ABBY
Titre: Abby... the story of a woman possessed! /
Possess My Soul / The Blaxorcist
Réalisateur: William Girdler
Interprètes: William Marshall

 

Carol Speed
Terry Carter
Austin Stoker
Charles Kissinger
Juanita Moore
Elliott Moffitt
Année: 1974
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Le début des seventies fut marqué, du moins dans le cinéma populaire américain, par l’émergence de long-métrages destinés aux minorités ethniques et, plus spécialement, aux Afro-américains. Le phénomène, dénommé de manière péjorative blaxploitation, gagna rapidement les terres du fantastique via le plaisant BLACULA, suivi par HURLE BLACULA HURLE et, plus tard, BLACKENSTEIN ou Dr BLACK AND Mr WHITE.

A la même période, l’épouvante gagne les sommets du box-office grâce au fracassant succès de L’EXORCISTE, lequel divise la critique mais rassemble un immense public avide des manifestations démoniaques imaginées par William Friedkin. Le succès du métrage (re)lance le sous-genre du « film satanique » et permet le tournage de quelques « classiques » comme LA MALEDICTION et AMITYVILLE LA MAISON DU DIABLE. Comme souvent en cas de succès, les imitations de L’EXORCISTE débarquent rapidement sur les écrans et les Italiens s’en font rapidement une spécialité (LE DEMON AUX TRIPES, LA POSSEDEE, BACCHANALES INFERNALES, MALABIMBA).

Pourtant, le plus rapide à proposer une copie du classique de Friedkin sera l’inévitable William Girdler, (qui, deux ans plus tard, va décalquer vigoureusement LES DENTS DE LA MER via son fameux GRIZZLY LE MONSTRE DE LA FORET), sous l’égide d’American International. La seule particularité d’ABBY sera de substituer à la famille d’Américains blancs une famille d’américains…Noirs !



Perturbé par de grandes difficultés de tournages (dont une tornade), ABBY atteint finalement les salles obscures le 25 décembre 1974 et rapporte immédiatement de l’argent. Vu son budget restreint (400 000 dollars), ses recettes sont conséquentes (on parle de quatre millions de dollars) et attirent l’attention de Warner Bros. La compagnie engage finalement des poursuites à l’encontre du métrage, considéré comme un flagrant plagiat de L’EXORCISTE. Dès le tournage, William Girdler avait, apparemment, envisagé de possibles poursuites mais estimait que Warner ne pourrait gagner le procès.

Selon le cinéaste, ABBY se contentait de reprendre un thème général et non des lignes de dialogues ou des scènes complètes de L’EXORCISTE. Plus amusé qu’en colère, le réalisateur estimait "If they win against us no one will ever be able to make a World War II movie again!", puisque chaque film de guerre reprenait un thème déjà exploré. Selon ses collaborateurs, Girlder était même satisfait d’attirer l’attention des grosses compagnies avec son tout petit budget. (“He'd "arrived" if his works were visible enough to bring suits from the "big boys".”). Quoiqu’il en soit ABBY fut retiré des salles après un mois d’exploitation et l’affaire ne fut totalement réglée qu’au début des années ’80. A cette époque, la mode était passée et Americain International ne se donna pas la peine de ressortir le métrage, lequel disparu dans l’oubli.

L’intrigue envoie en Irak…pardon au Nigéria… un certain docteur Garnet Williams (Williams Marshall, rendu célèbre par son interprétation de BLACULA dans le film homonyme). Effectuant des fouilles archéologiques concernant les religions africaines primitives, Williams découvre, dans une grotte, un étrange coffre cylindrique décoré d’une reproduction obscène du dieu Eshu. Bien sûr, Williams ouvre la boite et libère une force maléfique qui balaie les membres de l’expédition. Pendant ce temps, le pasteur Everett Williams, le fils de Garnet, arrive dans sa nouvelle maison de Louisville en compagnie de sa jeune épouse, Abby.

