AMITYVILLE - LA MAISON DU DIABLE
Titre: The Amityville Horror
Réalisateur: Stuart Rosenberg
Interprètes: James Brolin

 

Margot Kidder
Rod Steiger
Don Strout
Val Avery
 
 
Année: 1979
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Beaucoup de films s'avèrent inférieurs à leur réputation et, de tous les supposés classiques engendrés par le cinéma fantastique, AMITYVILLE et VENDREDI 13 sont parmi les plus décevants. Souvent présenté comme un modèle du film de "maison hantée", le premier volet de la lucrative saga AMITYVILLE est, en réalité, un médiocre produit destiné à donner au public une dose de frissons frelatés en se basant - soi-disant - sur une histoire vraie.

Il fut pourtant un énorme succès et engendra une foultitude de séquelles: AMITYVILLE 2 - LE POSSEDE (meilleur que l'original même si cela ne veut pas dire grand-chose!), AMITYVILLE 3-D et, finalement, les interchangeables AMITYVILLE IV, AMITYVILLE CURSE, AMITYVILLE 1992, AMITYVILLE NOUVELLE GENERATION, et, enfin, AMITYVILLE - LA MAISON DE POUPEE datant de 1996. En 2005, un remake produit par Michael Bay relança la popularité de la fameuse maison, laquelle donna aussi naissance à une quinzaine de livres relatant les événements soi-disant arrivés à la famille Lutz. Evidemment, selon de tenaces légendes urbaines, la plupart des auteurs des ouvrages précités sont également morts mystérieusement, ainsi que pas mal de personne s'étant intéressé à l'affaire.

La clé du succès pour AMITYVILLE - LA MAISON DU DIABLE fut sans doute de se présenter, non comme un véritable film d'horreur mais bien comme un drame authentique, basé sur une histoire vraie. Tout débuta, dans la petite ville d'Amityville, par les meurtres que commis Ronald DeFeo durant la nuit du 17 novembre 1974. Après avoir assassiné sa famille dans des circonstances bizarres (qui alimentèrent bon nombre d'enquêtes plus ou moins sérieuses), l'individu plaida classiquement la folie et prétendit avoir agit sous l'emprise de forces maléfiques. Une histoire qu'ignoraient évidemment (enfin, là aussi rien n'est certain) George et Kathy Lutz lorsqu'ils ont emménagés dans la maison un an plus tard après l'avoir acheté à un prix bien inférieur à sa valeur réelle. Ils ne devaient y rester que 28 jours, avant de fuir après avoir subi les assauts de fantômes, revenants et autres cochons de l'Enfer.

Il faut attendre 1977 pour que l'affaire fasse vraiment la une avec la sortie du récit de Jay Anson, un journaliste auteur du bouquin The Amityville Horror. Et, plus encore, le film qui en est tiré va contribuer à la popularité de la maison du 112, Ocean Avenue, au point d'en faire - encore aujourd'hui - la star incontestée des demeures maudites. Malgré tout, il apparaît hautement probable que toute l'histoire ne soit qu'une supercherie, mise au point par William Weber (l'avocat de DeFeo) et George Lutz afin de tirer ce dernier de sa situation financière catastrophique. Beaucoup d'éléments accréditent cette thèse: les parapsychologues (les Warrens) ne sont guère crédibles, pas plus que l'explication avancée (des esprits indiens voulant se venger - idée reprise par POLTERGEIST - ne sont normalement pas liés aux démons "chrétiens"). Enfin, la maison a été habitée par de nombreuses personnes avant - et surtout après! - les faits survenus aux Lutz et aucune manifestation paranormale n'y a jamais été signalée!

