LE LOUP GAROU DE LONDRES
Titre: An American Werewolf In London
Réalisateur: John Landis
Interprètes: David Naughton

 

Jenny Agutter
Griffin Dunne
John Woodvine
Lila Kaye
Joe Belcher
Frank Oz
Année: 1981
Genre: Fantastique / Horreur / Comédie
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Comme tous les grands mythes du fantastique, le loup-garou revient régulièrement pousser un petit cri sous la pleine lune, à la manière de son ami le vampire. Si ce-dernier est plus fréquemment représenté sur les écrans, le lycanthrope peut néanmoins se vanter d’être apparu dans une série de longs métrages de qualités depuis ses débuts discrets dans LE MONSTRE DE LONDRES et la saga de Larry Talbot débutée par LE LOUP GAROU en 1941.

Après quelques attaques nocturnes remarquées (citons LA NUIT DU LOUP GAROU, les films de Paul Naschy ou les sympathiques mais peu convaincants THE BEAST MUST DIE et LA LEGENDE DU LOUP GAROU) le monstre disparut pratiquement des écrans au milieu des seventies. Or, au début des années 80, on le vit revenir dans les salles obscures via une poignée d’œuvres intéressantes. Paul Naschy ressuscita son personnage fétiche dan EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO, Larry Cohen proposa l’humoristique FULL MOON HIGH, Michael Wadleigh s’empara du mythe de façon très personnelle avec WOLFEN et Joe Dante nous offrit un très référentiel et divertissant HURLEMENTS.

Mais, de tous ces métrages sortis en 1981, LE LOUP GAROU DE LONDRES reste sans doute le plus fameux et, en dépit des qualités indéniables des titres précités, constitue sans doute le meilleur film de loup-garou existant, une réussite quasi miraculeuse dans le domaine souvent casse gueule de l’horreur humoristique. John Landis, alors âgé d’à peine 30 ans, venait de signer quelques coups d’éclats mémorables avec quatre comédies remarquées : les très cultes SCHLOCK, HAMBURGER FILM SANDWICH, AMERICAN COLLEGE (lançant sur les grands écrans la troupe déconneuse du National Lampoon’s) et l’excellent BLUES BROTHERS. Son approche du mythe du lycanthrope, quoiqu’axé sur l’humour et la référence, allait pourtant se montrer étonnamment respectueuse.

L’intrigue débute en Angleterre, alors que deux étudiants, David Kessler et Jack Goodman, se promènent sur les routes campagnardes à la tombée de la nuit. Ils échouent finalement dans un pub local portant le nom hautement rassurant de ‘L’Agneau massacré’ et reçoivent un accueil glacial des villageois. Lorsque Jack demande la raison de la présence d’un pentagramme dessiné sur le mur, les habitués du pub font clairement comprendre aux deux Américains qu’ils ne sont plus les bienvenus. Pratiquement chassés du village avec pour seul conseil de « rester sur la route et de ne pas s’engager sur la lande », David et Jack reprennent leur périple.

Bien sûr, dans le brouillard et l’obscurité, les étudiants finissent par s’égarer et, alors que des hurlements menaçants retentissent, les deux amis décident de retourner s’abriter au village. Trop tard : Jack est tué par un énorme loup et David sérieusement blessé. Les villageois, ayant apparemment triomphés de leur crainte, arrivent néanmoins pour abattre l’animal et, avant de perdre conscience, David découvre que le loup a disparu. A sa place, un jeune homme nu se vide de son sang… Lorsqu’il se réveille, après trois semaines de coma, David se trouve dans un hôpital londonien. Après avoir appris la mort de son ami Jack et subi un interrogatoire de la police, le jeune homme apprend que leur agression est attribuée à un fou, évadé de l’asile, et l’affaire est classée. Malheureusement, David commence à souffrir de cauchemars récurrents particulièrement sanglants et réalistes. Il voit également le cadavre de Jack, réduit à un amas de chair en décomposition, qui lui apprend qu’il a été mordu par un loup-garou. En conséquence, David se transformera en monstre à la prochaine pleine lune. En dépit des bons soins d’une infirmière nommée Alex avec laquelle David entame une relation, les mauvais rêves empirent. Et la pleine lune approche…

LE LOUP GAROU DE LONDRES reste essentiellement dans les mémoires pour son incroyable scène de transformation, réalisée par un Rick Baker au sommet de son art. Une séquence de deux minutes, en pleine lumière, qui détaille avec un luxe de détails le changement horriblement douloureux de l’homme en bête. Un sommet du maquillage, justement récompensé d’un Oscar, et bien plus convaincant que les futures transformations des métrages ultérieurs, comme UNDERWOLRD, réalisées à l’aide de bien trop propres images de synthèse.

Mais LE LOUP GAROU DE LONDRES ne doit pas se voir réduit à ce seul passage, aussi époustouflant soit-il. Bien d’autres scènes se révèlent en effet excellentes, par exemple l’introduction très typique que l’on jurerait tirée d’une production de la Hammer ou le spectaculaire climax final. Le loup-garou, déchaîné (mais pas très effrayant avouons le, le monstre ayant un peu trop l’allure d’une peluche géante), s’en prend en effet aux habitants de Londres en provocant de spectaculaires carambolages, un passage caractéristique du ton destructeur de John Landis qui avait battu des records de tôles froissées dans son précédent BLUES BROTHERS.

Citons encore la première apparition du Jack zombifié, la réunion des victimes du monstre dans un cinéma porno diffusant un (faux) film X hilarant ou le cauchemar des loups garous nazis se terminant par un…second rêve propre à faire sursauter le plus blasé. Bref, le métrage aligne les séquences cultes avec une bonne santé vivifiante et reste encore aujourd’hui un modèle d’efficacité, à l’inverse de sa pitoyable suite, LE LOUP GAROU DE PARIS. Combinant fantastique traditionnel, humour (allant des références obligées au burlesque, comme lors du réveil de David nu au cœur de Londres), romance tragique et même une pointe de gore lors des attaques brutales du lycanthrope, LE LOUP GAROU DE LONDRES fonctionne sur un rythme rondement mené par un John Landis des plus compétents.

L’excellente musique rétro, également très clin d’œil (« Bad Moon Rising », « Moondance » et trois versions de « Blue Moon » dont en final celle, irrésistible, des Marcels) achève de faire de ce LOUP GAROU DE LONDRES une superbe réussite et une des deux ou trois meilleures illustrations à l’écran de ce mythe éternel.

A ne pas rater !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009