IL ETAIT UNE FOIS L'UNIQUE
Titre: Bruce Lee - A Dragon Story /
Super Dragon - The Bruce Lee Story / Dragon Kung Fu
Réalisateur: Shut Dik
Interprètes: Bruce Li

 

Cheng Fu Hung
Yue Faan
Ngai Yat Ping
Chow Jun
 
 
Année: 1974
Genre: Bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur Bach Films
Critique:

Réalisé en 1974 par l’inconnu Shut Dik, IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE (alias « Bruce Lee – A Dragon Story ») s’inscrit dans la lignée des bruceploitations de sixième zone qui se proposent de relater, de manière romancée, la vie de Bruce Lee.

Le film débute par la vision de Bruce Lee (joué par Bruce Li) roulant en vélo et livrant des journaux aux Etats-Unis. Par la suite nous suivons le quotidien de la future star : entraînement et participation à un combat au cours duquel Lee gagne contre l’inévitable méchant karatéka japonais en cinq secondes chrono. Le Dragon décide alors de fonder sa propre école d’arts martiaux mais, rapidement, il attire l’attention de rusés producteurs qui l’engagent pour devenir la vedette d’une série télévisée, « Le Frelon Vert ». Ensuite, Lee, confiant dans sa valeur, part pour Hong Kong et offre ses services à différents studio de cinéma mais leur dirigeants refusent le salaire mirobolant exigé par le Petit Dragon.

Rentré piteusement aux Etats-Unis, Lee se voit toutefois contacté par un investisseur bien décidé à lancer sa carrière asiatique. Sur place, le Dragon tourne sous la direction de Lo Wei, qui le déteste, et trompe allègrement son épouse, Lina (On suppose qu’il s’agit en réalité de Linda) dans les bras de la starlette Betty Ting Pei, sans pour autant refuser les avances d’autres actrices.

Réalisé, apparemment, en 1974 (les dates de tournage et de sorties des petits kung fu bis sont fréquemment sujettes à caution), IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE est, par conséquent, considéré comme une des premières bruceploitations. C’est également une des premières biographies (aussi fantaisiste soit elle) de Bruce Lee. Le film se focalise essentiellement sur les relations amoureuses de la star avec son épouse et sa maîtresse, tout en détaillant les tournages parfois difficiles et les rivalités avec certains metteurs en scène vieillissant. Malheureusement, tout cela est traité par-dessus la jambe et sans le moindre souci de réalisme, aboutissant à un cocktail indigeste et, surtout, profondément ennuyeux.

Si la première demi-heure propose son quota de combats, même chorégraphiés à la manière d’une démonstration de patronage, la suite verse dans le mélodrame et développe un pénible triangle amoureux.

Probablement pour éviter des poursuites juridiques, les producteurs ne prononcent jamais le nom de Bruce Lee (ni celui de ses films ou séries) et transforment subtilement les patronymes de la plupart des intervenants. Linda Lee devient Lina, Betty Ting Pei se voit rebaptisée Tang Pei, le producteur Mr Gau (alias Mr Chow) ne trompe personne tandis que l’irascible réalisateur renvoie à une version peu flatteuse du vétéran Lo Wei.

Les séquences de combats, censées se dérouler lors du tournage des films de Lee, sont, pour leur part, risibles. Un metteur en scène incompétent (« on s’en fout de l’objectif, je veux de l’action, de l’action, de l’action ! ») vautrée dans un fauteuil dirige (hum !) une bande de figurants tabassés par un Petit Dragon enragé. Selon IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE, Bruce Lee aurait d’ailleurs enchaîné les tournages à un rythme frénétique, gagnant ainsi beaucoup d’argent afin de jouer au golf et d’entretenir ses maîtresses. Des films qui, comme le savent tous les admirateurs de l’acteur, se limitent à détailler le Dragon envoyer au tapis de petites frappes se croyant experts en arts martiaux. Vu le succès de Lee, les producteurs se disputent rapidement sa présence dans leurs œuvres, quitte à engager de grosses brutes afin de le persuader de signer un juteux contrat.

Bref, un pur délire et un complet travestissement de la réalité, ponctué de quelques anecdotes bien connues (comme la rivalité de l’acteur avec Lo Wei) mais traficotées au point de les rendre méconnaissables. Un background censé donner un semblant de véracité à ce IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE complètement folklorique. A ce sujet, la soirée de célébration du premier succès de Bruce Lee, agrémentée d’une version instrumentale incongrue de la chanson « Un beau roman » de Michel Fugain, s’enfonce, pour sa part, dans les tréfonds de la bêtise et aligne lieux communs et humour navrant.

Malgré une durée restreinte (à peine 80 minutes), IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE parait, en outre, interminable tant son rythme se révèle défaillant, l’essentiel du temps de projection étant comblé par des séquences romantiques ou larmoyantes, entrecoupées de rares et médiocres combats. Les acteurs sont, en outre, dans l’ensemble très mauvais, peu aidés il est vrai par un scénario idiot, des dialogues risibles et des personnages caricaturaux à souhait.

Comme beaucoup de productions similaires, IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE se termine par la mort de Bruce Lee dans l’appartement de sa maîtresse Betty avant de proposer, sans le moindre respect et sans aucune pudeur, une poignée images d’archives, celles du véritable enterrement de la star.

En tant que biographie authentique de Bruce Lee, IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE s’avère à la fois ridicule, stupide et mensonger au point de pratiquement s’affranchir de tous liens avec la vérité historique. Hélas, ce défaut, coutumier de la Bruceploitation, n’est ici nullement compensé par la moindre qualité divertissante et le long-métrage, fort pauvre en action, ressemble à un pénible et languissant mélodrame.

Bref, à réserver aux inconditionnels acharnés de Bruce Li dont il s’agit, sans nul doute, d’un des plus mauvais films.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2012