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Gérard Damiano fut probablement le cinéaste le plus inventif ayant œuvré dans le cinéma porno, en particuliers durant les seventies où il livra une série d’œuvres réputées souvent inspirées de sources littéraires. Ses plus belles réussites sont sans doute STORY OF JOANNA et L’ENFER POUR MISS JONES et, dès son premier film hard (GORGE PROFONDE), il montra un attrait certain pour le fantastique.
Avec ALPHA BLUE il plongeait dans la science-fiction en imaginant un futur pas si improbable que cela apparenté à une sorte d’utopie virant progressivement vers la dystopie. Damiano ne fut pas le premier pornocrate à tenter le croisement entre érotisme et science-fiction, déjà effectuée avec succès par plusieurs romans, mais il fut sans doute le premier à offrir au genre autre chose qu’un démarquage polisson et parodique se référant à un classique antérieur (comme STAR BABE, SEX WARS, FLESH GORDON ou 2069 A SEX ODYSSEY). Le cinéaste s’inspire néanmoins des romans anti-utopiques les plus fameux (« 1984 » et, surtout, « Le Meilleur des Mondes ») pour créer sa vision d’un avenir désastreux.
Après l’apocalypse, une nouvelle société idyllique fut construite sur les ruines du passé. Dans ce monde, fumer n’est plus que toléré, les plaisirs de la table sont oubliés et les relations humaines sont bannies, remplacées par une sexualité exacerbée. Des jeunes femmes sont spécialement entrainées pour satisfaire les hommes au sein d’Alpha Blue, sorte de gigantesque bordel dans lequel tout sentiment est proscrit. Gérard Damiano a toujours été un intellectuel du X, ainsi qu’un cinéaste assez moralisateur, et il le prouve à nouveau avec ce métrage qui poursuit certaines interrogations déjà esquissée près de dix ans plus tôt avec L’ENFER POUR MISS JONES. Mais, contrairement aux œuvres anti-érotiques de Stephen Sayadian (CAFE FLESH et, dans une moindre mesure, NIGHTDREAMS), Damiano n’oublie pas qu’il filme une œuvre censée exciter le spectateur. Il juxtapose donc des séquences déshumanisées et cliniques à des passages plus romantiques, passant de scènes à l’érotisme poussé mais « tendre » à d’autres beaucoup plus radicales et extrêmes. Avouons toutefois à regret que les considérations « intellectuelles », les références SF et les dialogues sont essentiellement concentré dans les 20 premières minutes du métrage, les plus ambitieuses et travaillées. Les 60 minutes suivantes se montrent hélas plus classiques même si on y retrouve parfois l’une ou l’autre réflexion plus intéressante. Richard Bolla, un des rares bons acteurs du porno – il oeuvra aussi beaucoup dans le bis horrifique italien – incarne ici un homme lassé des relations mécaniques que lui propose les jeunes filles d’Alpha Blue. Son histoire d’amour impossible avec une des « satisfactrices » constitue donc le corps d’une intrigue certes simple mais bien plus travaillée que dans la majorité des pornos de série. (« What about love » demande t’il à son ami qui réplique « I love pussies »… « That’s not enough » rétorque Bolla. ) Au niveau des scènes hard on note quelques morceaux de bravoure comme un renversement des rôles menés par une demoiselle très motivée qui sodomise son partenaire masculin avec un godemichet avant de l’insérer dans son intimité et de laisser l’homme sucer l’objet. Voilà sans hésiter LA grande scène chaude d’un métrage qui n’en manque pas, même si les autres séquences s’avèrent plus conventionnelles. Le film est également connu pour une scène d’urologie avec Annie Sprinkle (qui se prêtait déjà à l’exercice dans DEVIL INSIDE HER) mais celle-ci, souvent coupée, était absente de ma copie. Après l’intermède plus romantique du final, Damiano prend néanmoins soin de terminer son métrage sur une scène d’orgie avant de nous saluer d’un petit signe de la main teinté d’ironie. Comme dans la plupart des X de cette époque, les acteurs et actrices ont des physiques beaucoup plus naturels que ceux des vedettes actuelles du genre, des imperfections les rendent beaucoup plus crédibles et sensuelles que les starlettes entièrement remodelées apparues avec la vidéo. Damiano revint sur le sujet avec une séquelle peu réputée (RETURN TO ALPHA BLUE) et délaissa ensuite la science-fiction porno, explorée avec plus ou moins de réussite par Stephen Sayadian (CAFE FLESH, la trilogie NIGHTDREAMS), Michael Ninn (LATEX, BODY SHOCK, SHAYLA’s WEB, NEW WAVE HOOKERS 5) et Antonio Pasolini (NEW WAVE HOOKERS 6 et 7, CAFE FLESH 2 et 3). En définitive ALPHA BLUE n’est peut-être pas un chef d’œuvre du cinéma mais il parvient à proposer une intrigue relativement originale et prenante basée sur un argument science-fictionnelle au sein d’un porno riche en scènes très explicites. L’amateur en aura donc pour son argent même si le métrage se révèle un peu décevant et certainement en deçà des meilleurs titres de son auteur. Mais, dans un genre si balisé où la médiocrité domine, ALPHA BLUE demeure une valeur sûre pour quiconque désire un peu plus qu’une simple accumulation de passages à connotation sexuelle. |
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Fred Pizzoferrato - Novembre 2008 |
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