et des automobiles. Ce monde futur n’est pas le leur. D’où cette réunion incongrue entre une brute « ayant pataugé cinq ans dans le fumier », un samouraï réduit à participer à des spectacles de cirque, un jeune voleur traqué, un vieux joueur de poker expert en explosifs et un tacticien exilé et sans racines. Ces « cinq hommes armés » ont déjà un pied dans la tombe mais n’hésitent pas à prendre d’assaut un train lourdement armé convoyant cinq cents milles dollars capable d’alimenter la révolution.

Si les bandits espèrent tout d’abord empocher cet argent, ils se rallient, au final et bon gré mal gré, aux insurgés. Le Hollandais révèle en effet qu’il souhaite offrir son soutien aux révolutionnaires pour venger son épouse assassinée et ses complices, d’abord réticent, acceptent finalement cette nouvelle donne. Pas très vraisemblable mais l’honneur des voyous se voit restauré, in extremis, par cette bonne action rachetant tous leurs « péchés » précédents. Un grand éclat de rire conclut d’ailleurs ce métrage picaresque et divertissant, comme si nul n’était vraiment dupe de ce coup de théâtre mais que chacun voulait cependant croire en la possible rédemption des canailles.

Non dénué d’ampleur et de lyrisme, plus proche du modèle américain que de l’italien, CINQ HOMMES ARMES privilégie les grands espaces et les extérieurs majestueux, délaissant les gros plans sur les gueules burinées ou les lenteurs caractéristiques. La violence, elle, reste timide et le métrage évite les excès « Spaghetti » qui charment les aficionados… et irritent les détracteurs.

La musique d’Ennio Morricone, par contre, toujours splendide et formidablement utilisée, s’impose comme une des meilleures compositions du maestro, à découvrir sans tarder pour ses admirateurs. La mise en scène de Don Taylor, elle, se montre efficace et carrée, sans fioriture mais non dénue de grandeur, au service d’un script classique mais plaisant. La paternité du métrage est toutefois discutée puisque la version italienne crédite à ce poste le producteur Italo Zingarelli et certaines rumeurs laissent entendre que Dario Argento y aurait également participé.

La distribution prestigieuse et les moyens conséquents assurent, de leur côté, un spectacle agréable et rarement ennuyeux tant le rythme se révèle soutenu en dépit d’une durée conséquente de 105 minutes. Du très bon Peter Graves à un Bud Spencer en forme olympique, les acteurs de CINQ HOMMES ARMES s’amusent et le spectateur prend beaucoup de plaisir à leurs aventures hautement divertissantes, en particuliers lors de la spectaculaire attaque du train, riche en suspense et en moments de tension parfaitement maîtrisés.

Entre les tics du western italiens (ici fortement atténués) et la majesté du grand frère américain, entre le film d’aventures enjoués et le western pessimiste de fin de cycle, entre cynisme et exaltation de la Révolution, entre humour et commentaires désabusés sur un monde à l’agonie, CINQ HOMMES ARMES trouve, étonnamment, le ton juste et s’impose comme une belle réussite à consommer sans modération, ses qualités pouvant même convaincre les habituels réfractaires du « Spaghetti ». A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2011