LE GRAND ALLIGATOR
Titre: Il Fiume del grande caimano / Alligator
Réalisateur: Sergio Martino
Interprètes: Barbara Bach

 

Claudio Cassinelli
Mel Ferrer
Romano Puppo
Fabrizia Castagnoli
Lory Del Santo
 
Année: 1979
Genre: Horreur / Big Monster
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing


Critique:

Daniel Nessel, un photographe se rend dans un coin perdu de l'Afrique pour l'inauguration d'un luxueux complexe hôtelier. Là il rencontre une belle anthropologue, Alice Brand, mais, peu après, il constate la disparition d'un top modèle et d'un indigène. Il devient bientôt évident qu'un immense alligator déifié par la population locale s'est réveillé…

Réalisé juste après LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS et LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE, ce métrage constitue le dernier volet de la "trilogie" thématique (aventures, horreur et un zeste d'érotisme) orchestrée par Sergio Martino. Si il s'agit probablement du titre le plus faible de cette série, ce GRAND ALLIGATOR n'en reste pas moins un estimable exemple de cinoche populaire agréable à suivre.

Comme son modèle assumé, à savoir l'inévitable LES DENTS DE LA MER, le film de Sergio Martino ne dévoile son monstre qu'avec parcimonie, en offrant au spectateur quelques visions fugitives durant les trois premiers quarts d'heures. Cette suggestion est une bonne idée, non seulement car elle permet une progression dramatique efficace mais également car la médiocrité des effets spéciaux s'en trouve atténuée. A cette trame simple, le métrage ajoute l'un ou l'autre éléments plus originaux qui ne sont pas s'en rappeler les récents succès du bis italien dans le domaine du "cannibal movie".

Pour détailler un minimum l'intrigue, trois personnes débarquent en Afrique: le photographe Daniel Nessel, la top modèle Sheena (pas la reine de la jungle mais presque) et le propriétaire des lieux, Joshua. Ce dernier a créé un complexe hôtelier qui ressemble un peu à un parc d'attraction sur le thème des crocodiles, appelé sans rire Paradise House. Alice Brand, notre belle blonde (Barbara Bach) anthropologue, travaille, un peu contrainte et forcée, pour le compte de Joshua. Aux alentours, outre les nombreux crocodiles, se trouve une tribu d'indigènes, les Kumas, qui vivent en reclus à l'âge de pierre et ont permis de construire le complexe touristique. Justement les premiers visiteurs débarquent à Paradise House mais la belle Sheena, partie en expédition sur "l'île d'amour" des Kumas avec un bellâtre local, se fait dévorer par un énorme animal.

Comme toujours, Daniel et Alice tentent de prévenir les autorités mais Joshua ne peut croire à la présence d'un tel monstre près de son petit paradis, qu'il estime suffisamment protégé contre d'éventuels attaques de crocodiles. Le journaliste et l'anthropologue décident donc de mener leur enquête et finissent par trouver le Père Jonathan, devenu fou depuis sa rencontre avec le Dieu des indigènes, un immense alligator (!) qu'il a patiemment sculpté dans la pierre pendant de longues années. Les Kumas décident dans le même temps d'apaiser la colère du Dieu du fleuve en tuant un maximum de méchants touristes blancs venus polluer la jungle. Et notre saurien géant commence un véritable carnage!

LE GRAND ALLIGATOR réussit à se montrer sympathique essentiellement grâce à ce mélange de genres tout à fait typique des cinéastes italiens des années 70. Prenant comme base une classique histoire de monstres clairement inspiré des DENTS DE LA MER, Sergio Martino y ajoute des ingrédients issus des "cannibal movies" alors en vogue ainsi qu'un peu d'érotisme. Malheureusement, ces deux derniers éléments ne sont pas suffisamment développés pour réellement convaincre l'amateur et Sergio Martino semble hésiter un peu trop quant à la direction générale qu'il souhaite suivre.

Pas assez gore, pas assez sexy, LE GRAND ALLIGATOR ne parvient pas à convaincre complètement mais ce patchwork disparate reste amusant. Nul ne comprend vraiment pourquoi le scénario veut absolument nous faire croire que le monstre est un alligator (inconnu en Afrique!) et non un crocodile mais ce n'est pas la seule erreur ou approximation d'une intrigue assez décousue. Si tout n'est pas parfait, loin de là, Sergio Martino sait néanmoins comment intéresser son public et lui offre une séquence finale assez anthologique qui multiplie les attaques sanglantes.

Même si LE GRAND ALLIGATOR manque un peu de punch et de gore il parvient à ne pas ennuyer et les dialogues souvent risibles, emprunt d'un racisme assez grotesque, ajoute au côté décalé d'un métrage beaucoup moins mauvais qu'on ne pouvait le croire. Même si il ne s'agit pas d'un grand film, LE GRAND ALLIGATOR reste divertissant et globalement bien mené.

Sergio Martino retenta l'aventure cinq ans plus tard, avec beaucoup moins de réussite, à l'occasion d'APOCALYPSE DANS L'OCEAN ROUGE.

Fred Pizzoferrato - Février 2008