ASYLUM OF SATAN
Titre: Asylum of Satan
Réalisateur: William Girdler
Interprètes: Charles Kissinger

 

Carla Borelli
Nick Jolley
Louis Bandy
Lila Boden
Liz Cherry
Don Cox
Année: 1972
Genre: Thriller / Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Premier long-métrage de William Girdler, ASYLUM OF SATAN fut filmé dans la ville natale du cinéaste, Louisville, dans le Kentucky. Le film reprend à son compte une des grandes peurs, largement entretenues par le cinéma, des années ’70, à savoir les dangers du satanisme. A en croire les nombreux succédanés de ROSEMARY’s BABY sortis durant la décennie, les cultes sataniques fleurissaient aux Etats-Unis et chaque fringant quinquagénaire dissimulait un disciple du Diable à la recherche d’une pucelle à sacrifier.

Pas vraiment maîtrisé et diablement (hum !) confus, ASYLUM OF SATAN joue de cette crainte en déroulant une intrigue embrouillée dans laquelle la frontière entre la réalité et les délires de son héroïne s’avère particulièrement poreuse. Au point que rien ne fasse vraiment sens au terme de ces 80 minutes bien longuettes.

La jolie Lucina Martins se réveille dans l’asile de Pleasant Hill, confiée par son médecin traitant aux bons soins du docteur Specter. Emmenée à la cafétaria, Lucina ne comprend pas pourquoi les autres patients de l’établissement portent d’étranges tenues blanches munies de capuches mais remarque trois personnes lui paraissant « normales » : une aveugle, un muet et une vieille paralytique.

Pendant ce temps, Chris Duncan, le petit ami de Lucina, tente de la retrouver et se rend à Pleasant Hill où il est remballé par Specter. Furieux, Duncan mène sa propre enquête sur l’asile en compagnie d’un détective. Il apprend que Pleasant Hill est abandonné tandis que Specter est censé avoir dépassé les 80 ans, ce qui ne correspond absolument pas avec le quadragénaire l’ayant précédemment accueilli.

A l’intérieur de l’asile et loin des regards se déroulent, en réalité, de sanglants rituels sataniques impliquant des sacrifices humains. Les rares amis de Lucina périssent ainsi tour à tour : la paralytique est piégée dans une pièce remplie de gaz et d’araignées, le muet finit brulé vif et l’aveugle est jetée dans une piscine peuplée de serpents venimeux. Promettant de la libérer, Specter, en réalité un grand prêtre de Satan, demande à Lucina de se soumettre à une ultime épreuve et la jeune femme se réveille attachée à un autel, au centre d’une cérémonie satanique. Specter invoque alors le démon le plus grotesque de l’histoire du cinéma mais celui-ci découvre que sa promise n’est plus vierge et se fâche tout rouge, anéantissant ses infortunés disciples. Chris surgit et délivre son amie. Mais tout cela a-t-il réellement eu lieu ou est-ce simplement des hallucinations surgies de l’esprit dérangé de Lucina ?

Cherchant à égarer le spectateur par ses circonvolutions scénaristiques supposées brillantes mais en réalité simplement incompréhensible, ASYLUM OF SATAN se présente comme un métrage abscons et peu convaincant. Le mystère réside dans la « réalité » des expériences vécues par l’héroïne et laisse le public décider, au final, de l’interprétation à donner aux événements. Malheureusement, les deux explications proposées (folie ou culte satanique) se révèlent toutes deux aussi peu crédibles l’une que l’autre et manquent terriblement de logique.

Pourquoi la jeune héroïne a-t-elle était conduite dans l’asile et pourquoi trois des patients sont ils assassinés ? Le cinéaste ne répond pas à ces questions, ni à aucune des interrogations que se pose l’apprenti détective, terminant en outre son film par une pirouette incompréhensible et stupide. La grande révélation finale (le Dr Specter et sa sévère assistante sont une seule et même personne), pour sa part, semble évidente dès le départ et n’apporte rien à l’intrigue si ce n’est un malhabile clin d’œil à PSYCHOSE.

Charles Kissinger, grand ami du réalisateur, n’est guère convaincant dans son double rôle et le voir grossièrement travesti ruine la surprise du twist tant il est évident, dès le départ, que le personnage de Maxine est incarné par un homme. Pour l’anecdote, Kissinger n’a tourné que dans les films de Girdler, apparaissant dans sept d’entre eux avant de se retirer du monde du cinéma suite au décès de son ami. Nick Jolley, lui, se révèle désastreux dans son rôle de petit ami inquiet enquêtant sur la disparition de l’héroïne. Son manque de charisme et ses horribles vêtements rendent chacune de ses apparitions pénibles. Seule l’actrice de télévision Carla Borelli donne un minimum de consistance à son personnage de femme fragile enfermée contre son gré dans un asile, incapable de déterminer si les visions horribles qu’elle aperçoit sont réelles ou le fruit de son esprit perturbé.

Au niveau des « productions values », ASYLUM OF SATAN parait, hélas, très pauvre, le manque de budget se faisant cruellement sentir en particulier lors du climax supposé spectaculaire mais handicapé par des effets de maquillage risibles. La photographie, la mise en scène et le montage sont, pour leur part, quelconques et trahissent l’amateurisme de l’équipe, donnant au métrage un parfum de téléfilm prononcé, d’autant que Girdler se montre timoré au niveau de l’horreur graphique et de la nudité.

En dépit de tous ces défauts et d’un rythme languissant, ASYLUM OF SATAN reste vaguement divertissant pour les amateurs de nanars sympathiques. Son manque de logique et de cohérence le transforme en une sorte de cauchemar éveillé pas déplaisant à suivre même si les longueurs, le manque de conviction des interprètes, l’amateurisme du cinéaste et la pauvreté des trucages le condamne à n’être qu’une petite série Z à ne voir que par curiosité.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013