A 16 ANS DANS L'ENFER D'AMSTERDAM
Titre: Hanna D. - La ragazza del Vondel Park
Réalisateur: Rino Di Silvestro
Interprètes: Ann-Gisel Glass

 

Sebastiano Somma
Karin Schubert
Jacques Stany
Donatella Damiani
Tony Serrano
 
Année: 1984
Genre: Sexploitation / Drugsploitation
Pays: Italie
Editeur
Critique:

En 1981 Uli Edel obtient un joli succès avec le drame MOI CHRISTIANE F., 13 ANS, DROGUEE PROSTITUEE inspiré du livre éponyme consacré à une jeune toxicomane berlinoise. Une aubaine pour Rino Di Silvestro, cinéaste spécialisée dans la sexploitation crapoteuse et les « sujets chocs » précédemment coupable de LA VIE SEXUELLE DANS LES PRISONS DE FEMMES, LES DEPORTEES DE LA SECTION SPECIALE SS et le sexy giallo LES DOSSIERS ROSES DE LA PROSTITUTION. Des productions calibrées « Dossiers de l’écran » : bref, on se retrouve après le film pour le grand débat de société.

Après avoir visionné le drame d’Uli Edel, Di Silvestro flaire rapidement la bonne affaire (adolescente sexy contrainte à la prostitution et drogue dure doivent l’inspirer) en ces temps où le bis italien, en pleine déconfiture, s’épuise à copier tout ce qui fonctionne au box-office. Le cinéaste s’associe donc avec l’impayable Bruno Mattei, ici crédité au montage (mais certaines sources affirment qu’il a également trempé dans le scénario voire la mise en scène), pour livrer un produit totalement trash.

L’intrigue, parcellaire, suit la triste destinée d’Hannah D., jeune adolescente du Vondel Park d’Amsterdam contrainte à faire des passes pour entretenir sa mère alcoolique sous la coupe d’un salopard de gigolo. Lorsque celui-ci tente d’abuser d’Hannah, la fille se rebiffe et beau-papa prend le large, laissant maman en plein marasme. La déchéance se poursuit pour Hannah qui croise la route d’un proxénète, tourne du porno puis est initiée à l’héroïne. Heureusement un jeune homme au cœur pur, Axel, se donne pour mission de la sauver et tente de la faire décrocher.

Peu soucieux de son sujet, Rino Di Silvestro n’en retient rapidement que les aspects les plus graveleux pour accoucher d’un métrage de pure exploitation. Souvent estampillé « érotique », A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM ne l’est pourtant nullement (excepté, peut-être, durant la première scène entre la gamine et un client située dans un train de nuit) tant le cinéaste se vautre dans la fange avec délectation. L’unique but du cinéaste est donc de choquer en multipliant les scènes de shoot bien craspec au cours desquelles les toxicos s’injectent la poudre avec de peu ragoutants gros plans sur des seringues pénétrant dans les veines.

Filmé dans des décors décrépis, pisseux et taggués (tout droit sortis d’un post-nuke rital), le long-métrage surenchérit dans le sordide lorsqu’un drogué suicidaire crasseux (il ressemble plus à un zombie qu’à un être humain !) se suicide pour échapper à sa triste condition. Autre grand moment : l’extraction, en plein cadre, d’un tube empli de drogue coincé dans le postérieur d’une demoiselle qui rend visite à une Hannah emprisonnée.

Di Silvestro décrit également les luttes entre bandes rivales et orchestre quelques bastons mollassonnes entre dealers entrecoupées de tabassage en règle de prostituées récalcitrante (des scènes qui ressemblent à celles déjà vues dans le précité LES DOSSIERS ROSES DE LA PROSTITUTION). Après toutes ces outrances peu ragoutantes, la seconde partie se voit, pour sa part, placée sous le signe de la rédemption: notre pute toxico est ainsi sauvée de la dépravation par un courageux bonhomme enamouré. Le joli cœur n’hésite d’ailleurs pas à défier le maquereau de la demoiselle lors d’une joute sur un bateau qui finit mal puisque le proxénète préfère se noyer lorsqu’il voit filer son gagne-pain. Autrement dit, on n’est pas là pour rigoler !

Malheureusement, la mise en scène confondante de platitude et le montage erratique (devant les coupes sont abruptes et l’action totalement déconnectée d’une scène à l’autre on soupçonne le scénariste d’avoir égaré la moitié du script) atténuent l’aspect malsain d’un métrage finalement relativement anodin néanmoins doté de quelques plus-values indéniables. Ainsi, A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM donne la vedette à la jeunette Ann-Gisèle Glass toute émoustillante avec son physique juvénile de femme-enfant. La lolita des bas-fonds est ici au début de sa carrière quoiqu’elle ait déjà fréquenté les plateaux de PREMIERS DESIRS et du culte LES RATS DE MANHATTAN. Par la suite, la Strasbourgeoise préféra tourner pour Godard (DETECTIVE) et Doillon (LA TENTATION D’ISABELLE) et reniera son passé « bis » avant une reconversion dans la série télé policière style « Navarro ». Détaillée sous toutes les coutures par une caméra voyeuse, Ann-Gisèle Glass livre une belle prestation impudique tandis que le réalisateur exploite au maximum ses charmes afin de flatter les bas instincts du spectateur. La comédienne attire donc tous les regards quoique, dans le rôle de sa mère, l’Allemande Karin Schubert, alors en pleine déchéance, se déchaine dans une surenchère de vulgarité. Un rôle aux échos biographiques quasi malsains pour cette ancienne actrice « mainstream » (notamment vue dans LA FOLIE DES GRANDEURS) qui se spécialisa ensuite dans l’érotisme avant que des problèmes personnels ne la contraignent, au tournant de la quarantaine, à une reconversion dans le porno bien hard.

Bref, A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM se situe à des kilomètres d’une œuvre consciencieuse ou sérieuse et s’apparente surtout à un produit racoleur comme les Italiens savaient les cuisiner au cours des années ’70 et ’80. Histoire de terminer ces tristes aventures sur une note plus joyeuse, le film s’offre un happy-end improbable (ballade romantique et envolée de colombes en prime) au son d’une chanson mélancolique à souhait. Cependant, un carton final nous apprend que si cette histoire se termine bien pour Hannah « de nombreuses jeunes filles souffrent encore » dans les bas quartiers d’Amsterdam ou d’ailleurs.

En dépit de sa médiocrité, A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM se suit toutefois sans ennui (une durée réduite à environ 80 minutes étant appréciable) et demeure un témoignage intéressant sur une époque révolue du bis italien où chacun s’ingéniait à copier une recette éprouvée en surenchérissant dans l’outrance et le mauvais goût.

Fred Pizzoferrato - Juillet 2015