L'HOMME SINGE
Titre: The Ape Man / Lock Your Doors
Réalisateur: William Beaudine
Interprètes: Bela Lugosi

 

Wallace Ford
Louise Currie
Minerva Urecal
 
 
 
Année: 1943
Genre: Science-fiction / Epouvante
Pays: USA
Editeur Bach Film
2 /6
Critique:

Agatha Brewster, spécialisée dans le paranormal, revient d'un long voyage en Europe pour retrouver son frère, le Dr James Brewster (Bela Lugosi!). Mais celui-ci est porté disparu, lui apprend le Dr George Randall. La nouvelle nourrit les gros titres des quotidiens et le journaliste Jeff Carter désire une interview exclusive d'Agatha. En réalité, le Dr James n'a pas disparu: il s'est injecté du fluide simiesque et s'est transformé en un ridicule Homme Singe.

Les raisons de cette expérience restent d'ailleurs plutôt floue mais le résultat est là: un Lugosi encore plus grimaçant que d'habitude mais, pour une fois, il a vraiment raison de faire le singe à l'écran. Pour retrouver forme humaine, le médecin a besoin d'une grande quantité de fluide humain. Mais, évidemment, pour l'obtenir il devra tuer…Heureusement, un gorille domestique va l'aider à réaliser ses méfaits. Comme se débarasser d'un Randall trop regardant sur les implications morales des actes de notre Homme Singe.

Réalisé par William Beaudine, coupable de près de 300 films (il faut dire que, selon la légende, il ne tournait jamais plus d'une prise, d'où son surnom de "One Shot"!), cette production aurait logiquement dû appartenir à la fameuse catégorie "so bad it's good". Sauf que, parfois, ben "so bad" c'est juste…so bad! Beaudine commença très tôt sa carrière mais, après quelques titres reconnus par la critique, il glisse dans la pure exploitation avec des dizaines de métrages aux budgets minuscules, pour le compte de la Monogram (comme ce APE MAN) ou la P.R.C. Bref, la décadence et seule la réalisation de MOM AND DAD (un des premiers films dits "d'éducation sexuelle") lui apporta une certaine notoriété.

Mais Beaudine s'en fiche. Les critiques disent toujours du mal de ses films et pourtant, comme aurait put le dire Galilée, oui, pourtant, il tourne! Et beaucoup! Il met ainsi en scène la troupe comique des Bowery Boys dans près de la moitié de leurs cinquante aventures. Et, souvent, il touche au fantastique car le genre fonctionne bien et ne coûte pas cher. Beaudine, trois décennies avant Fred Olen Ray, engage les stars déchues (Bela Lugosi surtout mais aussi John Carradine, George Zucco, Lon Chaney et même Tor Johnson). La plupart viennent cabotiner outrageusement et ne se privent pas de faire les singes. Ca tombe bien car Beaudine aime aussi les primates et il illustre une dizaine de titres dans lesquels un savant fou désire se changer en singe. Pour une raison encore nébuleuse.

Ce qui nous ramène à ce APE MAN, officiellement inspiré d'une nouvelle de Karl Brown ("They Creep In The Dark") mais aussi, plus lointainement, du "Double Assassinats dans la Rue Morgue" de Poe et surtout du film qui en fut tiré dix ans plus tôt. Le scénario n'est pourtant pas très logique et l'idée de base est d'une rare stupidité: pourquoi le savant veut il se croiser avec un gorille? Et, une fois, l'hybridation obtenue, pourquoi en est il alors si dépité? Passons… Le maquillage de Lugosi est ridicule et réduit à l'essentiel: en gros, une fausse barbe et quelques poils aux pattes. Pardon, aux mains. Quant à son assistant, un gorille tueur, il est encore plus risible et le figurant costumé fait manifestement peu d'efforts pour paraître crédible. Et encore moins menaçant.

APE MAN date de 1943. Il serait facile de se sentir obligé d'en parler avec un minimum de déférence. Mais ce serait lui faire trop d'honneur. A l'époque, il était déjà, probablement, ennuyeux et sans intérêt. Soixante ans plus tard, c'est évidemment encore bien pire. Le jeu atroce des acteurs, la photographie terne, le montage soporifique et la réalisation hasardeuse en font, au mieux, une curiosité datée destinée aux seuls inconditionnels de Lugosi. Comme souvent en fin de carrière, l'acteur cabotine horriblement mais sans parvenir à donner un minimum de relief, fut-il auto-parodique, à son jeu.

Le seul aspect amusant (du moins volontairement) est fourni par un personnage irritant qui, à la fin, finit par se présenter "je suis l'auteur de cette histoire", affirme t'il en se tournant vers la caméra. Une idée farfelue mais insuffisante pour donner au film le moindre cachet. D'autant que le tout est terriblement bavard. La copie proposée est fort médiocre mais un carton prégénérique s'en excuse, ce qui n'est pas très important compte tenu de la qualité minimale du produit lui-même.

Réservé aux fans absolus de Lugosi ou aux adeptes des séries Z fauchées des années 40, APE MAN s'avère plutôt ennuyeux.

Fred Pizzoferrato - Mai 2007