ANACONDAS - A LA POURSUITE DE L'ORCHIDEE DE SANG
Titre: Anacondas: The Hunt for Blood Orchid
Réalisateur: Dwight H. Little
Interprètes: Johnny Messner

 

KaDee Strickland
Matthew Marsden
Nicholas Gonzalez
Eugene Byrd
Karl Yune
Salli Richardson-Whitfield
Année: 2004
Genre: Aventures / Epouvante / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1997 par Luis Llosa, le sympathique ANACONDA avait réussi le pari de mélanger l’aventure exotique avec le film de « grosse bête » de manière divertissante. Bonne surprise dans les limites de ses modestes ambitions, ANACONDA relança également la mode des « agressions animales » et, durant quelques années, permit l’arrivée sur les écrans de divers décalques comme les modestes mais plaisants BATS, ARAC ATTACK, LAKE PLACID et autre PEUR BLEUE.

Comme toutes les modes, celle-là fut éphémère, du moins dans les salles obscures puisque la « bestiole féroce » s’imposa ensuite via les chaînes câblées et les sous-produits direct-to-vidéo. En une dizaine d’années vont ainsi se succéder de nombreux titres improbables mettant en scène des reptiles géants comme BOA, PYTHON, PYTHON 2, SILENT PREDATORS, SNAKE ISLAND, SNAKE MAN, KING COBRA, MEGA SNAKE, FACE AUX SERPENTS, VIPERS ou encore les absurdes mais inévitables BOA Vs PYTHON ou MEGA PYTHON Vs GATHOROID.

Dans ce contexte de surenchère et d’exploitation outrancière d’une recette déjà bien faisandée au départ, ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG, destiné, lui, aux grands écrans, se révèle une (relative) bonne surprise.

Une équipe de scientifiques découvre un produit miracle capable de prolonger la vie humaine : une fleur tropicale extrêmement rare surnommée « l’orchidée de sang ». Une expédition est mise sur pied et se rend à Bornéo pour s’emparer de la légendaire orchidée mais, sur place, les mauvaises conditions climatiques les empêchent de progresser dans la jungle. La seule solution consiste à recourir aux services d’un aventurier, le capitaine Bill Johnson, qui accepte, en échange de 50 000 dollars, de mener les savants au cœur de la jungle. Malheureusement, l’obstination cupide d’un des chercheurs entraine un accident de navigation et tous se retrouvent coincés dans un environnement hostile. La situation empire radicalement lorsque la petite équipe s’aperçoit être sur le territoire de reproduction d’un paquet d’anacondas rendus plus puissants et intelligents par l’ingestion régulière de l’orchidée de sang…

Cinéaste américain né en 1956, Dwight H. Little se signale aux amateurs d’épouvante via HALLOWEEN IV, séquelle casse-gueule finalement plutôt réussie du classique de John Carpenter. Il enchaîne avec une honnête et nostalgique version du FANTOME DE L’OPERA, un véhicule potable pour Steven Seagal (DESIGNE POUR MOURIR) et une bonne série B avec Brandon Lee (RAPID FIRE). Sa carrière va pourtant radicalement changer de cap au milieu des années ’90 puisque Little signe SAUVEZ WILLY 2 et se consacre alors essentiellement à la télévision.

Si ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG, à ce jour, son dernier long-métrage pour les salles obscures n’est pas une grande réussite, il n’est pas pour autant déshonorant et s’avère, en tout cas, bien supérieur aux produits télévisés similaires sortis à la même époque, à commencer par les piteux ANACONDA III et IV. Davantage axé sur l’aventure que sur l’horreur ou les « agressions animales », ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG cultive les clichés du film de jungle et aligne sans beaucoup d’imagination les péripéties attendues. La troupe de joyeux drilles en vadrouille correspond en premier lieu à tous les poncifs attendus par les amateurs de série B : un baroudeur intrépide, un scientifique cupide, une jolie chercheuse débrouillarde, un Noir à deux doigts de la crise de nerfs qui, comme E.T., veut rentrer chez lui et sans tarder depuis qu’il est perdu sur le territoire d’un serpent géant, etc. Bref, aucune originalité dans le traitement des personnages, tous caricaturaux à souhait et interprétés sans finesse par des acteurs inconnus, souvent plus appliqués qu’inspirés et parfois franchement peu crédibles.

Bâti à la manière d’un film d’aventure tropicale et non pas d’un récit d’épouvante, ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG propose donc son lot de péripéties dignes d’Indiana Jones au petit pied. Conditions climatiques difficiles, nature déchaînée (on n’échappe pas à la chute d’eau détruisant une frêle embarcation), marécages et, bien sûr, bestioles diverses perturbent l’existence de nos héros. Le bestiaire est d’ailleurs fourni et ajoute aux traditionnelles sangsues des araignées à la piqure paralysante et un crocodile féroce. Ce-dernier est d’ailleurs combattu par le courageux baroudeur qui plonge sur le saurien armé d’un unique coutelas dans un « grand moment d’héroïsme ou de stupidité » comme le déclare le dialogue. Penchons pour la seconde solution mais la chance aidant, notre aventurier triomphe cependant du saurien à la manière de Tarzan. Ridicule mais amusant.

Les anacondas, pour leur part, interviennent de manière restreinte et tardive puisque, durant la première moitié du film, Dwight H. Little les maintient dans l’ombre (et dans les frondaisons) tout en faisant peser leur sourde menace sur les personnages et sur un petit singe dont les pitreries amuseront les plus jeunes spectateurs. Dans la seconde partie, toutefois, les serpents se montrent plus entreprenants et agressifs même si les scènes d’attaque demeurent brèves et rapides, peut-être pour masquer les imperfections des effets spéciaux, lesquels oscillent entre efficaces (parfois) et médiocres (souvent).

Contrairement au premier ANACONDA qui mélangeait adroitement images de synthèse et « animatronics » rétros, cette suite opte pour le tout numérique sans que le résultat ne soit vraiment probant. Cependant, les CGI demeurent acceptables et bien plus crédibles que les piteuses animations utilisées pour des titres comme PYTHON 2 ou les futurs ANACONDA III et IV.

Heureusement, les paysages sont superbes et adroitement utilisés sans verser dans la « carte postale » pour autant. Ce tournage en extérieur, associé à des moyens réduits mais corrects, différencie également le film de Dwight H. Little des innombrables séries Z direct-to-vidéo qui encombrent les étagères des vidéoclubs ou les programmes des chaines câblées. Pour le grand public, qui crie au nanar à la moindre série B horrifique sans prétention, la différence ne sera pas flagrante mais, pour l’amateur de « grosse bête », ce deuxième volet reste largement au-dessus de la mêlée.

Estampillé PG – 13 (autant dire tout public), ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG ne peut se permettre beaucoup d’éclaboussures sanglantes et les victimes des serpents meurent donc proprement et sans le moindre excès gore. Les amateurs d’horreur s’en désoleront sans doute mais cette approche se révèle, finalement, cohérente avec le côté « film d’aventures familial » clairement revendiqué par Dwight H. Little.

Proche des séries B des sixties par son accumulation de clichés et ses personnages caricaturaux, ANACONDAS A LA POURSUITE DE L’ORCHIDEE DE SANG essuya à sa sortie son lot de critiques négatives mais reste cependant plaisant à suivre. Dans les limites de ses modestes ambitions, le spectacle demeure correct et suffisamment divertissant pour éviter tout sentiment d’ennui aux amateurs du genre. A déguster sans prise de tête avec un bol de popcorn.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011