A RATHER COMPLICATED GIRL
Titre: Una ragazza piuttosto complicata
Réalisateur: Damiano Damiani
Interprètes: Jean Sorel

 

Catherine Spaak
Florinda Bolkan
María Luisa Bavastro
Gigi Proietti
Guglielmo Bogliani
María Cuadra
Année: 1969
Genre: Drame / Erotique / Thriller / "Giallo"
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Datant de 1969, ce film italien, signé du très politisé Damiano Damiani, s’inspire librement d’un roman du fameux écrivain Alberto Moravia. Fréquemment catégorisé comme un giallo, il n’en reprend pourtant pratiquement aucun des codes et rejoint, par conséquent, de nombreux films d’auteur inclassables (LA MORT A PONDU UN ŒUF, EN CINQUIEME VITESSE, FATA/ MORGANA, UN COIN TRANQUILLE A LA CAMPAGNE) assimilé au « filone » en raison de rares éléments constitutifs.

Dans A RATHER COMPLICATED GIRL on retrouve ainsi un jeu pervers menant au meurtre, un érotisme assez franc (du moins pour l’époque), une pincée de sadisme et une louche de voyeurisme. Néanmoins, difficile de considérer ce long-métrage comme un authentique giallo : nous sommes ici bien plus proche d’un drame psychologique saupoudré d’une pincée de thriller et agrémenté de quelques passages sexy.

Alberto est un voyeur. Un jour il surprend une conversation téléphonique entre deux filles qu’il soupçonne d’être lesbiennes. Intéressé, il aborde l’une d’elle, Claudia, et entame avec elle une relation passionnée. En effet, Alberto découvre que Claudia a, elle aussi, de sérieux penchants voyeuristes, sans oublier des tendances sadiques et perverses. Un peu plus tard, le couple enlève une adolescente en prétendant appartenir à une équipe de « chasseurs de têtes » de la télévision. Il la force à se déshabiller pour l’humilier et l’adolescente ne doit son salut qu’à l’arrivée impromptue de son petit ami. Quelques jours passent…Dans le sac de sa compagne, Alberto trouve un révolver et Claudia lui explique qu’elle le possède pour tuer sa belle-mère, Geta. Cette-dernière la soumettrait, en effet, à un véritable esclavage sexuel. Ensuite, le petit ami de Claudia, Pietro, réapparait et la situation se complique davantage… poussant chacun des protagonistes vers un crime libérateur.

Souvent très bavard, A RATHER COMPLICATED GIRL prend beaucoup de temps pour raconter une intrigue dans laquelle il ne se passe, objectivement, pas grand-chose. Une grande part du temps de projection se voit dès lors consacrer à des séquences dialoguées quelque peu « intellectualisantes » qui font verser le long-métrage dans un drame psychologique plutôt pesant et ampoulé.

Les éléments érotiques, qui firent scandales à l’époque, sembleront sans doute timorés aujourd’hui mais surviennent cependant à intervalles réguliers afin de maintenir l’attention défaillante du spectateur. Quant aux aspects « thriller », ils sont entièrement regroupés dans les dernières minutes du film et lui valent, sans doute, sa très discutable inclusion dans bien des listes consacrées au giallo. Quoiqu’il en soit, n’espérez pas le moindre frisson ou suspense de la part de Damiani, le propos n’était manifestement pas là.

Reste donc une étude de personnages, parfois intéressante mais souvent laborieuse, au rythme assoupi. Languissant et quelque peu prétentieux, A RATHER COMPLICATED GIRL témoigne d’une certaine époque, à la toute fin des années ’60, où le cinéma d’auteur et les genres alors populaires tentaient d’étranges et déstabilisantes hybridations.

Aujourd’hui daté et guère passionnant, ce mélange de drame, d’érotisme et de thriller psychologique contentera essentiellement les cinéphiles curieux. Les amateurs de sexy giallo risquent, par contre, de ne guère gouté à cette œuvre exigeante qui ne retient de leur genre fétiche que de trop rares éléments.

A voir en connaissance de cause.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013