L'ANTE CHRIST
Titre: L'Antichristo
Réalisateur: Alberto de Martino
Interprètes: Carla Gravina

 

Mel Ferrer
Arthur Kennedy
George Coulouris
Alida Valli
Anita Strindberg
Mario Scaccia
Année: 1974
Genre: Horreur / "Exorcist Rip-off"
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

La sortie, en 1973, de L’EXORCISTE change à ce point le visage de l’épouvante que de nombreux producteurs décident de se lancer sur le marché en proposant des décalques éhontés du chef d’oeuvre de William Friedkin. Les premiers à réagir sont Ovidio G. Assonitis (LE DEMON AUX TRIPES) et William Girlder (ABBY), tous deux d’ailleurs poursuivis en justice par Warner pour violation des copyrights.

Une déclinaison turque intitulée SEYTAN suit rapidement et, toujours en 1974, l’Allemagne riposte à son tour avec MAGDALENA LA SEXORCISEE de Walter Boos. Dans le même temps, un rusé producteur remonte le LISA ET LE DIABLE de Mario Bava et y ajoute de nouvelles séquences « sataniques » avant de ressortir le film sous le titre, plus explicite et vendeur de LA MAISON DE L’EXORCISME.

La folie ne s’arrête pas là puisque le redoutable Ray Dennis Steckler propose de son côté un décalque porno, THE SEXORCIST, à ne pas confondre avec LA POSSEDEE, signé Mario Gariazzo. La vague se poursuivit encore en 1975 avec BACCHANALES INFERNALES et un EXORCISMO espagnol interprété par l’inévitable Paul Naschy. D’autres métrages ibériques comme EL JUEGO DEL DIABLO, LA ENDEMONIADA (de Armando de Ossorio) et LA FILLE DE L’EXORCISTE, s’inscrivent, eux-aussi, dans cette longue lignée.

Réalisé au plus fort de cette mode, L’ANTECHRIST ne se montre pas franchement original et reprend, bien évidemment, des éléments de son modèle. Néanmoins, le réalisateur Alberto de Martino joue davantage la carte de l’érotisme déviant et propose une classique mais plaisante intrigue qui peut être considéré comme un des meilleurs décalques du Friedkin.

La belle Ippolita Oderisi est paralysée et clouée dans un fauteuil roulant depuis un accident de voiture survenu durant sa jeunesse. Son père, le très pieux Massimo, tente de la guérir et l’emmène accomplir divers pèlerinage tandis que son ami l’évêque Oderisi célèbre des messes pour le salut de la jeune femme. Ippolita rencontre finalement un psychiatre de renom, le docteur Sinibaldi, qui décide, pour l’aider à guérie, de la plonger dans une « régression hypnotique ». Malheureusement, Ippolita, dans une vie antérieure, était une sorcière, jadis condamnée au bucher pour ses liens avec Satan. Réveillé par l’hypnose, le démon prend possession de la jeune femme, laquelle se met à rouler des yeux et à régurgiter une bave blanchâtre tout en proférant des insanités…

A l’image de L’EXORCISTE, le métrage d’Alberto de Martino inscrit son intrigue dans le réalisme et décrit le quotidien d’une jeune femme ordinaire, paralysée et jalouse des relations de son père avec sa nouvelle campagne. La progression de l’épouvante s’accomplit par conséquent par petites touches successives et l’Eglise, représentée par l’exorciste, n’intervient que durant le dernier tiers du long-métrage, suite à l’échec de la psychanalyse. En effet, une explication rationnelle est d’abord envisagée (« une crise d’hystérie née de la frustration sexuelle ») mais, au final, les disciples de Freud doivent capituler devant les manifestations surnaturelles infernales. « Le diable n’est pas uniquement un concept théorique, il existe réellement en tant qu’entité » déclare un dignitaire ecclésiastique prudent mais finalement convaincu devant la possédée déchainée.

Dans la tradition latine provocatrice, L’ANTECHRIST se permet quelques passages choquants et suggère, par exemple, les désirs incestueux d’une jeune femme sexuellement frustrée et incapable de supporter la venue d’une rivale dans le lit paternel. Transportée par la pensée quelques siècles en arrière, la demoiselle participe à une orgie où elle succombe aux charmes démoniaques d’un participant portant un masque de bouc…et peut-être même à l’animal lui-même, suggère le cinéaste. Manifestement, notre héroïne n’en peut plus et « attend ça depuis tellement longtemps » (sic !) que Satan en profite pour investir son corps au propre comme au figuré, bien décidé à l’engrosser afin de donner naissance à l’Antéchrist.

Utilisant une imagerie originale mettant en exergue le crapaud (identifié au Diable), Alberto de Martino décalque toutefois, sans beaucoup d’imagination, les scènes les plus célèbres de L’EXORCISTE. Lévitation de meubles, insultes gratinées, tout y passe, y compris les jets de biles et un voyage de la possédée qui s’envole de son lit pour accomplir un petit tour au-dessus de Rome. Une scène pas très crédible et, pour tout dire, aux limites du comique involontaire et du nanar malgré le charme évident de cette volonté d’Alberto de Martino de surenchérir sur son confrère américain.

Citons également un passage délirant, dont l’outrance et la naïveté rappelle les pires bandes d’exploitations indonésiennes, au cours de laquelle la main de la possédée quitte son bras pour étrangler une pauvre victime.

L’apparence physique de la jeune femme, pour sa part, se dégrade rapidement : ses yeux deviennent blancs et ses dents ne sont plus que des chicots répugnants. Dans les dernières minutes surgit l’exorciste convoqué par l’Eglise. « Je suis le Père Mittner, je crois qu’on a besoin de moi » déclare très sérieusement le vétéran George Coulouris, bien loin de CITIZEN KANE.

Aux côtés de Coulouris, L’ANTECHRIST convoque une distribution hétéroclite et surprenante où se côtoient deux anciennes gloires d’Hollywood en perdition : Arthur Kennedy (vu dans LAWRENCE D’ARABIE et de nombreux westerns prestigieux comme LA CHARGE FANTASTIQUE et L’HOMME DE LA PLAINE) et Mel Ferrer (L’ANGE DES MAUDITS, SCARAMOUCHE). Du côté féminin, si le long-métrage offre la vedette à la jeune Carla Gravina, on remarque surtout Alida Valli (SUSPIRIA, LE TROISIEME HOMME, LES YEUX SANS VISAGE) et l’habituée du giallo Anita Strindberg (LA QUEUE DU SCORPION).

Si le climax, attendu, libère les flammes de l’enfer et provoque l’écroulement d’une partie du décor, il demeure cependant un simple plagiat du Friedkin, l’envoyé de Dieu exorcisant le Mal à coup de bénitier.

En dépit de son aspect plagiaire et de son manque d’originalité manifeste, L’ANTECHRIST parvient à distraire les amateurs, pas trop exigeant, d’épouvante d’inspiration sataniste. Quelques images surprenantes, le mélange d’horreur et d’érotisme, la volonté de choquer le spectateur et la belle énergie dont fait preuve le long-métrage suffisent à assurer un divertissement plaisant pour les inconditionnels du cinéma bis.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012