AEROBICIDE
Titre: Killer Workout / Aerobic Killer
Réalisateur: David A. Prior
Interprètes: Ted Prior

 

Marcia Karr
David James Campbell
Fritz Matthews
Fritz Matthews
Richard Bravo
Dianne Copeland
Année: 1987
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé à la fin de la vague « slasher » des années ’80, AEROBICIDE trahit le complet essoufflement d’une formule définitivement en bout de course. L’ensemble, de part son aspect ouvertement « cheesy », comme dise les anglophones, se regarde cependant avec le sourire pour les inconditionnels de nanars bien corsé. David A. Prior devait d’ailleurs, par la suite, poursuivre dans la voie du Z décomplexé tout en réorientant sa carrière vers le cinéma d’action avec des titres comme FUTURE FORCE ou ULTIME COMBAT qui firent, jadis, les beaux jours des vidéoclubs.

L’intrigue d’AEROBICIDE se déroule dans un club d’aérobic (non ? Si !) tenu par Rhonda et sa copine Jamie. De beaux spécimens d’Américains très moyens (voire en deçà de la moyenne pour la plupart) viennent s’y remuer la graisse sur du disco-pop miteux dans l’espoir de voir fondre leurs calories inexistantes. Vu la plastique avantageuse des bimbos, l’aérobic semble d’ailleurs leur réussir. Or un méchant tueur en série pas gentil du tout, un jaloux maigrichon probablement, vient massacrer un par un les client(e)s du club d’aérobic. Le carnage se poursuit d’ailleurs dans l’indifférence générale et l’établissement reste ouvert en dépit des meurtres successifs. Les belles sportives continuent d’affluer sans se préoccuper le moins du monde d’être les prochaines victimes du maniaque. Après tout mieux vaut périr mince et en bonne santé que vivre avec des kilos en trop…

Complètement stupide et invraisemblable, AEROBICIDE s’avère, bien sûr, très mauvais mais également réjouissant pour les cinéphiles pervers. Il est, en effet, possible d’y prendre un certain plaisir bon enfant tant David A. Pryor se vautre dans la parodie, certes involontaire mais parfois aussi drôle que le fameux « Red Is Dead » des Nuls. L’insistance du cinéaste à cadrer ses actrices les jambes écartées ou la poitrine fièrement bombée se révèle, en outre, irrésistible au second degré même si les numéros de gymnastique paraissent, eux, interminables. L’intrigue, rudimentaire, se limite, hélas, à alterner de fougueux numéros d’aérobic et des meurtres franchement crétins commis à l’aide d’une arme particulièrement absurde : une épingle à nourrice géante. Fou rire assuré !

Seul le premier crime, exécuté sur un lit bronzant, possède une certaine efficacité et, à tout le moins, une vraie originalité. Le reste des mises à mort, par contre, se vautre dans une épuisante routine et sont plus risibles qu’effrayantes.

Au niveau du casting, le rôle principal échoit à Ted Prior, le propre frère de David, lequel fut, nous apprend sa biographie, modèle pour la page centrale de Playgirl en 1984. Si c’est pas de la référence ça, ma bonne dame ! Bref, le bonhomme, plutôt musculeux, fut souvent employé par son frangin, lequel lui donna la vedette dans le fameux nanar ULTIME COMBAT. Ted Prior apparut également dans le très culte SURF NAZIS MUST DIE ! produit par la Troma puis poursuivit une modeste carrière dans le direct-to-vidéo. Très mauvais acteur, Ted Prior exhibe, par contre, son physique avantageux de playboy bodybuildé à la moindre occasion. Le bonhomme, soucieux de dévoiler tout son potentiel, participe même à une vibrante bagarre de rue inspirée des films de kikcboxing alors populaires. Malheureusement, Ted Prior s’avère absolument incapable de se battre de manière crédible et le résultat s’apparente à une démonstration de patronage exécutée par des athlètes débutants. Un grand moment de rigolade consécutif au décalage absurde entre la volonté de passer pour un inflexible redresseur de torts et la réalité affichée à l’écran.

Puisque les interprètes sont catastrophiques et l’intrigue piteuse, la mise en scène de David A. Prior devait se mettre au diapason et, bingo, elle rivalise de ringardise satisfaite. Lymphatique, poussive, vaguement référentielle (quelques ridicules tentatives de singer les éclairages flamboyants du giallo ou l’inévitable, et désastreuse, imitation du meurtre sous la douche de PSYCHOSE), cette réalisation besogneuse est, en outre, incapable de générer le moindre suspense. La seule préoccupation du cinéaste consiste à cadrer les fessiers, poitrines et entrecuisses de ses actrices mais, malheureusement, l’érotisme attendu n’ira guère plus loin que cette espère de longue publicité vantant les bienfaits de la gymnastique. Ce bâclage généralisé laisse croire que chacun voulait simplement emballer le film le plus rapidement possible puis rentrer à la maison dépenser son maigre cachet.

En dépit de ses faiblesses énormes, AEROBICIE possède, pourtant, un charme indéfinissable mais réel. La sexualisation outrancière des numéros d’aérobic, la bande son horriblement datée, les meurtres nombreux et les tentatives risibles du cinéaste de mixer le slasher avec le polar d’action rendent, au final, l’entreprise plutôt sympathique.

Quoiqu’objectivement très mauvais, AEROBICIDE se suit sans déplaisir, comme un bon petit nanar du samedi soir. A tout prendre mieux vaut un mauvais slasher divertissant qu’un mauvais slasher ennuyeux et, quoique franchement oubliable, le film de David A. Prior parvient, au moins, à amuser les spectateurs conciliants. Et c’est déjà pas mal.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012