h ARABELLA THE BLACK ANGEL
ARABELLA THE BLACK ANGEL
Titre: Arabella, l’angelo nero
Réalisateur: Stelvio Massi
Interprètes: Tinì Cansino

 

Valentina Visconti
Francesco Casale
Carlo Mucari
Evelyn Stewart
 
 
Année: 1989
Genre: Giallo / Thriller érotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Stelvio Massi (1929 – 2004) signe, en 1974, un piètre giallo intitulé 5 FEMMES POUR L’ASSASSIN avant de se spécialiser dans le polar musclé, genre où il livre quelques réussites comme la trilogie consacrée au commissaire Mark Patti, campé par Franco Gaspari dans UN FLIC VOIT ROUGE et ses deux séquelles. Au milieu des années ’80, prudemment dissimulé sous le pseudonyme de Max Steel, le cinéaste réactive la franchise MONDO CANE avec deux nouveaux opus très racoleurs : MONDO CANE 3 et MONDO CANE 2000.

Puis, quinze ans après sa première tentative dans le giallo, Massi récidive avec cet ARABELLA THE BLACK ANGEL qui témoigne de l’inéluctable déchéance du genre, lequel se rapproche de plus en plus, esthétiquement, d’un thriller érotique de consommation courante.

Toutefois, contrairement à de nombreuses productions similaires sortis durant les années ’80, l’intrigue reste proche des « classiques » de la décennie précédente en cultivant tous les clichés attendus : voyeurisme, lesbianisme, chantage, bouteille de J&B, meurtres à l’arme blanche, etc. La présence d’Evelyn Stewart rapproche en outre ARABELLA THE BLACK ANGEL d’un « authentique » giallo. Un effort appréciable même si le film n’est pas une franche réussite pour autant.

Epouse de Francesco, un écrivain paralysé suite à un accident de voiture dont elle est responsable, Arabella cherche le frisson dans les bas-fonds de la capitale italienne. Elle erre ainsi auprès d’une faune de prostituées et d’adeptes du sadomasochisme. Un soir, lors d’une descente de police, Arabella est arrêtée par De Rosa, un inspecteur de la brigade des mœurs qui la prend pour une fille de joie. Il la menotte, la viole puis la relâche. L’unique témoin, un détective privé qui prend des photos de la scène, est tué peu après par un inconnu armé d’une paire de ciseaux. De Rosa, pour sa part, découvre l’identité d’Arabella et, par chantage, exige qu’elle se plie à ses désirs. Cependant, la jeune femme préfère le tuer d’un coup de marteau sous les yeux de son mari. Après qu’Arabella lui ait avoué ses incartades, Francesco voit ses désirs ravivés. Cependant, il la laisse libre de poursuivre ses coucheries et l’y encourage même, décidé à se servir des confidences érotiques de son épouse comme base de son prochain livre.

Quelques temps plus tard, un autre amant d’Arabella est également retrouvé assassiné et castré dans une chambre d’hôtel. L’enquête est finalement confiée à Gena Fowler, une inspectrice lesbienne qui souffre de cauchemars récurrents consécutifs au meurtre de son paternel par sa mère devenue folle. Hélas, Agnès, la compagne de Gena, révèle la vérité à la presse et ses supérieurs lui retire l’affaire. Agnès se propose de résoudre le mystère et donne rendez-vous à l’assassin dans un parc désert. Lorsqu’elle tombe à son tour sous les coups du maniaque, les soupçons se reportent sur Gena, laquelle se voit contrainte de découvrir l’identité du meurtrier.

Dès l’entame, une longue visite dans le milieu interlope de la prostitution et des perversions sexuelles, ARABELLA THE BLACK ANGEL s’affirme comme une petite production racoleuse qui n’hésite pas à plonger dans un univers trouble, voir glauque, sur lequel Stelvio Massi porte un regard à la fois écoeuré et excité. Le cinéaste se montre visiblement davantage intéressé par l’érotisme que par son intrigue policière et, par conséquent, celle-ci se révèle un brin relâchée et prévisible en dépit de plusieurs rebondissements bien venus.

Typique de son époque, ARABELLA THE BLACK ANGEL multiplie ainsi les scènes « sexy » (ou voulues comme telles) filmées avec une esthétique proche du vidéo-clip, impression encore accentuée par une bande originale synthétique relativement plaisante pour les nostalgiques des « golden eighties ». De leur côté, les protagonistes, schématisés à gros traits, n’aident guère à se passionner pour l’intrigue, d’autant que leurs interprètes manquent d’assurance : Valentina Visconti en inspectrice lesbienne traumatisée par son passé peine à convaincre tandis que Francesco Casale n’est guère crédible en écrivain de best seller handicapé. Seule Tini Cansino se révèle enthousiaste lors de ses nombreux passages érotiques. La comédienne y exploitait sa ressemblance avec Rita Hayworth (dont le véritable patronyme était Cansino) et prétendait même être sa nièce. Bien sûr, Tini Cansino (qui s’appelait, en réalité, Photina Lappa) n’entretenait pas le moindre lien de parenté avec la star de GILDA. Dans un rôle secondaire, la quadragénaire Evelyn Stewart, absente des écrans depuis sept ans, effectuait un retour remarqué dans un genre qui lui avait valu la notoriété au début des années ’70.

Malgré son manque évident d’ambition, ARABELLA THE BLACK ANGEL demeure cependant nettement moins ennuyeux que bien d’autres titres assimilés au giallo sortis durant les années ’80. Assumant davantage son érotisme déviant et sa vulgarité, le long-métrage maintient un semblant d’intérêt jusqu’à la révélation finale, certes attendue mais néanmoins efficace dans son classicisme.

Quoique peu inspiré et même routinier, Stelvio Massi signe une poignée de séquences correctes, en particulier les mises à mort dont l’esthétisme rappelle, en mode mineur, les grandes heures du thriller italien de la décennie précédente. Déjà très daté, ARABELLA THE BLACK ANGEL se regarde sans passion mais sans déplaisir et demeure, à tout le moins, un poil au-dessus de la moyenne des productions similaires sorties à la même époque.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2014