AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI
Titre: Amore e morte nel giardino degli dei / Love and death in the garden of the gods
Réalisateur: Sauro Scavolini
Interprètes: Peter Lee Lawrence

 

Erika Blanc
Orchidea de Santis
Rosario Borelli
Ezio Marano
Franz von Treuberg
Vittorio Duse
Année: 1972
Genre: Drame / Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Frère du plus connu Romano Scavolini (auquel on doit le slasher CAUCHEMAR A DAYTONA BEACH et le piètre giallo EXORCISME TRAGIQUE), Sauro Scavolini est essentiellement un scénariste (il a travaillé sur une trentaine de long-métrages dont LA QUEUE DU SCORPION de Sergio Martino) même s’il est passé à cinq reprises derrière la caméra. Outre trois téléfilms, il a livré deux longs-métrages destinés aux salles obscures, à commencer par ce très curieux et méconnu AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI. Pars sa nationalité, son année de réalisation (1972), son casting et l’implication de Romano Scavolini (ici directeur de la photographie), il fut, bien sûr, catégorisé comme « giallo ». Pourtant, il n’en reprend que certains éléments et s’apparente surtout à un thriller psychologique au rythme fort lent sous l’influence manifeste de BLOW UP.

L’intrigue, tortueuse, débute par la location d’une villa laissée à l’abandon. Le nouvel arrivant, un ornithologue allemand, espère y étudier une espèce rare d’oiseau. Lors d’une promenade dans le parc, le scientifique tombe par hasard sur de vieux enregistrements qu’il s’empresse d’écouter sur son magnétophone. Ces bandes sont, en fait, les comptes rendus de séances psychanalytiques et l’expert en volatiles plonge donc avec fascination dans l’intimité d’une jeune femme, Azzura. Celle-ci a longtemps vécu en compagnie de son frère, Manfredi, qui entretient avec elle un rapport très possessif aux limites de l’inceste. Lorsqu’Azzura épouse un pianiste, Timothy, son frangin supporte mal la séparation : il feint de partir pour l’Inde mais se cloitre en réalité dans un petit appartement. Manfredi entame également une relation passionnée avec une certaine Viola. Quelques temps plus tard, Azzura (décrite comme un « serpent venimeux ! ») apprend que son supposé frère a, en réalité, était adopté et que rien ne l’empêche donc de courtiser celle qu’il pensait être sa sœur. En pleine dépression, Azzura tente de se suicider en se tranchant les veines dans sa baignoire. Sauvée de justesse, elle devient très intime avec Viola.

Loin d’un thriller au suspense insoutenable, AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI s’apparente davantage à une œuvre difficile d’accès et au rythme souvent languissant, ponctué de quelques images bizarres qui lui confèrent un côté légèrement « auteurisant », expérimental ou même prétentieux. On note ainsi des scènes saugrenues comme ce cadavre dévoré par un loup ou ce rêve bucolique de diner « hippie » dans un jardin.

Cependant, les conventions du giallo apparaissent au fil de ce récit fragmenté : nudité féminine, tabous sexuels (l’inceste est évoqué puisque l’héroïne révèle qu’elle dormait avec son « frère » et « jouait à être sa femme »), séduction saphique, prédominance de la psychanalyse, chantage, enquêteur improvisé, etc. Les dernières minutes font définitivement basculer l’entreprise dans une sorte de machination assez tordue, toutefois bien différentes des manigances criminelles habituellement rencontrées dans le « sexy giallo ».

En dépit de son climat poisseux parfois fascinant, AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI prend tout son temps pour réellement démarrer et demande une bonne dose de patience au spectateur. Ce-denier, en effet, peut facilement décrocher de cette histoire certes tortueuse mais pas toujours passionnante, racontée en une suite de flashbacks induits par l’écoute des bandes magnétiques découvertes par l’ornithologue, lequel reconstitue, peu à peu, le puzzle criminel.

Toutefois, après une première heure essentiellement construite sur l’atmosphère morbide et les relations troubles entre les différents protagonistes, AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI change de registre et embrasse plus volontiers sa dimension « giallesque ». Seul dans une vaste demeure, le vieux professeur reçoit de nouveaux enregistrements menaçants qui lui annoncent sa fin prochaine et lui révèlent la fin de l’histoire entre Azzura et son frère poussé vers la folie. Plusieurs meurtres à l’épée s’ensuivent, le long-métrage anticipant, dans son dernier tiers, sur les futurs slashers en évitant néanmoins de se complaire dans le gore gratuit.

Le casting de AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI rassemble, pour sa part, quelques visages familiers du cinéma bis italien, à commencer par Peter Lee Lawrence, acteur allemand de westerns (PISTOLETS POUR UN MASSACRE, GARRINGO) ayant tourné vingt-neuf longs-métrages en une dizaine d’années avant de décéder, à trente ans, d’un cancer. A ses côtés, deux comédiennes bien connues sont de la partie pour assurer le quota de charmes : Erika Blanc (OPERATION PEUR, LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE) et Orchidea de Santis (LE DOSSIER ROSE DE LA PROSTITUTION, LE DIABLE DANS LA TÊTE).

Oublié des cinéphiles, AMORE E MORTE NEL GIARDINO DEGLI DEI constitue une curiosité intéressante qui emprunte à de nombreux genres (une louche de giallo, une pincée de slasher, un soupçon d’érotisme) tout en restant essentiellement un drame psychologique fort lent mâtiné de thriller. Le tout se laisse voir avec intérêt pour les plus aventureux mais manque cependant de mordant ou de réels frissons pour réellement emporter l’adhésion et s’élever au-dessus d’une honnête moyenne.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013