...AND NOW THE SCREAMING STARTS!
Titre: ...And now the Screaming Starts!
Réalisateur: Roy Ward Baker
Interprètes: Peter Cushing

 

Stephanie Beacham
Patrick Magee
Herbert Lom
Guy Rolfe
Ian Ogilvy
Geoffrey Whitehead
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur D'Vision
Critique:

Compagnie concurrente de la Hammer, la Amicus livra, elle-aussi, de belles réussites dans le domaine de l’épouvante classique, en particulier quelques anthologies fantastique de qualité comme ASYLUM ou HISTOIRES D’OUTRE TOMBE. Leurs long-métrages traditionnels (autrement dit, ceux qui comprennent une histoire « unique ») furent, par contre, moins convaincant. …AND NOW THE SCREAMING STARTS ! en témoigne et propose une très traditionnelle histoire de maison hantée mâtinée de vengeance surnaturelle.

Angleterre. Le riche Charles Fengriffen accueille dans sa vaste demeure familiale sa nouvellement épousée compagne, la belle et virginale Catherine. A peine arrivée dans le château, la demoiselle souffre de visions cauchemardesques allant d’un spectre énucléé à une main sectionnée rampant sur le sol. Personne ne croit Catherine et, pourtant, des morts mystérieuses commencent à ensanglanter la propriété. Devant le risque de voir sa femme sombrer dans la folie, Charles Fengriffen se résout à demander de l’aide et invite un médecin spécialiste des troubles mentaux, le docteur Pope. Celui-ci mène son enquête et soupçonne la famille Fengriffren d’être maudite depuis qu’au XVIIIème siècle Henry Fengriffen a violé une servante et mutilé son époux durant leur nuit de noces.

Réalisateur d’une poignée de grandes réussites (le drame A NIGHT TO REMEMBER ou les excellents Dr JEKYLL AND SISTER HYDE, ASYLUM, LES MONSTRES DE L’ESPACE et LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR) mais, également, de sévères ratages (ALERTE SATELLITE 02, LES CICATRICES DE DRACULA), Roy Ward Baker joue ici la carte du tape à l’œil et illustre avec excès une histoire qui aurait nécessité davantage de retenue et de subtilité. Si le métrage débute de fort belle manière par l’arrivée d’une diligence au son d’une mélodie douceâtre et envoutante, la suite s’avère, malheureusement, bien décevante.

Déployant rapidement la grosse artillerie, …AND NOW THE SCREAMING STARTS ! propose, durant sa première moitié, de nombreuses manifestations surnaturelles démonstratives et peu originales. Une main surgissant d’un tableau annonce un fantôme aux globes oculaires vides et d’incessants assauts occultes qui, rapidement, épuisent l’intérêt d’un film englué dans une routine sans grand intérêt. Rodant dans la bâtisse, la main sectionnée d’un spectre, autre thème classique (de LA BETE AU CINQ DOIGTS en passant par un sketch du TRAIN DES EPOUVANTES) provoque quelques morts violentes qui tentent de maintenir l’intérêt défaillant du spectateur. Peine perdue !…AND NOW THE SCREAMING STARTS ! s’avère, en effet, languissant et prévisible, et offre peu de sous-intrigues à même de lui insuffler une véritable originalité.

Les péripéties se succèdent donc sans véritablement surprendre et le tout s’apparente, parfois, à un sketch destiné à une anthologie horrifique étiré sur une heure et trente minutes bien longuette. Vieux routier, Roy Ward Baker intellectualise un minimum l’intrigue et y plaque l’une ou l’autre considération concernant les classes sociales et la sexualité mais tout cela ne donne pas vraiment un bon film pour autant, plutôt un petit produit de série cherchant à gagner un soupçon de légitimité. Le matériel permettait pourtant une réflexion plus soignée (à la manière, par exemple, de L’INVASION DES MORTS VIVANTS) mais le cinéaste choisit de se concentrer sur les effets horrifiques au détriment du reste.

Dans le rôle principal, Stéphanie Beachman (DRACULA 73) se montre cependant très convaincante et concernée. La belle actrice offre une composition sans faille qui constitue, sans aucun doute, l’un des points fort du métrage. Malheureusement, Roy Ward Baker ne cherche jamais à semer le doute dans l’esprit du spectateur quant à la véracité des événements décrits.

Contrairement aux meilleurs classiques des « hantises » comme LA MAISON DU DIABLE ou LES INNOCENTS, le cinéaste admet, dès le départ, la réalité de l’occulte, visualisée sans la moindre subtilité mais, au contraire, avec une complaisance qui annonce AMITYVILLE LA MAISON DU DIABLE tourné quelques années plus tard. Cet attirail démonstratif se voit toutefois couplé à un climat classique et feutré, l’option choisie étant celle du drame en costume d’inspiration gothique, dans une grande demeure inquiétante, à la manière de REBECCA. Serviteur ricanant au visage marqué, cimetière baigné de brumes, tableaux sinistres accrochés aux murs de l’imposant castel, prédominance de l’orage et de la pluie pour le climax…

…AND NOW THE SCREAMING STARTS ! cultive la tradition du fantastique anglais mais sans réellement fonctionner. La révélation de la hantise survient, elle, après une grosse heure de projection et ne surprend guère les amateurs du genre : le viol de la fiancée d’un serviteur, suivi d’une sévère punition de celui-ci (sa main est tranchée d’un coup de hache) entraîne une malédiction se perpétuant à travers les siècles. Le noble débauché et libertin (Herbert Lom) et ses amis ont, par ailleurs, une conception du divertissement proche des Baskervilles et …AND NOW THE SCREAMING STARTS ! rappelle souvent l’adaptation du CHIEN DES BASKERVILLE réalisée une quinzaine d’années plus tôt par Terence Fisher, une main coupée se substituant au molosse infernal. Cette séquence en flashback manque en outre de punch et se révèle timorée au niveau de la violence et de l’aspect sexuel, le métrage (classé PG aux Etats-Unis), manifestement destiné au grand public, élude d’ailleurs les aspects les plus choquants de l’intrigue.

Peter Cushing, pour sa part, intervient tardivement : quoique placé en tête d’affiche il apparaît seulement après trois quart d’heures et se contente du rôle, un peu en retrait, de l’habituel médecin expert en occulte et en psychologie. Menant l’enquête à la manière de Sherlock Holmes (qu’il incarna justement dans le précité LE CHIEN DES BASKERVILLE), Cushing dévoile les zones d’ombres et écoute les confessions des uns et des autres (via autant de flashbacks) avant une fin (en partie) ouverte un peu déstabilisante. Ce climax ne résout pas vraiment l’intrigue et s’achève sur une citation biblique affirmant que, malgré les siècles écoulés, les malédictions continuent d’exercer leurs effets sur la descendance des « coupables ».

Petit film sans surprise ni originalité, …AND NOW THE SCREAMING STARTS ! se regarde distraitement pour les amateurs de fantastique gothique « à l’ancienne » mais ne démontre aucune qualité suffisante pour se hisser au-dessus de la moyenne.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2017