APE CREATURE
Titre: Der Gorilla von Soho
Réalisateur: Alfred Vohrer
Interprètes: Horst Tappert

 

Uschi Glas
Uwe Friedrichsen
Herbert Fux
Hubert von Meyerinck
Inge Langen
Ilse Pagé
Année: 1968
Genre: Krimi
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1968, APE CREATURE (ou « Gorilla Gang » à l’international) constitue un des derniers krimis adapté des œuvres du romancier Edgar Wallace, très populaire au début du vingtième siècle et auteur d’innombrables « policiers » fantaisistes.

Tourné sous la direction du spécialiste Alfred Vohrer (responsable de pas moins de quatorze « Wallace » dont trois pour cette seule année 1968), le métrage, essentiellement filmé en Allemagne, tente vaille que vaille d’imposer une « british attitude » flegmatique agrémentée d’un second degré appréciable. Le cinéaste multiplie par exemple les clins d’oeil populaires (un poster des Beatles très visible, un Sergent qui se nomme…Pepper !, un docteur appelé…Jeckyll) et les références fréquentes à des lieux bien connus de la capitale anglaise ou à la Tamise pour ancrer le produit au cœur de l’Angleterre.

L’intrigue, typique de la saga, mélange intrigue policière, rebondissements très inspirés du serial (ou de la littérature de gare) et scènes délirantes aux lisières du fantastique. Il s’agit d’ailleurs d’une nouvelle adaptation de « The Dark Eyes of London », déjà porté plusieurs fois à l’écran et notamment par Alfred Vohrer en 1961 sous le titre LES MYSTERES DE LONDRES.

Si les grandes lignes du scénario restent inchangées, cette modernisation en accentue toutefois les aspects kitsch et chamarrés, malheureusement au détriment de l’atmosphère gentiment angoissante.

Un mystérieux tueur terrorise Londres, engoncé dans un costume saugrenu de gorille poilu (sic !). La police, menée par l’inspecteur Perkins (Horst Tappert qui rôde là son fameux rôle de Derrick) aidé de son adjoint, le dragueur sergent Pepper, et la jolie Susan, enquête sur une organisation caritative, « Love and Peace for People », dirigée par Mr Parker. En effet, les victimes du « gorille » avaient, quelques jours avant leur décès, rédigé un testament léguant leur immense fortune au soi-disant bienfaiteur du peuple.

Complètement stupide mais rarement ennuyeux, APE CREATURE multiplie les scènes d’action feuilletonnesques, tout droit sorties d’un serial des années ’30, sans négliger aucun cliché (héroïne en péril menacée de noyade, course-poursuite, meurtres successifs, tueur défiguré, génie du mal) mais en les saupoudrant d’une bonne dose d’humour au second degré, personne ne semblant prendre toute cette rocambolesque machination au sérieux. Une bonne manière d’accepter les invraisemblances du script et l’aspect franchement grotesque de l’assassin costumé.

Epoque oblige, la saga « Wallace » offre plus de nudité que précédemment (avec une prédominance pour les nymphettes à la poitrine offerte aux regards) et situe de nombreuses scènes dans une sorte de cabaret « sexy » baigné de teintes rougeâtres du plus bel effet. Quelques crimes orchestrés de manière stylisée annoncent, pour leur part, les mises en scènes sadiques du giallo italien quoique leur violence, encore légère, demeure dans l’optique d’un film « grand public ».

Si APE CREATURE n’est surement pas le meilleur krimi (on sent le filon pratiquement épuisé après trop de menues variations sur un même thème), il demeure un spectacle plaisant, plein de couleurs vives, de répliques amusantes (comme en témoigne la demoiselle peu vêtue qui interrompt constamment le chef de Scotland Yard lors de ses réunions de crise en lui demandant « Bon, on a un rendez-vous là ou pas ? »), et de rythme.

Un pur divertissement bien servi par une réalisation souvent alerte et inspirée qui privilégie les cadrages adroits et confère à l’entreprise un charme suranné fort appréciable par les nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014