FEMMES EN CAGE (AMAZON JAIL)
Titre: Curral de Mulheres
Réalisateur: Oswaldo de Oliveira
Interprètes: Elizabeth Hartmann

 

Sandra Graffi
Lígia de Paula
Elys Cardoso
Shirley Benny
Sérgio Hingst
Márcia Fraga
Année: 1982
Genre: Women In Prison / Sexploitation
Pays: Brésil
Editeur  
Critique:

Lancé dès la fin des années ’60 via, selon les historiens, le 99 FEMMES (LES BRULANTES) de l’inévitable Jésus Franco, le Women In Prison fit, ensuite, les beaux jours (ou les belles nuits) du cinéma d’exploitation des seventies. Roger Corman, par exemple, produisit quelques sympathiques bandes bis comme THE BIG DOLL HOUSE ou THE BIG BIRD CAGE qui mettaient en vedette Pam Grier. Des titres bien timorés comparés aux œuvres de Franco, lequel proposa de nombreux Women In Prison riches en tortures sexuelles gratinées comme SADOMANIA, ILSA ULTIMES PERVERSIONS ou LOVE CAMP.

Lors du boom de la vidéo, au début des années ’80, les producteurs, dépités de la fermeture des drive-in et autres grindhouses, trouvent un nouveau terrain de « jeu » et les étagères des vidéoclubs se garnissent de petits films rapidement torchés comme LES ANGES DU MAL, REVOLTE AU PENITENCIER DE FILLES ou CHALEUR ROUGE.

Directeur de la photographie, scénariste, parfois acteur et, surtout, prolifique cinéaste bis, le méconnu Brésilien Oswaldo de Oliveira se lance, lui aussi, dans l’aventure du WIP, tout d’abord via le fameux BARE BEHIND BARS (qui comprend des passages pornos) puis avec ce FEMMES EN CAGE au principe similaire mais nettement plus timoré.

L’intrigue n’est, elle, aucunement originale. Un salopard fini, Edgard, piège des jeunes femmes à qui il promet un travail de guide touristique et les conduits dans une sorte de « réserve » où elles sont soumises au bon vouloir d’une lesbienne sadique nommée Helena. Les pauvres demoiselles reçoivent un cruel « entrainement » en vue de les transformer en complètes esclaves sexuelles qui, par la suite, iront approvisionner un réseau de traites des Blanches. Une routine bien huilée mais l’arrivée du neveu d’Edgar complique la situation, d’autant que celui-ci tombe amoureux d’une des captives, Betty, venue là incognito afin de démanteler l’organisation et de conduire Edgard devant la justice.

Quoique le « corral pour filles » (traduction littérale du titre original) de FEMMES EN CAGE ne soit pas un véritable pénitencier au sens strict du terme, le long-métrage ne décevra pas les amateurs de Women In Prison puisqu’il se conforme joyeusement à tous les clichés attendus. Oswaldo de Oliveira délivre par conséquent le quota attendu de saynètes érotiques, ponctuées d’une pointe de sadisme (ici fort légère) et de l’inévitable évasion finale des prisonnières, lesquelles s’échappent de leur enfer carcéral à coup de cocktail Molotov artisanaux. Une « grande » scène d’action à la bêtise assumée. Douches, scènes lesbiennes, crêpages de chignon et demoiselles enfermées dans des cages en bambous sont, également, de la partie à la satisfaction des amateurs.

Cependant, malgré l’évasion des principales héroïnes, FEMMES EN CAGE n’est pas terminé pour autant, loin de là, puisque nous n’en sommes qu’à la moitié du temps de projection. La suite se transforme, dès lors, en complet délire tout droit sorti d’une bande dessinée pour adultes écrite par un scénariste sous influence de substances illicites. En effet, les jeunes évadées échouent dans une mine d’or dirigée par un ancien curé reconverti grand prêtre d’une sorte de culte satanique folklorique basée sur l’homosexualité ! Devant cet afflux soudain de gonzesses à la cuisse légère, le chef de la secte, qui craint de voir son influence diminuer, décide d’enfermer les jeunes filles pour les sacrifier à Satan après un viol collectif. Heureusement, les copains de quelques-unes d’entre elles, n’ayant aucune nouvelle, se décident à intervenir et mènent une opération commando au cœur de la jungle en vue de leur porter secours.

Bénéficiant (hum !) d’un doublage français absolument dément capable de faire rougir un routinier du porno, FEMMES EN CAGE sombre rapidement dans un franc n’importe quoi assez délectable pour l’amateur de nanar. En dépit des clichés et conventions éculées du Women In Prison, l’oeuvrette se montre un minimum innovante et inclut, dans sa seconde partie, une des sectes sataniques les plus improbables jamais vues sur un écran de cinéma. Au moins, cela permet de s’amuser et de relancer l’intérêt pour une machine un peu grippée à force de patauger dans les conventions.

Si le sadisme et la violence sont réduits au minimum, la nudité extrêmement complaisante saura toutefois satisfaire les voyeurs, la plupart des actrices étant attractives et naturelles. Evidemment, elles jouent mal et passent leur temps à hurler mais on ne peut pas trop leur en demander : entre de bonnes actrices au physique quelconque et de jolies comédiennes aussi expressives que des poupées gonflables, le réalisateur a fait son choix. Et le spectateur l’en remerciera, personne ne regardant un Women In Prison pour autre chose qu’une longue suite de scènes sexy. Toutefois, l’humour involontaire reste la principale qualité d’un long-métrage souvent ridicule et risible, ce qui assure de franches rigolades aux adeptes du second degré ou des friandises « nanar » particulièrement corsées.

Pas aussi extrême et sadique que les Women In Prison italiens de la même époque, FEMMES EN CAGE compense cette relative timidité par un scénario plus déjanté que la moyenne et une nudité féminine pratiquement constante. Dans son genre et malgré ses évidences faiblesses, FEMMES EN CAGE reste donc un spectacle plutôt sympathique qui alterne érotisme et action prudente de manière quasiment parodique.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2013