A CLOCKWORK ORGY
Titre: Le Gang des Violeuses
Réalisateur: Nic Cramer
Interprètes: Kaitlyn Ashley

 

Rebecca Lord
Nicole Lace
Isis Nile
Dick Nasty
Steve Austin
 
Année: 1995
Genre: Porno / Science-fiction
Pays: USA
Editeur Marc Dorcel
Critique:

Distribué en France sous le titre passe partout et bien peu référentiel du GANG DES VIOLEUSES, ce métrage du suédois Nic Cramer (déjà auteur de PENETRATOR 2) s’inspire – comme l’indique son titre original – du ORANGE MECANIQUE de Stanley Kubrick. Bien sûr, l’utilisation dans le porno d’une référence célèbre ne veut souvent pas dire grand-chose, l’hommage (sic !) se limitant généralement au détournement de quelques éléments bien connu, en particulier le titre et l’affiche originale. Une tradition proche du calembour graveleux ayant donné par exemple LES UNS DANS LES AUTRES (de Michel Baudricourt) ou TITA NICK avec un certain Jayson DiCaprillo.

D’autres détournements hard poussent un peu plus loin la ressemblance avec le métrage original comme NIQUEURS NES de Fred Coppula, DELIT DE SEDUCTION (remake du SILENCE DES AGNEAUX), LES VISITEUSES, CITIZEN SHANE, SUPER HUIT ET DEMI, SINSET BOULEVARD ou le récent succès BIENVENUE CHEZ LES CH’TITES COQUINES. Citons encore les plus fidèles (mais guère plus réussi) SEX WARS, STAR TREX ou SEXCALIBUR reprenant des pans des intrigues originales pour aboutir à d’étranges résultats ressemblant davantage à des sitcoms parodiques qu’aux blockbusters dont ils s’inspirent maladroitement.

Bref l’hommage, le détournement ou le massacre (selon la tolérance de chacun !) d’un classique du cinéma ne donne pas forcément un bon porno, loin de là, même si nombre d’intrigues célèbres se prêtent pourtant à de chauds intermèdes pudiquement voilés par les métrages traditionnels. A ce petit jeu, A CLOCKWORK ORGY se montre nettement plus malin et respectueux (hum !) que ses collègues et parvient à démarquer pratiquement toutes les scènes importantes du chef d’œuvre de Stanley Kubrick de manière osée. Le résultat reste assez vain mais la tentative, méritoire, mérite pourtant d’être signalée.

A CLOCKWORK ORGY débute par la vision d’Alexandra, dit Alex, dans un bar en compagnie de ses trois copines, autrement dit ses trois droogettes (Olivia, Isis Nile et surtout la très belle française Rebecca Lord). Alex (la pornstar Kaitlyn Ashley, plus de 200 films entre le début et la fin des années ’90) boit un verre de lait dans un milk-bar avant d’emmener sa petite bande dehors, attaquant un pauvre clochard qu’elles vont longuement violer. Bon, évidemment, ce n’est pas une épreuve comparable à l’agression subie par son homologue dans le métrage de Kubrick mais le décalque reste amusant.

De retour chez elle, Alex reçoit la visite d’une jeune femme chargée de vérifier sa bonne insertion sociale. La scène dévie rapidement vers d’autre type d’insertion mais cela ne suffit pas à Alex qui mène ses copines jusqu’à la demeure d’un pauvre homme qui sera à nouveau violé. Pourtant, c’est la fin du règne d’Alex, arrêtée par la police et incarcérée dans une prison où un « médecin » s’apprête à lui administrer une thérapie radicale visant à la guérir de son besoin insatiable d’ultra-sexe. A l’aide de drogue et de projections de films pornos, Alex va être reconditionnée et désexualisée jusqu’à se sentir malade à la vue d’actes érotiques. Au terme du traitement la seule vue d’une jeune femme en tenue suggestive va suffire à causer une vive douleur à la pauvre Alex qui sera rendue à la société. Mais Alex, à présent complètement désexualisée, pourra t’elle vivre dans une société aussi sexualisée que ce futur proche décrit ?

On le voit le scénario suit assez fidèlement la trame du ORANGE MECANIQUE de Stanley Kubrick, détourné de manière souvent simpliste mais parfois adroite. L’original possédant déjà son quota de viols, sexualité et violence, cette relecture pornographique a le mérite de garder intactes la plupart des péripéties et de maintenir un scénario cohérent jusqu’au terme des 75 minutes de métrage. Malheureusement, Nic Cramer ne semble pas avoir voulu exploiter son sujet jusqu’au bout, entre autre lors des viols commis par notre bande de droogettes.

En évacuant tout le côté malsain de l’original, le cinéaste passe à côté d’une vraie réussite (on est loin d’un CAFE FLESH) et se contente d’une illustration purement fonctionnel des séquences osées. Celles-ci sont très classiques et ne vont jamais très loin dans le glauque ou le bizarre, en dépit d’un sujet se prêtant pourtant à bien des excès. Le métrage ayant clairement une vocation commerciale « mainstream » et se présentant comme susceptible d’attirer un public moins restreint que les inconditionnels du X, Nic Cramer illustre donc assez platement des séquences très conventionnelles.

Les actrices sont néanmoins jolies et les scènes porno « chic » possèdent parfois un certain potentiel érotique, ce qui est loin d’être le cas – aussi étrange que cela puisse sembler de prime abord ! – de la plupart des X tournés à la chaîne durant les années 90 et 2000. Si la plupart des séquences hard sont justifiées par le scénario (un exploit !), d’autres (comme celle située dans le milkbar durant l’emprisonnement d’Alex) se révèlent inutile et sans intérêt, même érotique. L’orgie finale totalement ratée n’a pas, non plus, vraiment sa place dans l’intrigue et n’est présente que pour augmenter quelque peu le temps de projection et offrir au spectateur la traditionnelle partouze de fin de métrage.

Dommage que Nic Cramer n’ait pas choisi de développer un minimum certaines situations et personnages et se soit contenter du service minimum. Même en restant dans le cadre d’un simple X on ne peut s’empêcher de penser que le cinéaste a zappé un peu vite l’incarcération d’Alex, laquelle permettait pourtant d’intéressants développements, tant scénaristiques qu’érotiques. Cependant les décors, costumes et dialogues restent globalement de bonne qualité et donnent un certain cachet au film qui évite de paraître trop pauvre ou minable. L’utilisation du 35 mm change agréablement des tournages vidéo insipides et on peut quand même saluer Nic Cramer pour avoir tenté de rester fidèle à ORANGE MECANIQUE du début à la fin de son remake.

Si A CLOCKWORK ORGY se révèle décevant à bien des points de vue, sa relative fidélité à l’original, le soin apporté à sa confection et les scènes chaudes plutôt efficaces suffisent pourtant à élever le produit au-dessus des nombreux soi-disant remakes X de films célèbres. Sans être un chef d’œuvre, loin de là, A CLOCKWORK ORGY reste un film acceptable et un porno plutôt agréable. Ce n’est déjà pas si mal !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009