APRES MINUIT
Titre: After Midnight
Réalisateur: Jim et Ken Weat
Interprètes: Judie Aronson

 

Marg Helgenberger
Marc McClure
Ed Monaghan
Alan Rosenberg
Monique Salcido
Tracy Wells
Année: 1989
Genre: Film à sketches / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Très populaire dans les années ’60 et jusqu’au début des années ’80 (qui vit la sortie, couronnée de succès, de CREEPSHOW), le « film à sketches » perdit pourtant de sa superbe durant les eighties. Seuls quelques cinéastes s’y risquèrent pendant cette décennie, souvent avec des budgets restreints.

Les frères Jim et Ken Weat, coupables du téléfilm EWOKS : LA BATAILLE POUR ENDOR, et des scénarios de LE SILENCE QUI TUE, LA MOUCHE 2 et FREDDY IV, s’attaquent en 1989 à ce APRES MINUIT, leur troisième et dernier long-métrage, scénarisé et réalisé par leur soin.

Dans la tradition du genre, APRES MINUIT déroule trois histoires indépendantes liées entre elles par un segment guère crédible mais amusant à suivre. Un professeur d’université aux méthodes radicales, Derek, enseigne la psychologie de la peur. Selon ses théories, nul ne peut parler de la peur sans l’avoir éprouvée. Durant le prologue, l’enseignant prend à parti un élève chahuteur et le menace d’une arme dans laquelle il a glissé une unique cartouche. Suite à cette roulette russe improvisée, l’étudiant mouille son pantalon et quitte le cours, apeuré et humilié tandis que le prof se tire une balle dans la tête…un « suicide » fabriqué pour terrifier l’auditoire. Ramené à l’ordre par les autoritaires universitaires, Derek se résout à revenir à un enseignement plus traditionnel, basé sur le cours magistral et la lecture de manuels scolaires. Toutefois, il invite ses élèves les plus « aventureux » à passer une soirée chez lui pour y raconter une histoire effrayante survenue à l’une de leurs connaissances.

Contrairement à la plupart des anthologies horrifiques, APRES MINUIT joue la carte du réalisme et propose trois sketches qui ne recourent aucunement au surnaturel mais optent pour des peurs plus modernes. D’où des sujets relativement novateurs dans un genre balisé par les vengeances d’outre-tombe et autres malédictions.

Très classique, le premier sketch (« the old dark house ») débute à la manière de nombreux films d’épouvante classiques (ou du ROCKY HORROR PICTURE SHOW) par la ballade d’un couple, Joan et Kevin, décidé à trouver refuge dans une vaste demeure supposée inhabitée. Mais des fantômes y rodent…en réalité il s’agit d’une blague élaborée par Joan pour surprendre Kevin le jour de son anniversaire. Bien sûr, tout finira mal.

« A night on the town » s’intéresse de son côté à quatre filles d’une vingtaine d’années parties en virée dans les quartiers louches d’une grande métropole. Tombées en panne d’essence, les demoiselles pénètrent dans une station-service déserte et sont traquées par le pompiste psychopathe. Les filles finissent par s’en débarrasser mais doivent encore compter avec ses chiens d’attaque, particulièrement féroces et revanchards. Linéaire, cette intrigue reste toutefois plaisante et joue adroitement la carte de « l’agression animale », rarement abordée dans le cadre des films à sketches. Les tenues typiquement eighties et la photographie classieuse, qui use et abuse des filtres bleutés, inscrivent résolument l’ensemble dans son époque et rendent ce sketch sympathique pour les nostalgiques des vidéoclubs. Hélas, le final, trop précité, n’est pas à la hauteur de ce qui précède et termine de manière expéditive un segment sinon plutôt adroit.

La dernière histoire, « All Night Operator », ne témoigne pas d’une inventivité folle et recourt au cliché éculé du tueur qui harcèle par téléphone une pauvre victime. Alex, une opératrice téléphonique, revient travailler après s’être cassée une jambe lors de ses vacances aux sport d’hiver,. Seule dans son bureau, Alex devient la cible d’un malade mental obsédé par une actrice de cinéma. Après avoir étranglé cette dernière, le maniaque décide de supprimer également Alex… Aujourd’hui très daté (Où sont les portables et les répondeurs téléphoniques? se demanderont les plus jeunes spectateurs), ce sketch n’en reste pas moins efficace et bien servi par la performance convaincante de l’actrice principale, Marg Helgenberger, future star de la série télévisée « Les Experts ». Quelques frissons parsèment d’ailleurs cette intrigue sinon prévisible dont le pseudo twist rappelle le classique TERREUR SUR LA LIGNE.

L’indispensable intrigue de liaison (« Allison’s story ») s’avère, en outre, nettement plus longue que de coutume et occupe près d’un tiers du temps de projection. Basée sur le schéma éculé du psychokiller décidé à se venger d’une humiliation subie, elle met en scène un étudiant revanchard désireux de supprimer son professeur. En complète opposition avec le réalisme des trois histoires précédentes, le climax verse dans le délire absurde, agrémenté d’effets de stop-motion gentiment nostalgiques qui incluent un squelette armé d’une hache.

Sans surprise, APRES MINUIT se conclut sur une pirouette éculée (« tout ça n’était donc qu’un rêve ! ») sous la forme d’une boucle temporelle qui renvoie directement au grand ancêtre AU CŒUR DE LA NUIT….Ou à L’AVION DE L’APOCALYPSE. Calibré pour les amateurs de films d’épouvante à sketches, APRES MINUIT se situe dans une honnête mais peu reluisante moyenne. Aucune des histoires ne sort véritablement du lot mais toutes se regardent avec un minimum de plaisir. Le manque flagrant de sexe et de sang rapproche néanmoins le résultat d’une série télévisée et s’avère trop timoré pour convaincre les amateurs de frissons, lesquels auraient sans doute aimé davantage de hargne dans la réalisation.

Divertissement sans prétention, sitôt vu et sitôt oublié mais pas désagréable pour autant, APRES MINUIT offre 90 minutes d’amusement aux inconditionnels du genre qui devraient donc y trouver leur content. Les autres se tourneront vers des anthologies plus réputées comme CREEPSHOW ou les productions Amicus des seventies.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013