LA VIE INTIME DU DOCTEUR JEKYLL
Titre: The Adult version of Jekyll and Hyde
Réalisateur: Lee Raymond
Interprètes: John Barnum

 

René Bond
Jane Louise
Laurie Rose
Jude Farese
Linda York
Norman Fields
Année: 1972
Genre: Erotique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1972, LA VIE INTIME DU DOCTEUR JEKYLL témoigne d’une époque charnière au cours de laquelle les productions érotiques devenaient de plus en plus explicites, anticipant la déferlante du « hardcore » qui allait révolutionner l’industrie dans les mois suivants.

Avant le passage au porno pur et dur, les spécialistes de la sexploitation se prennent d’intérêt pour les classiques et pratiquent d’incroyable détournement qui se proposent de narrer les aventures sexuelles de divers héros de notre enfance comme les trois mousquetaires ou Zorro. Dans le cas qui nous occupe, le roman de Robert Louis Stevenson se voit ainsi épicé de nombreux passages « chauds », lesquels ponctuent une intrigue minimaliste des plus classiques.

A la même époque devait d’ailleurs sortir le similaire THE JEKYLL AND HYDE PORTFOLIO (également avec René Bond et Jane Louise) et le plus modéré DOCTEUR JEKYLL AND SISTER HYDE de la Hammer qui change, lui-aussi, le docteur en femme.

Le docteur Leeder, plutôt que soigner ses patients, préfère lutiner son insatiable secrétaire (et on le comprend puisqu’il s’agit de René Bond, légende du cinéma sexy américain à l’opulente poitrine complètement refaite…une précurseur on vous dit !) avant de convoler en justes noces avec sa fiancée, Cynthia, qui l’ennuie visiblement. Un jour, le médecin repère dans l’échoppe d’un brocanteur le mythique journal intime du docteur Jekyll et, à la nuit tombée, il s’introduit dans le magasin, étrangle le propriétaire et s’empare du précieux. Rentré chez lui, il décide d’en reproduire la fameuse formule chimique…l’opération réussi et Leeder se transforme aussitôt en un être lubrique et sadique, Mr Hyde, qui chasse les prostituées pour les fouetter, les violer puis les tuer. Après une overdose du produit magique, Leeder se transforme en femme…Mary Hyde, toute aussi assoiffée de sexe et de violence que son alter-égo mâle.

Produit par l’esthète David F. Friedman (LES AVENTURES AMOUREUSES DE ROBIN DES BOIS, ILSA LOUVE DES SS, LA CHEVAUCHEE AMOUREUSE DE ZORRO, 2000 MANIACS !, LOVE CAMP 7, BLOOD FEAST,…), véritable monument du cinéma d’exploitation, LA VIE INTIME DU DOCTEUR JEKYLL constitue un curieux mélange d’horreur et d’érotisme, ce-dernier étant souvent brutal voir légèrement malsain.

L’intrigue s’arrête ainsi toutes les dix minutes pour caser un passage sexy (ou voulu comme tel car la plupart sont surtout réfrigérants) généralement empreint de sadisme : le docteur Jekyll fouette une de ses partenaires, en viole une autre et, transformé en femme (Jane Louise, actrice dans près de 40 titres érotiques en cinq ans), expérimente une séance lesbienne forcée avec René Bond avant de castrer un marin excité de la braguette. Du grand art !

Le passage le plus réussi reste cependant celui où une demoiselle, excitée par un livre d’anatomie (sic !) se caresse dans sa chambre éclairée de manière très contrastée, à la manière d’un film gothique des sixties. Jekyll, qui l’observait jusqu’alors derrière une fenêtre, surgit, l’attache et la viole avant de lui fracasser l’entre-jambe et le crane à l’aide d’un bloc de marbre, recouvrant la pièce d’éclaboussures écarlates. Le film atteint là un équilibre fascinant entre l’horreur, bien sanglante, et l’érotisme pervers sublimé par une photographie convaincante qui transcende les évidences limites budgétaires.

Malheureusement, LA VIE INTIME DU DOCTEUR JEKYLL ne retrouvera jamais cette sauvagerie par la suite, devenant, au fil des séquences, un banal récit érotique à peine épicé d’un soupçon d’horreur. Seul le final, au cours duquel Miss Hyde drague un marin avant de lui trancher sa virilité (remplacée par un très visible godemichet) retrouve un peu de nerf et sort le spectateur de sa torpeur.

Pendant ce temps, un flic mène mollement l’enquête et soupçonne immédiatement le docteur Leeder d’avoir commis les crimes qui ensanglantent la ville. Devant le cadavre d’un brocanteur étranglé les forces de l’ordre s’exclament en effet: « à la position des mains sur la gorge on voit que l’assassin est un médecin ». Apparemment, Leeder est le seul praticien de la cité…Qui a besoin des experts ou de Sherlock Holmes avec de tels spécialistes ?

Dans le rôle du médecin possédé par les expériences du docteur Jekyll, le moustachu John Barnum manque franchement de conviction (et même de virilité…sans être méchant, le bougre n’a pas grand-chose pour lui) mais son apparence, typique du « hardeur » des seventies, ancre immédiatement l’entreprise dans son époque.

René Bond (né en 1950 et précocement décédée en 1996) incarne pour sa part sa secrétaire toujours en chaleur (« si tu ne me baise pas je me tire, je n’aime pas rester sans rien faire »). Actrice dans 90 long-métrages tournés durant les seventies, René Bond met du cœur (et le reste) à l’ouvrage pour satisfaire son amant. Malheureusement, les scènes « sexy » se succèdent de façon parfois lassante : un passage chaud entre Barnum et Bond se prolonge par exemple par une douche…laquelle donne lieu à une nouvelle séance de frotti frotta pas franchement excitante.

Partagé entre l’horreur à petit budget et l’érotisme assez corsé mais sans jamais sombrer dans la pornographie, LA VIE INTIME DU DOCTEUR JEKYLL manque d’intérêt pour maintenir l’intérêt du spectateur mais sa courte durée (80 minutes) et quelques passages réussis en font une vision acceptable pour les inconditionnels de la sexploitation sadique des seventies.

Cela ne fait d’ailleurs probablement pas grand monde…

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012