ADDIO ULTIMO UOMO
Titre: The Last Savage / Cannibalo brutalo / World of the Last Man
Réalisateur: Alfredo & Angelo Castiglioni
Interprètes: Riccardo Cucciolla (narrateur)

 

 
 
 
 
 
 
Année: 1978
Genre: Mondo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Entre 1969 et 1982, les frères Castiglioni réalisèrent cinq « mondo » ethnologiques consacrés à l’Afrique et à ses rites primitifs. Succédant à Jacopetti et Prosperi, qui initièrent le genre via leur séminal MONDO CANE en 1962, les frères, contemporains d’Antonio Climati et Mario Morra, débutent leur carrière en 1969 avec SECRET AFRICA, suivi par AFRICA AMA et MAGIA NUDA. Ce quatrième « documenteur » marque toutefois une nouvelle étape dans l’extrémisme, probablement pour concurrencer les productions de la seconde moitié des années ’70 comme LES DERNIERS CRIS DE LA SAVANE, SHOCKING ASIA, THIS IS AMERICA ou FUREUR PRIMITIVE.

Plus outranciers que les mondo antérieurs, cette nouvelle vague se focalise sur les scènes sanglantes et annoncent les futures dérives comme FACE A LA MORT ou TRACES OF DEATH.

A la recherche des derniers « sauvages », des hommes primitifs vivant en tribus au cœur de l’Afrique, ADDIO ULTIMO UOMO débute par le massacre, très graphique et insoutenable, d’un éléphant par une bande de chasseurs Noirs. La suite va régulièrement remettre en perspective nos habitudes de « civilisés » avec les comportements des Africains. Toutefois, à la différence de leurs confrères, les Castiglioni semblent tenir en haute estime les indigènes, qu’ils présentent avec beaucoup de sympathie et de compréhension, contrairement aux Occidentaux vus comme cupides, déshumanisés, cyniques et dénués de morale. Les « sauvages », en effet, accomplissent des rites étranges dans un but de survie tandis que les Hommes Blancs, eux, les décalquent dans une perspective d’amusement et de dépravation. Ainsi, le long-métrage oppose les scarifications tribales (avec force détails répugnants) à la chirurgie esthétique, entre autre mammaire, dans de longs passages dont l’horreur, authentique et chirurgicale, reste quasiment insoutenable. Les pratiques sexuelles africaines succèdent également à des visites complaisantes dans les peep-shows où des jeunes femmes se livrent à la prostitution auprès de vieux pervers.

Lorsque les cinéastes s’attardent sur des massacres d’animaux commis par les indigènes, ils les font suivre d’images tout aussi atroces de chiens errants euthanasiés sans véritable raison dans nos métropoles. Les charniers du Vietnam où la mort est quotidienne voisinent avec les cultes ancestraux de la sexualité et du phallus, lesquels incluent l’apprentissage de la masturbation « en famille » ou la défloration des jeunes filles à l’aide de godemichet en bois. Une bonne occasion de proposer quelques passages hautement sexualisés et quasiment pornographiques (voire hardcore selon les versions, le film existant en d’innombrables copies plus ou moins censurées ou floutées).

L’inévitable scène de castration, copiée dans CANNIBAL FEROX, intervient lors de la punition d’un « sauvage » (coupable d’avoir incendié un village ennemi) par des « justiciers » qui lui tranche le pénis. Le pauvre est transpercé d’une lance puis castré (la caméra s’attarde sur la mutilation et sur l’urine giclant du membre coupé) avant que ses mains ne soient sectionnées à la hache. Le montage, lui aussi très haché (hum) et nerveux, façon shaky-cam avant l’heure, camoufle astucieusement l’amateurisme des maquillages et confère à l’ensemble (très certainement truqué) une sacrée dose de réalisme vomitif.

La seconde séquence la plus débattue apparaît, elle-aussi, reconstituée en studio (même si certains affirment encore aujourd’hui son authenticité) et concerne la préparation funéraire d’un cadavre, filmée avec de nombreux détails immondes propres à soulever l’estomac des plus endurcis. L’arrivée du mot « fin » apparaît donc comme un soulagement pour le spectateur, soumis à un véritable tir de barrage de scènes plus répugnantes les unes que les autres et dont la vision n’est justifiée, avouons-le, que par une énorme curiosité malsaine.

Si, au départ, les intentions des Castiglioni semblaient plus « nobles » que celles de leurs confrères essentiellement motivés par l’appât du gain, ils paraissent toutefois s’être laissé prendre, au fil de leurs différents « mondos », au jeu malsain du sensationnalisme à tout crin. L’alibi ethnologique s’estompe par conséquent au fil de leurs réalisations, chacune essayant de surenchérir dans le « jamais vu » sur les productions similaires ayant inondés le marché durant les années ’70.

Pourtant, les frangins sont d’authentiques ethnologues qui virent dans le mondo un moyen de communiquer leur passion pour l’Afrique et qui, après le déclin du genre, continuèrent à œuvrer pour une meilleure connaissance des rites primitifs, entre autre en éditant des livres spécialisés.

Complaisant, cruel, extrême, dégueulasse et terriblement difficile à regarder, ADDIO ULTIMO UOMO se révèle donc une sorte de passage à la limite cinématographique, l’aboutissement logique du mondo, après quinze ans de surenchère, avant les « shockumentaries » ultérieurs comme FACE A LA MORT qui, débarrassé de toutes considérations ethnologiques ou didactiques, se contentèrent d’aligner les vignettes « snuff » pour satisfaire le voyeurisme des spectateurs.

Assez ennuyeux et profondément déplaisant, ADDIO ULTIMO UOMO sera, au final, réservé aux curieux ou aux inconditionnels de ce genre si controversé. Et de préférence avec l’estomac vide. Les autres peuvent s’abstenir.

Cette chronique a été originellement publiée dans Medusa 24

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2014