AMITYVILLE
Titre: The Amityville Horror
Réalisateur: Andrew Douglas
Interprètes: Ryan Reynolds

 

Melissa George
Jesse James
Jimmy Bennett
Chloë Grace Moretz
Rachel Nichols
 
Année: 2005
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

AMITYVILLE, le film, s’inspire d’une des affaires criminelles les plus célèbres des Etas-Unis, laquelle prend place au 112, Ocean Avenue, dans une petite ville tranquille de l’état de New York appelée Amityville. Au cours de la nuit du 13 novembre 1974, une famille entière, les Defeo, seront massacrée. Ronald DeFeo, son épouse Louise et leurs quatre enfants sont abattus d’une balle sans qu’aucun ne se soit réveillé par les détonations successives. Le coupable sera rapidement identifié, il s’agit de Ronald DeFeo Jr, dont l’avocat plaidera plus tard la « possession démoniaque ». Ronald aurait apparemment entendu des voix lui ordonnant de massacrer sa famille. Quoique plusieurs questions demeurent sans réponses et que le meurtre reste non résolu il apparaît plus probable aujourd’hui que Ronald ait tué ses parents et ses frères avec un ou deux complices et peut-être même sa sœur Dwan qui sera elle aussi tuée.

La tragédie marque profondément la petite ville tranquille d’Amityville et il faut attendre plus d’un an avant que la maison ne soit de nouveau occupée, après son achat par la famille Lutz. Très vite, les Lutz vont se trouver confronter au surnaturel et ils abandonneront finalement leur maison au bout de 28 jours de confrontation avec des forces paranormales. Au cours des années suivantes plusieurs parapsychologues vinrent enquêter à Amityville, certains fermement convaincus de la véracité des faits rapportés par les Lutz et d’autres très sceptiques sur le sujet. Evidemment plusieurs livres furent publiés et le septième art s’empara de l’histoire en 1979 pour en tirer AMITYVILLE LA MAISON DU DIABLE, production aujourd’hui considérée comme un classique et pourtant d’une qualité très discutable.

Sept séquelles suivirent entre 1982 et 1996 avant que la saga ne meure finalement victime de sa propre médiocrité, les derniers épisodes (en particuliers AMITYVILLE LA MAISON DE POUPEE et AMITYVILLE A NEW GENERATION) étant franchement calamiteux. Hollywood ne pouvant laisser reposer une aussi lucrative franchise, l’idée d’un remake s’imposa en 2005, au tout début de la vague de relecture apparemment sans fin des plus fameux films d’horreur des seventies.

AMITYVILLE, nouvelle version, reprend évidemment les éléments familiers que connaissent bien les amateurs de fantastique et même le grand public tant la tragédie d’Amityville appartient aujourd’hui à l’inconscient collectif. Nous retrouvons donc le jeune DeFeo abattant sa famille sous l’influence de voix maléfique, les pièces secrètes qui auraient servis de chambres de tortures à un sorcier ayant été le premier propriétaire de la maison, etc. Les Lutz arrivent ensuite et achètent la maison pour une somme bien inférieure à sa valeur réelle.

George est très bien interprété par Ryan Reynolds tandis que Melissa George (âgée de 28 ans et vue dans MULHOLLAND DRIVE!) semble simplement bien trop jeune et jolie pour se montrer crédible en mère de trois enfants. Sans guère se soucier des sources littéraires et tout en se présentant toujours comme « basé sur des faits réels », AMITYVILLE va davantage se focaliser en véritable remake du film de 1979. Mais, au lieu de la relative timidité dont Stuart Rosenberg faisait preuve, Andrew Douglas joue directement la carte de l’artillerie lourde.

Avec une durée réduite à environ 80 minutes hors générique, AMITYVILLE ne peut décemment se permettre une montée graduelle du suspense, un choix en partie justifiée par la connaissance que possède le public des événements soi-disant survenus dans la maison maudite. Faisant fi de toute retenue ou suggestion, ce remake se transforme donc rapidement en une sorte d’attraction festive, un véritable train fantôme égrenant tous les clichés du cinéma d’épouvante moderne. Cauchemars et flashbacks filmés en noir et blanc, mains surgissant de l’eau d’une baignoire, petite fille morte souriant nonchalamment, coulée de sang suintant des murs, Indiens torturés par un sorcier sadique, fantômes glissant rapidement le long des murs, messages menaçant apparaissant sur un frigo,…

AMITYVILLE joue la carte de la surenchère, y compris lors d’une tentative avortée d’exorcisme se concluant par la fuite d’un prête apeuré poursuivi par des hordes de mouches agressives. Le basculement dans la folie du personnage de George reste pourtant le plus crédible et le plus nuancé, entre autre lors d’une scène très efficace (la seule réellement stressante) au cours de laquelle il tranche à la hache des buches tenues par son jeune fils terrifié. AMITYVILLE n’hésite d’ailleurs pas à se mesurer à SHINING lors d’un final montrant le père possédé coursant les membres de sa famille pour les supprimer un par un. L’aspect psychologique, par contre, intéresse peu le cinéaste et certaines scènes versent volontiers dans le ridicule, en particulier l’apparition d’une baby-sitter allumeuse fort peu crédible. Reste que la brièveté du métrage permet de ne pas s’ennuyer et que la multitude d’effets spéciaux maintient l’intérêt, Andrew Douglas ne se privant d’aucun cliché du « film de maison hantée ».

Loin de la sobriété de l’original, AMITYVILLE 2005 donne dans le spectacle outrancier et le divertissement horrifique pur. Le film de Stuart Rosenberg étant en vérité plutôt ennuyeux et sans grand intérêt, cette version moderne n’a aucun mal à le surpasser et se révèle même relativement agréable à suivre. Nous sommes loin d’un chef d’œuvre mais le contrat est donc rempli avec une certaine bonne volonté, faisant de cet AMITYVILLE une production honnête et distrayante.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010