ABOMINABLE
Titre: Abominable
Réalisateur: Ryan Schifrin
Interprètes: Matt McCoy

 

Haley Joel
Christien Tinsley
Jeffrey Combs
Lance Henriksen
Dee Wallace-Stone
Tiffany Shepis
Année: 2006
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Dans la masse des petites séries B arrivant tout droit dans nos vidéoclubs, ABOMINABLE ne paye pas de mine avec sa jaquette banale et son titre fleurant bon le torture porn basique. Or, il s’agit en réalité d’un très honnête « creature feature » qui se révèle finalement fort intéressant et possède un côté rétro appréciable en ces temps d’outrances numériques.

L’intrigue tourne autour d’une créature légendaire traquant ses proies dans les forêts des régions isolées. Selon les régions du globe où il sévit, l’animal se nomme Yéti, Bigfoot ou Sasquatch mais il s’agit toujours du même spécimen de monstre humanoïde poilu haut de près de quatre mètres et constamment affamé. L’abominable homme des forêts (ou des neiges) connu sa première aventures cinématographique notable avec LE REDOUTABLE HOMME DES NEIGES, une production Hammer de 1957. Depuis le monstre a hanté une dizaine de titres peu mémorables comme BOGGY CREEK, SHRIEK OF THE MUTILATED, PRIMAL, SASQUATCH MOUNTAIN, TRAQUE SAUVAGE, SASQUATCH HUNTERS ou encore YETI – CURSE OF THE SNOW DEMON.

Bref, rien de très glorieux et Ryan Schiffrin, qui signe ici son premier film, n’a guère de mal à tirer son épingle du jeu et à écraser la concurrence avec ce sympathique ABOMINABLE. Le scénario, plus malin que de coutume, n’hésite d’ailleurs pas à puiser auprès d’Hitchcock et de son classique FENETRE SUR COUR en nous proposant de suivre l’existence brisée de Preston Rogers (un très correct Matt McCoy). Ce dernier, cloué sur un fauteuil roulant, est en pleine dépression depuis un accident d’alpinisme qui l’a laissé paralysé et a couté la vie à son épouse. Preston revient chez lui, dans un beau chalet de montagne, en compagnie d’Otis, un infirmier assez stupide chargé de l’assister dans les tâches quotidiennes.

Peu après, cinq jeunes et séduisantes demoiselles investissent le chalet voisin pour de petites vacances loin du stress de la civilisation. Preston les épie à la jumelle et assiste à l’agression d’une des jeunes filles par une créature simiesque. Otis refuse évidemment de le croire, la police, prévenue par mail, ne daigne pas se déplacer et les quatre survivantes le considèrent comme un voyeur un peu détraqué. Comment Preston pourra t’il convaincre les charmantes gonzesses de la présence du redoutable Sasquatch ?

En dépit d’un budget réduit, Schifrin rassemble un casting solide composé de Matt McCoy dans le rôle principal et de la jolie Haley Joel dans celui de la principale demoiselle en détresse. A leur côté, nous retrouvons Rex Linn (GHOST OF MARS, L’ÎLE AUX PIRATES), Dee Wallace Stone (E.T., CUJO), l’inévitable Jeffrey Combs (RE ANIMATOR) et le vétéran Lance Henricksen (TERMINATOR, ALIENS, la saga PUMPKINHEAD mais aussi des zéderies comme SASQUATCH – THE UNTOLD et SASQUATCH MOUNTAIN, pas de doute le Yéti c’est son ami !). En homme de goût, Schifrin s’offre une assez gratuite mais toujours agréable scène de douche en compagnie de la sexy Tiffany Shepis (EMMANUELLE 2000, DELTA DELTA DIE !, URBAN CANNIBALS, BLOODY MURDER 2, DEATH FACTORY,…que du bon !). En résumé, un casting à la fois solide et estampillé « bis » qui confère un intérêt certain à cet ABOMINABLE bien emballé.

A l’opposé de la plupart des « creature features » récents, Schifrin laisse sa bête dans l’ombre durant les deux premiers tiers du métrage, ne la révélant que furtivement lors de scènes d’attaques rapides et sobres. Lorsqu’il se décide à dévoiler l’animal, le cinéaste utilise un bon vieux concept : un homme dans une combinaison poilue. Pas toujours convaincant mais en tout cas plus intéressant que les sempiternelles images de synthèse mal ficelées encombrant de nombreux films de monstres des années 90 et 2000.

La présentation rapide de la créature, observée d’un œil inquiet par le voyeur cloué dans son fauteuil roulant, change agréablement la donne et évite les clichés habituels (une victime, une enquête, une nouvelle victime et un chasseur providentiel débarquant pour traquer la bête). Le confinement de l’intrigue dans un petit coin de forêt isolée confère, lui aussi, un climat inhabituel qui permet au réalisateur de privilégier le suspense et d’offrir de véritables moments de tension, même si les scènes gore seront, elles, très rares. On pense également à l’atmosphère mystérieuse d’une série telle que X FILES et nul doute que les attaques de cette monstruosité venue du fond des âges auraient intéressé Mulder et Sculy. Mais, dans le cas d’ABOMINABLE, la police ne se montre guère enthousiaste à mener l’enquête et ce sera donc au pauvre héros paralysé de combattre le Bigfoot menaçant les belles vacancières.

Si Schifrin est un débutant, il est toutefois issu d’une illustre lignée puisque son paternel n’est autre que Lalo Schifrin, auteur de plus de 200 bandes originales dont l’immortel thème de MISSION : IMPOSSIBLE. Papa Schifrin s’occupe évidemment de la musique de cet ABOMINABLE, conférant à la direction musicale du projet une tenue bien éloignée des médiocres score de trop nombreux petits budgets. Un bon point supplémentaire à l’actif du métrage.

De son introduction balisée mais rudement efficace à son final attendu mais à l’ironie assez réjouissante, ABOMINABLE mène bien sa barque et ne laisse guère au spectateur le temps de s’ennuyer. La première partie du métrage, au suspense constant, s’apparente même à un petit modèle du genre et la course poursuite finale, quoiqu’un peu longuette et prévisible, reste suffisamment réussie pour maintenir l’intérêt.

A condition de ne pas en attendre un chef d’œuvre impérissable, ABOMINABLE remplit donc parfaitement son contrat de divertissement horrifique de qualité. Dans la masse des petits films consacrés à des monstres féroces sortis depuis une dizaine d’années, le métrage de Schifrin s’inscrit clairement dans le haut du panier et saura contenter les amateurs de bestioles carnivores.

Loin d’être abominable, ce métrage constitue donc une belle surprise dans un genre qui en compte, hélas, très peu !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009