99 FEMMES: LES BRULANTES
Titre: 99 Womens / Der heiße Tod
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Maria Rohm

 

Herbert Lom
Maria Schell
Mercedes McCambridge
Elisa Montes
 
 
Année: 1969
Genre: Women In Prison
Pays: Liechtenstein / Espagne / Allemagne / Italie
Editeur  
Critique:

Spécialiste du cinéma d’exploitation, Jésus Franco se devait de livrer sa pierre à l’édifice du « Women In Prison » et 99 FEMMES peut se targuer d’être un des premiers exemples de ce sous-genre bien particuliers ayant connu son heure de gloire durant les seventies.

L’intrigue s’avère aujourd’hui classique : quelques jeunes femmes condamnées à la prison pour des motifs variés sont conduites sur une île perdue abritant un imposant pénitencier surnommé Le Château de la Mort. Dirigé par l’inflexible Mme Diaz et le libidineux gouverneur Santos, le bagne est un véritable enfer et les détenues y meurent régulièrement de mauvais traitements. Un médecin dépêché sur place exige une enquête sur les conditions de détentions et envoie la belle Léonie pour faire la lumière sur le Château de la Mort. Dans le même temps, quelques unes des 99 détenues décident de s’évader en compagnie d’un homme échappé de la prison (masculine) voisine. Mais une bande de bagnards en chaleur compromet tout cela…

Connu sous plusieurs titres selon les versions (99 FEMMES ou LES BRULANTES), le métrage de Franco se décline en montages plus ou moins sexy et fut ensuite caviardé d’inserts pornos pour le marché français durant les années 70. La version « originale », pour sa part, se montre beaucoup plus modérée mais bénéficie d’un casting assez réputé. Mercedes McCambridge (la voix de la possédée dans L’EXORCISTE), Maria Schell (vue ensuite dans SUPERMAN), Lucina Paluzzi (la James Bond girl d’OPERATION TONNERRE), Maria Rohm (une des égéries de Franco) et Herbert Lom (l’adversaire de Peter Sellers dans les PANTHERE ROSE) assurent donc une interprétation étonnamment efficace et classieuse pour ce genre de produit.

Au générique nous remarquons encore quelques familiers du bis, comme le fameux producteur Harry Allan Towers, spécialisé dans les adaptations de classiques de la littérature, lesquels ne lui ont pourtant rien fait (on le retrouve derrière les sagas Fu Manchu et Sumuru, d’après Sax Rohmer, plusieurs Dorian Gray, quelques Agatha Christie, un Jules Verne, et pas mal de films polissons inspirés par le Marquis de Sade). Au montage, nous notons la présence de l’inénarrable et regretté Bruno Mattei, le futur empereur de la série Z fauchée.

La musique, elle, est assurée par le talentueux Bruno Nicolai, garant d’une certaine bonne tenue orchestrale même si sa composition semble aujourd’hui bien datée, ce qui ne l’empêche pas de dégager un certain charme suranné. 99 FEMMES se divise clairement en deux : la première partie joue la carte d’un certain sérieux et développe ses personnages, lesquels évoluent dans le décor menaçant d’un château massif. Au cœur du pénitencier se cachent des cellules peu hospitalières, véritables grottes creusées dans la pierre dans lesquelles les détenues s’entassent, contraintes à une promiscuité propice à tous les excès. Pourtant Franco se contentera de timides attouchements lesbiens, limitera au maximum les sévices (quelques gifles en fait) et les affrontements entre filles dans les rivières permettant de sympathiques concours de T-shirt mouillé. Pas de quoi réellement satisfaire l’amateur d’érotisme ou de violence sadique, donc.

Et c’est bien là le drame de ce 99 FEMMES, lequel se suit poliment mais avec beaucoup d’ennui quand même tant ce métrage se montre trop modéré et timoré pour passionner réellement. La dernière demi-heure, pour sa part, montre davantage de complaisance dans l’exploitation. Trois prisonnières s’évadent, affrontent un serpent que l’une d’elles tue au couteau (la scène, dans l’esprit mondo, valut au métrage d’être banni dans certains pays!), fuient avec un autre bagnard mâle et rencontrent une bande de taulards en ballade dans la jungle. Evidemment, l’un des détenus comprend vite la situation (« je suis condamné à perpète et ça fait 10 ans que j’ai pas couché avec une femme ») et la suite dégénère vers le viol collectif d’une des évadées. Mais Franco, bien timide, résiste vaillamment aux sirènes du bis et tient bon la rampe d’un métrage davantage pensé comme un « drame carcéral sérieux » (si, si…enfin il faut le dire vite mais l’intention y est) que comme un festival de crêpage de chignon dans la boue et de broutage de minou sous la douche. Que celui qui a dit « dommage » sorte tout de suite, on n’est pas là pour rigoler ! L’essentiel des joyeusetés sera suggéré et se déroulera hors champ. Une pudibonderie un peu frustrante pour ne pas dire carrément déplacée !

Avec 99 FEMMES, Jésus Franco semble donc le cul entre deux chaises : il se souvient de ses débuts où on le considérait comme un des espoirs du cinéma populaire et refuse (pour quelques temps encore) de se vautrer dans l’exploitation pure et dure. La bonne tenue visuelle, la mise en scène pas trop paresseuse, les décors et extérieurs de qualité et les interprètes plus convaincants que de coutume ne compensent malheureusement pas le rythme anémique et le manque de puissance brute du métrage. Le cinéaste se perd d’ailleurs souvent dans des digressions sur la corruption du système carcéral afin de se donner une certaine caution, quitte à verser dans les dialogues bien nanar (« je suis atteinte d’une maladie rare en prison : un excès d’humanité ») et n’assume jamais son statut de produit bis racoleur. Hélas il s’agit plus d’un défaut que d’une qualité dans le cas qui nous occupe !

Ce 99 FEMMES constitue, au final, une petite série B plutôt bavarde et assez ennuyeuse qui se regarde distraitement mais sans la moindre passion. Une sorte de mise en bouche pour les futurs « classiques » de Franco que sont ILSA ULTIMES PERVERSION, SADOMANIA, FEMMES EN CAGE, DES FILLES POUR LE BLOC 9, DIAMANTS POUR L’ENFER ou encore QUARTIER DE FEMMES, la supposée suite de ce 99 FEMMES bien décevant et sans doute trop soft aujourd’hui pour intéresser le public avide de Women In Prison.

Cela dit, en tant que curiosité, cela se laisse gentiment regarder.

Fred Pizzoferrato - Juin 2009