COMMUNION SANGLANTE
Titre: Communion / Alice Sweet Alice
Réalisateur: Alfred Sole
Interprètes: Linda Miller

 

Mildred Clinton
Paula E. Sheppard
Niles McMaster
Jane Lowry
Brooke Shields
Rudolph Willrich
Année: 1976
Genre: Fantastique / Horreur / Giallo
Pays: USA
Editeur Mad Movies
Critique:

COMMUNION SANGLANTE constitue une des rares tentatives américaines de reprendre certaines thématiques du giallo. Ce thriller fantastique bien mené entretient en outre quelques similitudes avec NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicolas Roeg et, par ses questionnements sur la religion, avec L’EXORCISTE de William Friedkin, tous deux sortis peu de temps auparavant.

New Jersey, 1961. La jeune Alice Spages est jalouse de sa cadette Karen, laquelle reçoit toute l’attention de sa mère qui la couvre de cadeaux à l’approche de sa première communion. Lorsque Karen est assassinée, les soupçons se portent naturellement sur Alice, laquelle aurait également tenté de poignarder sa tante. Au fil de l’enquête et des indices mis à jour, Alice se voit soupçonnée d’autres crimes, par exemple de la mort du propriétaire trop entreprenant de l’appartement de sa mère. Mais la solution est elle aussi simple ?

Né en 1943, le cinéaste Alfred Sole a seulement quatre long-métrages à son actif et COMMUNION SANGLANTE reste le plus célèbre d’entre eux. Ses autres œuvres, aujourd’hui oubliées, sont le porno DEEP SLEEP, le film d’aventures érotiques LA BETE D’AMOUR et une obscure comédie horrifique, PANDEMONIUM, sortie en 1982. Depuis, Sole n’a plus rien réalisé pour les grands écrans mais est resté actif dans le domaine de l’écriture (quelques épisodes des séries télévisées « Vendredi 13 » ou « Alfred Hitchcock présente ») avant de gagner ses galons de directeur artistique sur de nombreuses productions réputées.

Mélange de thriller et de fantastique tenté par le giallo et imprégné d’un discours anticatholique virulent, COMMUNION SANGLANTE fut tourné en une vingtaine de jours avec un budget d’environ 340 000 dollars. En dépit d’un accueil critique favorable, le métrage, connu tout d’abord sous le titre « Communion », ne récolta pas le succès escompté. Quelques années plus tard, le film ressortit pourtant pour profiter de la popularité grandissante de Brooke Shields, d’abord sous l’appellation « Alice Sweet Alice » en 1978 (dans sa version intégrale, aujourd’hui la plus connue) puis, en 1981, dans une version coupée intitulée « Holy Terror ». Suite à une erreur juridique, COMMUNION SANGLANTE tomba dans le domaine public, permettant à tout un chacun de l’exploiter à sa guise, jusqu’à ce qu’Alfred Sole n’en ressorte une version légèrement remaniée au cours des années ’90 afin de récupérer ses droits d’auteur perdus.

Paula Sheppard, âgée de 19 ans à l’époque du tournage (et dont l’unique autre contribution au cinéma réside dans sa participation au cult movie LIQUID SKY), incarne avec beaucoup de conviction la jeune Alice et confère un coté angoissant à l’expression de ses colères adolescentes. La petite Karen, pour sa part, est jouée par la débutante Brooke Shield et, même si les ressorties du métrage tentèrent de capitaliser sur sa présence, après les succès de LA PETITE et LE LAGON BLEU, l’actrice n’apparaît que durant les quinze premières minutes avant d’être brutalement assassinée. Le reste du casting se montre correct et, si personne ne livre de performance vraiment mémorable, chacun accomplit consciencieusement son boulot et donne une bonne crédibilité à cette COMMUNION SANGLANTE des plus soignée.

L’intrigue, bien menée, réserve son lot de surprises et de twists inattendus tandis qu’Alfred Sole démontre son savoir faire en y plaçant des meurtres stylisés, inspirés du giallo. Les crimes, quoique peu nombreux, se positionnent intelligemment entre la suggestion et la représentation graphique, laissant travailler l’imagination du spectateur tout en lui offrant quelques pincées de violence sanglante. Filmé avec talent et adroitement montés, soutenus par une bande sonore compétente, ces séquences donnent une véritable identité à COMMUNION SANGLANTE mais ne sont pas, loin de là, son unique intérêt.

Le scénario, par exemple, explore sans détour différents thèmes religieux et impute au catholicisme la responsabilité des événements en dénonçant le sentiment de culpabilité exacerbé qu’il professe. Les aspects sociaux, accentués par le choix de placer l’intrigue dans les quartiers pauvres du début des années ’60, sont eux aussi intelligemment abordés par Alfred Sole, soucieux de livrer un produit s’élevant au-dessus de la masse des thrillers théologiques, alors en vogue.

L’épouvante stricto senso n’est pas négligé pour autant et le tueur masqué, vêtu d’un imperméable jaune, demeure angoissant et rappelle les sadiques mystérieux officiant à la même époque dans les gialli italiens et, bien sûr, le criminel de NE VOUS RETOURNEZ PAS au look identique. L’identité de ce meurtrier, forcément, ne sera révélée que dans les dernières minutes et ménage une jolie surprise même si le final laisse planer un doute sur sa culpabilité et remet en question plusieurs hypothèses précédemment évoquées.

Au final, COMMUNION SANGLANTE s’impose comme un bel exemple de petit budget parfaitement maîtrisé, jouant sur différents registres et fonctionnant à la fois comme un thriller, un film fantastique et un drame imprégné d’une imagerie religieuse pesante. Peu connu, ce « classique oublié » mérite d’être redécouvert et ses surprenants emprunts au giallo ne le rendent que plus agréables pour les aficionados du thriller italien.

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2012