Dès leur emménagement, le couple est réveillé par un étrange souffle et, le lendemain, la personnalité de la pieuse et réservée Abby change drastiquement. Horreur, la demoiselle fantasme, se masturbe sous la douche et pousse des gémissements sexuels en se léchant langoureusement les lèvres. C’est sûr, Satan l’habite ! La suite n’arrange pas la situation et la jeune femme se comporte de plus en plus bizarrement, se livrant par exemple à l’auto mutilation avant de hurler des insanités. Après une blessure, Abby est conduite à l’hôpital, où son état parait empirer. En dépit de divers tests médicaux, les médecins se révèlent impuissants à établir le moindre diagnostic et suggèrent à son mari de l’emmener voir un psychiatre. Peu après, une voisine passant visiter la malade meurt mystérieusement, apparemment d’une crise cardiaque mais la possibilité d’une possession démoniaque ne peut plus être négligée. Devenu meurtrière et nymphomane, Abby s’enfuit pour aller draguer dans les discothèques funky de la ville…un exorcisme s’impose pour sauver cette âme en perdition !

Variation « black » sur L’EXORCISTE, le métrage de Girdler se concentre, à l’image des imitations européennes précitées, sur la sexualité, la plupart des manifestations surnaturelles étant, de près ou de loin, liées au sexe. Cette approche, à la fois commerciale et économique, permet au cinéaste de se passer de maquillages ou d’effets spéciaux complexes tout en pimentant le plat d’un soupçon d’érotisme. Ce dernier point, cependant, demeure timoré comparé aux plagiats européens sortis à la même époque qui n’hésitaient pas à se montrer particulièrement explicites et même, parfois, carrément pornographiques.

Comme le signalait un critique, « ABBY a tout piqué à L’EXORCISTE…excepté la qualité! ». Et, niveau plagiat, William Girdler n’hésite pas à reproduire à l’identique (ou avec d’infimes variations), les passages clés du chef d’œuvre de William Friedkin. L’arrivée de l’envoyé de Dieu dans un pays africain, la découverte d’un artefact maléfique, la libération d’une force surnaturelle, la jeune femme sexuellement libérée par le Démon agissant de manière indécente, les insultes proférée d’une voix gutturale, la victime innocente venue rendre visite à la possédée qui meurt mystérieusement, les tests médicaux, l’hypothèse psychiatrique envisagée, l’exorcisme final démontrant le pouvoir divin,…Même les incrustations quasi subliminales, sous forme de très brefs « flashs », du visage monstrueux du Démon sont utilisées pour tenter d’instaurer un climat de terreur en vérité fort peu convaincant.


Au niveau de l’interprétation, William Marshall (peu satisfait du résultat) parvient à garder l’essentiel de sa dignité et offre un jeu correct tandis que Carol Speed (DISCO GODFATHER, THE MACK, THE BIG BIRD CAGE) incarne une possédée très énergique et parfois sensuelle. Roulant des yeux (dissimulés par des lentilles de contact), bavant une mousse blanchâtre, grognant, gémissant et lançant des insanités, la jeune femme se montre investie par son rôle en dépit de séquences sombrant involontairement dans le ridicule, en particulier un exorcisme final complètement bâclé. Faute de budget et d’effets spéciaux, Girdler filme, en effet, très platement cette confrontation attendue comme spectaculaire et qui ressemble, hélas, à un spectacle de patronage.

En dépit de ses nombreux défauts et d’emprunts scandaleux à l’œuvre de Friedkin, ABBY demeure vaguement divertissant et saura amuser les inconditionnels de blaxploitation horrifique ou les « complétistes » du cinéma bis des années ’70. Les autres, par contre, peuvent s’abstenir et revoir à la place le nettement plus réussi L’EXORCISTE.

* les citations proviennent du site officiel en hommage à William Girdler.

Fred Pizzoferrato - Aout 2012