Reste que plusieurs personnes s'étant intéressé à la maison sont ensuite décédées: Stephan Kaplan (un auteur convaincu d'une supercherie), Jay Anson, David Cromarty (qui a logé dans la chambre de Ronald DeFeo), Paul Hoffman (journaliste local ayant couvert l'affaire), Ed Warrens (le parapsychologue), etc. Plus de trente ans après les faits il est peu vraisemblable que l'on connaisse un jour toute la vérité sur les meurtres du 112, Ocean Avenue mais on suppose que Ronald n'a pas agi seul: il aurait été aidé par deux complices et également par sa sœur la plus âgée, Dawn. Au fil du temps, sa version des événements évolua et il finit par évacuer tout le coté "démoniaque" de ses meurtres.

Quoiqu'il en soit il est parfois plus facile de croire que de ne pas croire et Samuel Arkoff décida d'adapter le récit de Jay Anson pour le grand écran. Une entreprise commercialement réussie mais artistiquement très moyenne qui se contente d'égrener tous les clichés du genre sans beaucoup d'inspiration! Le film de Stuart Rosenberg commence donc la fameuse nuit du 17 novembre 1974 lorsque, à 3h15 du matin, Ronald DeFeo abat ses parents et ses quatre frères et sœurs: Dawn, Allison, Marc et John. Une impressionnante ouverture qui laisse augurer du meilleur d'autant que la maison est présentée comme une entité maléfique et iconique, ses deux fenêtres illuminées et sa cheminées créant l'impression d'une gueule squelettique, d'un véritable crâne démoniaque.

Le film se poursuit ensuite un an plus tard, alors que George (James Brolin) et Kathy (Margot Kidder) Lutz emménagent à Amityville en compagnie des trois enfants de Kathy. James Brolin a déjà été vu dans quelques films fantastiques à cette époque (en particulier MONDWEST, CAPRICORN ONE et ENFER MECANIQUE) et Margot Kidder possède une petite renommée auprès des fans grâce à son interprétation des jumelles dans SŒURS DE SANG et son rôle dans BLACK CHRISTMAS, le précurseur du slasher moderne. Néanmoins, c'est surtout à sa personnification de Lois Lane dans la saga SUPERMAN que Kidder doit sa notoriété. Dès la bénédiction donnée par le père Delaney (le Père Pecaraso dans la "réalité" - ici joué par Rod Steiger, la situation se dégrade: une puanteur envahit la demeure, suivie par des centaines de mouches, etc. L'Enfer se déchaîne finalement tandis que George semble envahi par la personnalité de Ronald DeFeo.

Le gros problème de l'histoire "vécue" par les Lutz a toujours été, selon leurs détracteurs, de paraître trop parfaite, comme si ils avaient compulsé une poignée de livres consacrés à l'occulte pour en tirer un conglomérat incluant des fantômes, des démons chrétiens, des esprits indiens courroucés, des mouches, un cochon spectral, etc.

De manière similaire, AMITYVILLE - LA MAISON DU DIABLE manque de crédibilité et apparaît, au mieux, comme un remake boursouflé de son quasi homonyme LA MAISON DU DIABLE, agrémenté d'emprunts flagrants aux classiques démoniaques alors en vogue comme LA MALEDICTION et, surtout, L'EXORCISTE. D'où l'impression étrange d'assister à une suite de manifestations paranormales proposées sur le mode aléatoire, sans souci de progression dramatique, et par conséquent rapidement lassantes. Le métrage avance au fil des jours et le spectateur reçoit, deux heures durant, une série de séquences chocs allant du plausible au ridicule, de l'effectif au risible.

Parfois efficace, souvent décevant, le résultat est finalement une déception peu aidée par un rythme beaucoup trop lent et par une interprétation chargée. Reste cependant un produit acceptable qui pourra donner quelques frissons à un public mainstream mais laissera les amateurs de marbre. Si AMITYVILLE ne mérite pas toutes les phrases assassines qui furent écrites, l'ensemble est pourtant loin d'être une réussite. A voir uniquement par curiosité, donc. (pour de précieux renseignements complémentaires au sujet d'Amityville consulté le fan-zine téléchargeable sur CINE HORREUR )

Fred Pizzoferrato - Février 2007