THE ABCs OF DEATH
Titre: The ABC's of death
Réalisateur: Xavier Gens, Bruno Forzani & Hélène Cattet; Angela Bettis; Jason Eisener; Ti West; Ben Wheatley & more
Interprètes: Beaucoup.

 

 
 
 
 
 
 
Année: 2012
Genre: Film à sketches / Horreur
Pays: USA / Nouvelle Zélande
Editeur  
Critique:

Projet aussi excitant sur le papier que sacrément casse-gueule dans son illustration, THE ABC’s OF DEATH s’inscrit dans le renouveau du film à sketches mais se rapproche nettement plus d’une compilation de courts-métrages. Ici, en effet, l’unique fil conducteur réside dans l’utilisation de l’alphabet comme point de départ des intrigues. 26 (!) cinéastes se sont donc vus offrir la mise en scène d’un très court sketch (d’une durée moyenne de quatre minutes) qui illustre différentes de manière de mourir. Le résultat, forcément inégal, est quasiment irregardable d’une seule traite sous peine de saturation totale.

A condition de regarder les différents segments par bribes, il est possible de trouver quelques bons moments dans cet ensemble sinon globalement catastrophique.

« A is for Apocalypse » traite d’une dispute de couple qui tourne au massacre. Rythmé, gore, sans prétention et plaisant en dépit d’une chute prévisible. Une bonne introduction…hélas jamais confirmée par la suite.

« B is for Bigfoot » confronte un couple d’amoureux et un enfant à un éboueur tueur en série. Trop prévisible pour convaincre mais amusant. Correct, sans plus,

« C is for circle » joue la carte de la boucle temporelle mais tourne justement un peu en rond. Bof.

« D is for Dogfight » confronte un boxeur à un chien d’attaque dans l’atmosphère glauque d’un entrepôt où se déroulent des combats clandestins. Muet mais filmé avec un sens esthétique indéniable et servi par une musique efficace, ce segment brutal se conclut par une chute amusante et imprévisible. Sans hésiter dans le trio de tête de cette compilation.

« E is for Exterminate » s’éloigne de la formule très « vignette courte » des précédents sketches pour raconter une intrigue étalée sur plusieurs jours, celle d’un célibataire piqué par une araignée. Malheureusement, cette histoire, faute du moindre développement, ne fonctionne guère et sa chute ultra attendue n’arrange guère les choses. Le début des vaches maigres pour ABCs OF DEATH.

Complètement débile, « F is for Fart » ne pouvait être signé que par Iguchi Noboru (ROBO GEISHA, THE MACHINE GIRL). Cette histoire de lesbiennes nipponnes qui se suicident à coup de pets nauséabonds se révèle d’une nullité embarrassante mais saura amuser les spectateurs habituels de ce genre de productions japonaises.

« G is for gravity » s’éloigne des excès du précédent épisode pour montrer comment la gravité tue un surfeur imprudent. L’intérêt de ce segment, entièrement filmé en caméra subjective, étant nul autant passer directement à la suite.

Avec « H is for Hyrdo-Electric Diffusion », le réalisateur de NORWEGIAN NINJA transpose la violence cartoonesque des dessins animés dans un joyeux délire aussi absurde que plaisant pour les plus réceptifs. Le cinéaste effectue en tout cas quelques efforts pour sortir son épisode de la routine, ce qui est tout à son honneur.

« I is for Ingrown » décrit l’agonie d’une femme apparemment empoisonnée par son mari. C’est tout.

Potable mais sans grand intérêt, « J is for Jidai-geki » est un autre délire gore-nippon tournant autour des codes des films de samouraïs.

Dessin-animé scatologique d’un complet amateurisme, « K is for Klutz » essaie d’être drôle mais se révèle simplement d’une abyssale stupidité. Il est possible que la chose fonctionne auprès d’un public de festivaliers imbibés mais, à domicile, ce segment s’inscrit parmi les pires de l’anthologie.

Le répugnant « L is for Libido » décrit pour sa part un improbable concours de masturbation auquel sont soumis de pauvres typés attachés à des chaises et menacés de voir leur anus transpercé par une pointe! Les prisonniers sont obligés de s’exciter devant des scènes de plus en plus révoltantes, comme une amputée qui s’enfonce son membre artificiel dans la chatte, le viol d’un enfant ou, comme clou du spectacle, le découpage à la tronçonneuse d’un mec en plein orgasme. Ce segment thrash, malade, gore et sexy repousse très loin les limites de l’acceptable et devient, dès lors, mémorable.

