L'ABOMINABLE Dr PHIBES
Titre: The Abominable Dr Phibes
Réalisateur: Robert Fuest
Interprètes: Vincent Price

 

Joseph Cotten
Hugh Griffith
Virginia North
Terry Thomas
Caroline Munro
 
Année: 1971
Genre: Epouvante / Fantastique
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

A l'époque de sa sortie, L'ABOMINABLE Dr PHIBES fut décrit (par Variety) comme "anachronique" mais, aujourd'hui, il apparaît surtout comme un des derniers exemples de thrillers d'épouvante à l'ancienne, une fantaisie d'humour et de frisson. Pratiquement tout public (il fut classé Parental Guidance), l'ensemble s'inspire des James Bond, des bandes dessinées à la Tales From The Crypt et, plus encore, de "Chapeau Melon et Botte de Cuir".

L'attraction principale du métrage réside surtout dans l'incroyable interprétation d'un Vincent Price vieillissant et outrageusement cabotin, en dépit de son maquillage permanent qui lui confère un visage figé. Il est d'ailleurs impossible d'imaginer un autre acteur dans ce rôle tant l'interprétation de Price défie les superlatifs! L'intrigue, pour sa part, est assez simple mais relativement originale et pleine de petites digressions efficaces.

Dans les années 30, Phibes (Vincent Price) souhaite se venger des personnes ayant laissé mourir sa femme (Caroline Munro… vue seulement via des photos!) sur une table d'opération, à savoir 8 médecins et une infirmière. Pour cela, il s'inspire des Plaies d'Egypte et peut compter sur la complicité active de la belle Vulvania (Virginia North). Crâne broyé dans un masque de grenouille, tête de licorne catapultée vers sa victime, rats affamés, cadavre vidé de leur sang, froid meurtrier, chauve-souris, abeilles, etc. L'inspecteur Trout (Peter Jeffreys) finit par comprendre le mobile du Dr Phibes et son modus operating. Il tente alors de protéger les survivants, dont le Dr Vesalius (Joseph Cotten), le médecin-chef.

L'ABOMINABLE Dr PHIBES ne doit surtout pas être pris au sérieux. Comme précédemment signalé, ses inspirations sont à chercher du côté des comics et des aventures de John Steed, rendant l'ensemble profondément irréaliste mais également divertissant à souhait. Contrairement aux thrillers des années 90 qui utilisèrent un argument religieux comme base d'une série de meurtres (SE7EN et ses dérivés style RESURECTION ou DOUBLE VISION), le film de Robert Fuest s'oriente vers la fantaisie macabre. L'humour se taille ainsi la part du lion même si ce sont les meurtres, imaginatifs et originaux, qui restent dans la mémoire des cinéphiles. A ce sujet, les scénaristes n'hésitent pas à prendre leur distance vis-à-vis des Plaies d'Egypte supposées servir de fil conducteur aux meurtres, inventant des manières de tuer cruelles et drôles sans guère se soucier de la vérité "historique" ou d'une quelconque orthodoxie biblique.

Si le film doit une grande partie de sa réussite à la présence de Vincent Price (lequel reprit le rôle dans l'inévitable séquelle LE RETOUR DE L'ABOMINABLE Dr PHIBES avant d'en offrir une déclinaison dans le sympathique mais surestimé THEÂTRE DE SANG), la mise en scène volontiers campy participe à l'ambiance délirante en proposant des décors art déco à la fois kitsch et superbes, servi par une musique adéquate. Le tout constitue une sorte de comédie musicale romantique, horrifique, noire et campy, un mélange en apparence contre-nature et pourtant pleinement réussi, à l'ambiance étrange et prenante.

On y retrouve aussi cette poésie un peu naïve, à la fois charmante et désespérée, qui sera vingt ans plus tard le cheval de bataille de Tim Burton, par exemple (lequel rendit hommage à Price via son court métrage VINCENT puis en lui offrant un dernier rôle dans EDWARD AUX MAINS D'ARGENT).

En dépit de l'une ou l'autre faiblesse (l'aspect convenu du script par exemple mais celui-ci est largement contrebalancé par les constantes innovations de la mise en scène), L'ABOMINABLE Dr PHIBES demeure un classique de l'épouvante des seventies qui se savoure avec un plaisir inégalé. Après plus de trois décennies, l'œuvre n'a pas vieilli et son charme rétro opère toujours autant. Un chef d'œuvre? Ben oui!

octobre 2006