L'ASSASSIN FANTÔME
Titre: Viaje al vacío
Réalisateur: Javier Setó
Interprètes: Larry Ward

 

Teresa Gimpera
Giacomo Rossi-Stuart
Silvana Venturelli
Fernando Sánchez Polack
Eugenio Navarro
Javier de Rivera
Année: 1969
Genre: Giallo / Thriller
Pays: Espagne / Italie
Editeur  
Critique:

Coproduction italo-ibérique de 1969, cet ASSASSIN FANTÔME aujourd’hui bien oublié s’inscrit dans la veine « giallo machination » qui domina le thriller européen à la charnière des années ’60 et ’70. Nous y retrouvons par conséquent une tortueuse et improbable combine criminelle qui doit beaucoup aux films d’Umberto Lenzi (UNE FOLLE ENVIE D’AIMER et SI DOUCES SI PERVERSES), au PERVERSION STORY de Lucio Fulci et, bien sûr, aux DIABOLIQUES.

L’intrigue, pas franchement originale, se révèle cependant intéressantes par ses nombreux twists souvent surprenants. John, un homme riche souffrant d’épilepsie, vit mal sa relation avec sa belle épouse, Denise, et réécrit son testament afin qu’elle n’hérite pas sa fortune au cas où il viendrait à décéder. Denise, par ailleurs, le trompe avec son frère jumeau, Peter, et envisage de s’emparer de sa fortune. L’arrivée d’un inconnu, Gert, perturbe leur plan : connaissant le passé frivole de Denise, notre apprenti maître chanteur réclame une forte somme à la jeune femme en échange de son silence. Mais Peter débarque à l’improviste et chasse Gert en se faisant passer pour John ! Plus tard, le maître chanteur est supprimé par Peter. Décidé à exploiter cette nouvelle donne, les deux amants envisagent de pousser John à la folie et, après l’avoir drogué, l’accusent du crime commis par Peter…

Très peu connu, L’ASSASSIN FANTÔME n’en est pas pour autant un ratage, loin de là. Si les bases du scénario sont déjà balisées (deux amants tentent d’interner le mari afin de toucher un héritage), l’adjonction du thème, finalement peu fréquenté, de la gémellité apporte au long-métrage tout son sel. L’Américain Larry Ward se montre par ailleurs très convaincant dans son double rôle, incarnant alternativement le pauvre malade John et le diabolique Peter. Bien sûr, le cinéaste ne tarde pas à brouiller les pistes et rend difficile l’identification: est-on en présence de l’un ou l’autre des frères ?

Ce petit jeu, adroitement négocié, entretient un plaisant suspense bien servi par la prestation de Larry Ward, précédemment vu dans de nombreuses séries télévisées et quelques films prestigieux comme LA CHARGE DE LA HUITIEME BRIGADE et HOMBRE, ainsi que des « spaghetti » oubliés comme DIEU NE PRIE PAS LE SAMEDI. Pour l’anecdote, le dernier «rôle » de l’acteur se trouve dans LE RETOUR DU JEDI dans lequel il personnifie vocalement Jabba le Hutt. La belle et cupide Denise est, de son côté, jouée par Teresa Gimpera, beauté espagnole qui avait débuté, quatre ans plus tôt, dans le très psychédélique et bordélique FATA/ MORGANA. Silvana Venturelli, elle aussi, est de la partie, dans un petit rôle, juste avant de batifoler sous la caméra de l’esthète pornocrate Radley Metzger avec CAMILLE 2000 et THE LICKERING QUARTET.

Enfin, Giacomo Rossi Stuart, bien connu des bisseux pour avoir fréquenté les giallo L’APPEL DE LA CHAIR, CRIMES OF THE BLACK CAT ou LA CONTROFIGURA complète la distribution en incarnant un maître chanteur. Tout de noir vêtu, portant gant de cuir, chapeau et imperméable, ce sinistre personnage affublé d’une balafre se conforme aux standards de l’assassin du giallo.

Toutefois, aussi sympathique qu’il soit, L’ASSASSIN FANTOME ne peut prétendre au titre d’incontournable du giallo machination : l’intrigue possède de nombreuses faiblesses et s’avère globalement peu crédible, y compris selon les standards du genre. Le film manque également d’attrait et reste visuellement assez terne et pauvre. Une décision sans doute en partie motivée pour lui conférer un climat sinistre entretenu par une grisaille pluvieuse, loin de la photographie ensoleillée des œuvres italiennes comme celles de Lenzi.

Epoque oblige, le long-métrage se montre malheureusement timoré et limite l’érotisme, ici réduit à quelques demoiselles en sous-vêtements et à une brève scène « sexy » (absente de la version espagnole si on croit le brusque passage de la version originale à une version doublée en anglais) dans laquelle une poitrine est fugitivement dévoilée. Maigre.

Malgré ces défauts, L’ASSASSIN FANTÔME reste une oeuvrette plaisante et divertissante qui fonctionne sur un rythme correct, régulièrement relancé par des twists successifs jusqu’au retournement de situation final, certes un brin prévisible mais habilement amené. Dans le genre « giallo de machination », L’ASSASSIN FANTÔME se suit donc sans déplaisir et se situe un peu au-dessus de la moyenne du genre.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014