Le décidément très surestimé Ti West (HOUSE OF THE DEVIL) livre avec « M is for miscariage » une petite minute (yep !) de n’importe quoi, shooté n’importe comment. Une pure merde dont la nullité quasiment inédite relève, par ricochet, le niveau des autres sketches.

Rodé au film à sketches via 4BIA et sa suite PHOBIA 2, Banjong Pisanthanakun propose avec « N is for Nuptials » une petite blague sympathique qui met en vedette un perroquet décidément trop bavard. Totalement futile mais capable de décrocher un sourire aux plus conciliants, ce qui n’est déjà pas si mal vu le niveau de la plupart des segments.

Après AMER, le duo Forzani et Cattet reste dans une atmosphère similaire : narration quasi inexistante mais esthétique magnifiquement travaillée, sensualité efficace et influences « giallesques » toujours affirmées. La recette fonctionne nettement mieux sur un format court et rend ce « O is for Orgasm » réussi et agréable à l’oeil.

« P is for pressure » est un autre segment muet et stylé d’un intérêt quasi nul déconseillé aux amis des chats. Suivant.

Adam Wingard, rôdé à l’exercice du court avec V/H/S propose « Q is for quack ». Le cinéaste, dans son propre rôle, se désole d’avoir reçu la lettre la plus ingrate de l’alphabet. Incapable de trouver une histoire valable pour illustrer ce « Q » il décide de tuer un canard et de filmer le tout…Prévisible mais amusant, ce petit sketch sympathique se regarde avec le sourire.

Le cinéaste du controversé A SERBIAN FILM revient avec un « R is for removed » tout aussi brutal et sanglant qui ravira ses fans et désolera les autres.

Jake West (DOGHOUSE, EVIL ALIENS) se la joue Roberto Rodriguez avec un court-métrage grindhouse qui laisse la part belle aux grosses bagnoles, aux arpèges de guitares mélancoliques et aux filles sexy. « S is for Speed » est donc prévisible (jusque dans son twist) mais suffisamment cool pour emporter l’adhésion, d’autant que le cinéaste joue même sur le double sens du mot « speed ».

Confectionné par un amateur ayant gagné un concours sur Internet, « T is for Toilet » est un délire gore en pâte à modeler complètement jouissif et très drôle. Peut-être le meilleur moment de ce (trop) long-métrage. Mais lorsqu’un inconnu tient la dragée haute aux soi-disant maîtres actuels du cinéma d’horreur n’y a-t-il pas un problème quelque part ?

Banale histoire de vampire racontée à la première personne « U is for unhearted » marque quelques points au niveau du gore. Mais rien de plus.

Plus ambitieux, « V is for vagitus » raconte une véritable histoire et s’inscrit dans un cadre futuriste original riche en effets spéciaux. Pas pleinement abouti mais une tentative plus estimable que les trois quarts des sketches de cette anthologie. Regardable et les ambitions du segment en regard du budget dévolu le rendent très prometteur pour la carrière du cinéaste.

« W is for WTF » rappelle « Q is for Quack » et va jusqu’au bout de son concept en proposant un court-métrage incompréhensible, déjanté et gore à la vision duquel on a juste envie de s’écrier « mais qu’est ce que c’est que ce bordel ».

Le Français Xavier Gens traite, lui, de l’obésité dans le bien répugnant « X is for XXL ». Dommage que le sujet, original et rarement abordé, n’aille, au final, pas plus loin qu’une suite de mutilations vomitives.

Réalisateur du divertissant HOBO WITH A SHOTGUN, Jason Eisener propose avec « Y Is for Youngbuck » une sorte de vidéoclip horrifique pas trop mal filmé mais à l’intérêt limité.

Enfin, « Z is for Zetsumetsu » clôture le programme par un nouvel essai « érotico-gore » japonais incompréhensible dans lequel s’affrontent deux demoiselles à poil, l’une armée d’un gode ceinture de proportion colossale, l’autre capable de projeter des fruits mortels par son vagin. Ca doit provoquer quelques éclats de rire en festival…et la consternation chez soi.

Avec son budget minimal (5 000 dollars par épisodes), cette compilation de court-métrages fleure bon l’amateurisme et peu de segments parviennent à proposer quelque chose de véritablement intéressant. Si quelques uns sortent du lot, la majorité d’entre eux paraissent inaboutis ou carrément ratés.

L’anthologie, plombée par les sketches japonais tous plus crétins les uns que les autres et par une poignée de courts absolument imbuvables se révèle au final très décevante. Les rares réussites ne compensent pas, hélas, l’impression générale.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2013