LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES
Titre: The Abominable Snowman Of The Himalayas
Réalisateur: Vak Guest
Interprètes: Peter Cushing

 

Maureen Connell
Forrest Tucker
Richard Wattis
Robert Brown
Arnold Marle
 
Année: 1957
Genre: Fantastique / Epouvante / Aventures
Pays: Grande Bretagne
Editeur Seven 7
Critique:

Production Hammer atypique, LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES reste probablement, plus de cinquante ans après sa réalisation, le meilleur long métrage consacré au légendaire Yeti. Au milieu des années ’50, la Hammer vient de récolter ses premiers grands succès avec deux séries B de science-fiction horrifiques très efficaces mises en scène par Val Guest et en partie scénarisées par Nigel Kneale : LE MONSTRE et sa séquelle LA MARQUE – TERRE CONTRE SATELLITE, mettant toutes deux en vedette le fameux professeur Quatermass.

La compagnie ne se fait donc pas prier pour reformer le duo gagnant Guest / Kneale à l’occasion de ce REDOUTABLE HOMME DES NEIGES, lequel s’intéresse à une créature légendaire à l’époque méconnue : le Yeti. Excepté L’ABOMINABLE HOMME DES NEIGES (alias THE SNOW CREATURE) de W. Lee Wilder peu de cinéaste s’y était intéressé à l’époque et le grand public ne le connaissait guère. La postérité cinématographique de l’abominable homme des neiges et de ses cousins (le Sasquatch et le Bigfoot) sera d’ailleurs assez maigre : après la sortie de HALF HUMAN en 1957 il faudra attendre le milieu des seventies pour voir le monstre revenir sur le devant de la scène grâce à des titres comme DANS LES GRIFFES DU LOUP GAROU, SHRIEK OF THE MUTILATED, LE MONSTRE DU LAC NOIR, THE CAPTURE OF BIGFOOT et quelques autres, généralement peu réputés et aujourd’hui quasiment oubliés.

Après une nouvelle éclipse, le monstre fit à nouveau parler de lui via des productions destinées au marché de la vidéo ou de la télévision dans les années 2000 comme TRAQUE SAUVAGE, le très sympathique ABOMINABLE ou les nettement moins réussis SASQUATCH MOUNTAIN et autre YETI - CURSE OF THE SNOW DEMON.

Pour en revenir à cet ambitieux REDOUTABLE HOMME DES NEIGES, il s’agit en réalité d’un remake destiné aux grands écrans d’une production télévisée de la BBC réalisée en 1955 sous le titre THE CREATURE et dans lequel jouait déjà Peter Cushing. Un procédé déjà expérimenté par la Hammer à l’occasion des aventures du professeur Quatermass puisque LE MONSTRE et LA MARQUE – TERRE CONTRE SATELLITE étaient déjà des déclinaisons cinématographiques de mini-série de la BBC.

L’immense Peter Cushing incarne dans ce REDOUTABLE HOMME DES NEIGES un scientifique nommé John Rollason parti, en compagnie de son épouse Helen, en expédition dans les hauteurs du Tibet avec son collègue Peter Fox. Hébergé dans un monastère bouddhiste, Rollason décide d’accompagner un certain Tom Friend (Forrest Tucker, vu dans le très sympathique western WARPATH LE SENTIER DE L’ENFER) dans sa recherche du Yéti, une légendaire espèce mi-homme mi-animale vivant dans les montagnes glacées de l’Himalaya. Rollason, en effet, n’est pas seulement un botaniste de renom, il est également un cryptozoologiste réputé ayant écrit de nombreux articles consacrés au Yeti. Friend pense que Rollason constitue l’homme idéal pour l’accompagner dans sa recherche de l’Abominable Homme des Neiges et, en dépit des protestations de son épouse, le savant accepte de se joindre à la périlleuse expédition.

Le Lama dirigeant le monastère tente lui aussi de dissuader Rollason et Friend de partir dans les sommets montagneux à l’approche de l’hiver mais rien n’y fait et les deux aventuriers, accompagné de Ed Shelley, Jock McNee et d’un guide nommé Kusang partent à la recherche du Yéti. Si toutes les expéditions précédentes ont échoués c’est, selon Friend, parce que la créature a été effrayée par les dizaines d’hommes tentant de la capturer. Une petite poignée permettra par conséquent de s’en approcher plus facilement. Friend, qui a préparé longuement l’expédition, a dissimulé l’année précédente des rations de nourritures, des armes et une radio à différentes étapes de leur parcours. Rollason comprend alors que Friend ne désire pas seulement photographier l’animal mais bien le capturer, mort ou vif !

Avec son noir et blanc classieux, sa durée adéquate (moins de 90 minutes) et son rythme soutenu, LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES constitue un bel exemple de film d’aventures fantastiques, alternant les séquences de suspense et de réflexion avec un sens du spectacle certain. La première partie du métrage joue clairement la carte de l’aventure montagneuse en égrenant les péripéties attendues (comme les menaces d’avalanche) mais en se permettant également de petites surprises bien amenées.

Les Hommes de Neiges, pour leur part, n’apparaissent que durant la dernière demi-heure de projection, Val Guest optant sagement pour les garder le plus possible dans l’ombre, révélant peu à peu leur présence via des empreintes et autres artifices tels une main couverte de fourrure fouillant une tente. Le maquillage des Yétis, brièvement dévoilés lors du final, s’avère plutôt réussi et traduit assez bien le côté bienveillant et sage de créatures assimilées un peu hâtivement à des monstres.

Le climax tranche d’ailleurs résolument avec les intrigues coutumières des années ’50 en refusant vigoureusement d’assimiler le Yéti à un être dangereux à exterminer sans sommation mais en soulignant, au contraire, sa sagesse et son intelligence.

Bénéficiant d’un casting extrêmement solide dominé par les prestations de Peter Cushing et Forrest Tucker, LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES se permet en effet une conclusion surprenante pour un « monster movie », le personnage joué par Cushing comprenant que les Yétis ne sont pas des anthropoïdes primitifs mais bien des êtres conscients, une branche parallèle de l’évolution attendant peut être, pacifiquement, de supplanter l’humanité. Le scénario les dote en outre d’un pouvoir télépathique leur permettant d’envoyer des messages aux membres de l’expédition, lesquels mourront les uns après les autres sans que les Hommes des Neiges n’interviennent physiquement. De bonnes idées fort adroitement exploitées par un scénario très bien écrit et pensé.

Récit d’aventures et voyage initiatique amenant les protagonistes à réfléchir sur la destinée de l’Homme, LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES confronte essentiellement les vues divergentes de ses deux héros, joués par Cushing et Tucker, et aboutit à une très belle combinaison de suspense, d’angoisse et de réflexions. Plus intelligent qu’il n’y parait de prime abord, LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES mérite sa place aux côtés des grandes réussites de la Hammer Films.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010