LE SINGE TUEUR
Titre: The Ape
Réalisateur: William Nigh
Interprètes: Boris Karloff

 

Gertrude Hoffman
Henry Hall
Maris Wrixon
Dorothy Vaughan
Gene O'Donnell
Selmer Jackson
Année: 1940
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur Bach Films
3 /6
Critique:

Un savant tente de guérir sa voisine, atteinte de la polio, après le décès de sa femme et de sa fille des suites de la même maladie. Un singe échappé d'un cirque va lui permettre de trouver les fluides spinaux nécessaires à la confection d'un sérum, mais les conséquences seront désastreuses.

William Nigh s'offre ici un remake lointain de son propre film, HOUSE OF MYSTERY (1934), lui-même adapté d'une pièce de théâtre d'Adam Shirk. Curt Siodmak en co-signe le nébuleux scénario, qui permet surtout à Boris Karloff de livrer une classique mais agréable composition de savant fou. Durant les années 30 et jusqu'au milieu des fifties, le gorille était un personnage principal de nombreux films d'horreur.

Vrai singe ou tueur costumé, la bête fit les beaux jours de nombreuses productions trouvant leur lointaine inspiration dans KING KONG ou la nouvelle Double Assassinat Dans La Rue Morgue de Edgard Allan Poe. On vit alors se succéder MURDERS IN THE RUE MORGUE, THE GORILLA (trois versions!), L'HOMME SINGE, RETURN OF THE APE MAN, BRIDE OF THE GORILLA, THE BOWERY BOYS MEETS THE MONSTER, GORILLA AT LARGE, LE GORILLE DE BROOKLIN, PHANTOM OF THE RUE MORGUE, et quelques autres. Le genre disparut finalement à la fin des années 50, le public étant probablement lassé de ces intrigues interchangeables à base de savants fous et de singes dressés pour tuer.

Petite production de la redoutable compagnie Monogram, LE SINGE TUEUR est emblématique de cette époque. Il présente un savant nommé Bernard Adrian (joué par Boris Karloff) effectuant des recherches sur la polio, une maladie alors redoutable qui ne sera vaincue que bien plus tard. Le docteur désire en premier lieu soigner Frances, une jeune fille de 18 ans, paralysée des jambes, qui lui rappelle sa propre fille, aujourd'hui décédée.

Convaincu d'être au bord du succès, le Dr Adrian se rend dans un cirque, accompagné de Frances et de Danny Foster, son petit ami. La petite troupe y découvre un gorille, lequel a tué son précédent gardien, le père de l'actuel qui, forcément, éprouve un certain ressentiment à l'égard du primate. Ce dernier finit d'ailleurs par briser le cou de son gardien et s'échappe tandis qu'un incendie providentiel ravage le cirque. Le gardien, agonisant, est conduit chez le Dr Adrian qui lui prélève alors du fluide venant de sa colonne vertébrale, un nouveau remède qu'il destine à Frances.

Après une injection, la jeune fille semble sur la voie de la guérison mais le savant casse accidentellement la fiole contenant le fluide miracle. Dans le même temps le shérif Hallyday décide d'arrêter le singe évadé qui trouve refuge dans le laboratoire du Dr Adrian. Après avoir tué la bête, le savant conçoit l'idée saugrenue de l'écorcher afin d'obtenir un costume de gorille adapté à ses projets, à savoir assassiner différentes personnes, leur voler leur fluide vertébral et mettre le tout sur le compte du gorille. Malheureusement, le shérif en appelle à un expert, le Dr Mc Nulty, qui soupçonne rapidement le Dr Adrian, son ancien collègue, d'être impliqué dans les meurtres. Tout finira mal pour le "Singe Tueur".

LE SINGE TUEUR, quoique très mineur, se révèle plutôt sympathique. A l'image de nombreuses séries B de cette époque, sa durée est réduite et, comme l'ensemble ne dure qu'une heure, le spectateur ne s'ennuie pas vraiment, d'autant que les rebondissements sont de la partie. Si la première demi-heure est plutôt décevante car bien trop bavarde, la suite remonte le niveau et s'avère relativement plaisante avec sa cohorte de clichés: singe tueur échappé, villageois organisant des battues, etc.

Dommage que le métrage paraisse souvent inabouti ou vite expédié: le faible budget dispensé au cinéaste, les séquences de cirque disséminées ici et là pour atteindre la (courte) durée réglementaire et le final prévisible tempèrent l'enthousiasme mais l'ensemble demeure acceptable. La principale attraction du métrage (et sans doute l'argument de cette sortie DVD) reste toutefois Boris Karloff, lequel offre une belle composition dans un film qui, avouons le, n'est pas à la hauteur de son talent.

William Nigh n'est pas James Whale ou Karl Freud, mais Karloff ne prend pas son job par-dessus la jambe et soigne sa prestation, ce qui est tout à son honneur. Il est sans doute dommage de le voir ainsi gaspiller ses capacités mais ses admirateurs (et quel VRAI fan de fantastique ne l'est pas?) seront ravis de le retrouver ici, pour un prix très démocratique.

Même si les incohérences et les trous dans le scénario sont nombreux et que les tentatives de William Nigh de jouer sur l'émotion échouent malencontreusement, LE SINGE TUEUR se laisse voir avec un certain plaisir. Il lui reste une vraie générosité dans l'excès, quelques répliques volontairement ou involontairement drôles, et de nombreuses idées absurdes qui témoignent d'une certaine conception du cinéma, sans prétention autres que de distraire, à l'image des bis italiens tournés trente ans plus tard.

En bref, LE SINGE TUEUR n'a rien d'exceptionnel mais, dans le style série Z vieillotte et délassante, le spectateur en a pour son argent. Et c'est déjà ça!

Fred Pizzoferrato - Mars 2007