DEUX NIGAUDS CONTRE L'HOMME INVISIBLE
Titre: Abbot and Costello meet the Invisible Man
Réalisateur: Charles Lamont
Interprètes: Bud Abbot

 

Lou Costello
Nacy Guild
Arthur Franz
Adele Jergens
Sheldon Leonard
 
Année: 1951
Genre: Comédie fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Bud Abbot (1895 – 1974) et Lou Costello (1906 – 1959) forment un duo comique ayant connu son heure de gloire aux Etats-Unis durant la première partie du XXème siècle. Quoique peu connu en Europe (où ils sont souvent assimilés – à tort ou à raison – à des « Laurel & Hardy du pauvre »), Abbot et Costello virent une partie de leurs longs métrages distribués en salles, les deux comiques étant rebaptisés en France « les deux nigauds ».

Souhaitant exploiter leur popularité en perte de vitesse après la Seconde Guerre Mondiale, la Universal eut alors l’idée de les confronter aux grands monstres classiques de son répertoire, en sommeil depuis une petite décennie. Le succès de DEUX NIGAUDS CONTRE FRANKENSTEIN en 1948 amena le duo à se confronter à Boris Karloff (DEUX NIGAUDS CHEZ LES TUEURS) avant de vivre diverses aventures fantaisistes en rencontrant la momie, Jekyll and Hyde et quelques autres.

Réalisé en 1951 par Charles Lamont, un cinéaste prolifique les ayant dirigés à de nombreuses reprises, DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE reprend les recettes connues du fantastique humoristique mises au point lors de la confrontation de nos rigolos avec le monstre de Frankenstein, à savoir de nombreux gags de situation et un côté burlesque naissant de la rencontre entre les peureux héros et une créature issue du bestiaire de l’épouvante.

Quoique l’on connaisse essentiellement le classique de James Whale, L’HOMME INVISIBLE, réalisé en 1933, la saga inspirée par le roman de H.G. Wells s’est poursuivie sur les écrans en 1940 avec THE INVISIBLE MAN RETURNS (Vincent Price reprenant le rôle titre), lui-même suivi par les aujourd’hui quasiment oubliés INVISIBLE WOMAN, INVISIBLE AGENT et INVISIBLE MAN’s REVENGE.

Pour sa sixième et dernière apparition sous l’égide de la Universal, l’Homme Invisible se nomme cette fois Tommy Nelson (Artur Franz), un boxeur accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Sa fiancée, Helen, s’avère la nièce d’un scientifique possédant le sérum de Jack Griffin, l’Homme Invisible originel. En dépit des risques encourus, Tommy s’injecte évidemment le produit miracle, convaincu que son invisibilité lui permettra de démasquer les véritables coupables. Bud et Lou, deux détectives privés, sont également engagés pour l’aider mais le pouvoir monte à la tête de Tommy et la situation ne tarde pas à déraper.

DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE tente de mixer les intrigues fantastico-policières et humoristiques avec bonheur mais le résultat n’est pas pleinement convaincant, les gags ayant souvent assez mal vieillis. Le climax final, par exemple, se révèle rapidement lassant même si l’idée (un combat de boxe mené par un homme invisible se substituant à un de nos nigauds) reste plaisante. Par contre la scène du diner garde une large part de son potentiel et saura donner le sourire au spectateur de part son inventivité et la qualité des trucages employés.

Les effets spéciaux sont, en effet, étonnants et demeurent encore aujourd’hui très efficaces. L’homme invisible manipule de nombreux objets, s’habille et se déshabille et interfère avec les protagonistes de diverses manières. A cela s’ajoute d’autres séquences toute aussi – sinon plus - étonnantes où le spectateur devine sa silhouette dans des jets de vapeur, sans oublier une scène de transfusion sanguine au cours de laquelle ses veines apparaissent progressivement à l’écran. Bref, un très beau boulot!

Cependant, en dépit de quelques gags acceptables et d’excellents trucages, DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE parait interminable et perd rapidement une bonne part de son intérêt. L’aspect routinier d’un scénario aussi linéaire que prévisible et un dernier tiers épuisant (le gag quasi unique du combat de boxe contre un homme invisible est étiré sur une vingtaine de minutes) font du métrage une déception évidente dont les rares bons moments ne peuvent compenser les longueurs et autres faiblesses.

A voir uniquement pour les inconditionnels des « deux nigauds », si il en reste, même si les nostalgiques des grands monstres de la Universal peuvent s’y risquer par curiosité!

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010