CENTRE TERRE - SEPTIME CONTINENT
Titre: At the Earth's Core
Réalisateur: Kevin Connor
Interprètes: Doug Mc Clure

 

Peter Cushing
Caroline Munro
Cy Grant
Godfrey James
 
 
Année: 1976
Genre: Fantasy / Aventures / Science Fiction
Pays: USA / Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Kevin Connor, après avoir débuté sa carrière par une anthologie de sketches horrifiques très sympathiques (FRISSONS D’OUTRE TOMBE), trouva véritablement sa voie en réalisant quatre long-métrages à la thématique similaire traitant de « mondes perdus ». LE SIXIEME CONTINENT, CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT, LE CONTINENT OUBLIE et LES SEPT CITES D’ATLANTIS se succédèrent donc rapidement, les trois premiers adaptant des romans de Edgar Rice Burrough.

Considéré comme un des créateurs de la science-fiction et de la fantasy moderne (via, par exemple, sa saga « John Carter of Mars »), Burrough, que l’on connaît surtout pour avoir donné naissance à Tarzan, écrivit d’autre cycle comme celui de Caspak (duquel seront adapté LE SIXIEME CONTINENT et LE CONTINENT OUBLIE) et surtout la vaste saga de Pellucidar, situés dans une terre creuse restée aux temps préhistoriques. Le premier tome de cette longue série, « Au centre de la Terre », servira de base à CENTRE TERRE, SEPTIEME CONTINENT, subtilement relié en France, par un titre quelque peu mensonger, au précédent film de Connor, LE SIXIEME CONTINENT, qui avait été un joli succès.

Produit par une Amicus en perte de vitesse au milieu des années 70 suite à la désaffection du public pour l’horreur gothique, CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT risque aujourd’hui de sembler bien vieillot mais reste agréable à suivre. Notons d’ailleurs que ce métrage devait déjà paraître anachronique à l’époque de sa sortie, coincé entre, disons, LES DENTS DE LA MER et LA GUERRE DES ETOILES. Avec ses trucages d’un autre temps et son intrigue totalement farfelue, le métrage de Kevin Connor risque de ne contenter que les nostalgiques mais demeure suffisamment divertissant pour charmer les plus conciliants.

Comme pour tous les autres films du cycle, Doug McClure (vu également dans le très sympa LES MONSTRES DE LA MER) incarne le fier et beau héros, ici nommé David Innes. Le bonhomme est un riche homme d’affaire (la preuve il ne peut s’empêcher de mâchonner son cigare à chaque scène) ayant financé l’invention de son ami, le vieux professeur Abner Perry, joué par un Peter Cushing vieillissant et fatigué s’inspirant manifestement du Tournesol de Tintin. L’invention en question, surnommée « la taupe », consiste en une immense foreuse capable de percer des tunnels dans les collines anglaises (notons que nous sommes au XIXème siècle).

Or, au cours de leur voyage inaugural, David et Abner s’enfoncent bien plus profondément que prévu et aboutissent près du cœur de la terre, dans un endroit oublié des hommes et du temps. Dès qu’ils sortent de leur « taupe » endommagée, les deux hommes se trouvent confronté à un monstre féroce (et surtout profondément caoutchouteux) ressemblant à un croisement assez ridicule entre Godzilla, un canard en plastique et Casimir. Menacés d’être dévorés tout cru nos héros sont cependant sauvés par une tribu d’hommes préhistoriques vivant au centre de la terre mais ayant le bon goût de parler anglais, ce qui facilite tout de suite la communication. David et Abner discutent donc avec Ghak et Dian (la toujours aussi belle Caroline Munro dans son inévitable – mini - tenue sexy) qui leur apprennent qu’ils se trouvent dans le monde de Pellucidar, dominé par les Sagoths et leurs serviteurs, les Mahars. Bien sûr, les pauvres travailleurs exploités de Pellucidar, maintenu en esclavage par les immondes créatures n’attendaient que leur Spartacus ou leur Che ou leur ce que vous voulez pour mener la révolution et ce rôle reviendra à David, lequel tente en outre de gagner les faveurs de Dian (on le comprend !) laquelle s’avère en fait être – oh surprise ! - une princesse. Mais les nombreux et gigantesques monstres reptiliens compliquent la situation en attaquant à plusieurs reprises la cité…

Dans la droite ligne du SIXIEME CONTINENT, ce nouveau métrage propose son lot d’aventures trépidantes, de monstres totalement ringards (mais parfois plutôt « cool »), d’hommes préhistoriques bagarreurs et de femmes des cavernes toutes sexy dans leur bikini en peau de bête. Pas le moindre souci de réalisme au programme de ce CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT se déroulant dans des décors complètement folkloriques sentant le carton pâte à plein nez et baignés dans des couleurs très chaudes censées masquer la pauvreté de la production. Si cela ne fonctionne pas toujours, cette ambiance typiquement artificielle rend néanmoins l’entreprise sympathique en la parant d’un parfum de bande dessinée assez réjouissante. La médiocrité des effets spéciaux (même les kaizu eiga des sixties disposaient de monstres plus convaincants) passe ainsi relativement bien même si on peut regretter que le cinéaste n’ait pas opté, par exemple, pour des techniques plus efficaces comme la stop-motion. Malheureusement, le souci d’économie a probablement contraint Kevin Connor à se contenter de figurants engoncés dans des combinaisons en caoutchouc souvent vraiment mal fichues. Outre le monstre à la Casimir précité nous auront toutefois droit à un combat entre deux créatures proches du sanglier titanesque, une espèce de grenouille géante cracheuse de feu, une créature assez indescriptible ressemblant à un hippopotame mutant et, enfin, à une plante carnivore très féroce, laquelle reste la plus réussie du lot, tant au niveau de son design assez efficace que des effets spéciaux relativement convaincants.

En dépit d’une intrigue plus que convenue (invention révolutionnaire, arrivée dans un « monde perdu », découverte d’une tribu réduite en esclavage, amourette avec la sauvageonne qui se révèle princesse, unification de toutes les tribus sous la bannière anglaise et révolte finale pour renverser la tyrannie), CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT se laisse voir agréablement. Avec son côté serial prononcé, le métrage de Kevin Connor semble se moquer de ses insuffisances budgétaires et recrée le charme suranné des récits d’aventures d’antan, le cinéaste nous disant implicitement « oui j’ai pas de pognon et des types en costumes en guise de monstres, mais je m’en fous je vais réaliser un grand film épique situé au cœur de la terre ». Cette naïveté sauve d’ailleurs l’entreprise qui, en dépit de quelques longueurs et d’une intrigue parfois confuse ou insuffisamment développée, parvient à divertir en multipliant les péripéties et les séquences mouvementées.

Emballé en un peu plus d’une heure et vingt minutes, CENTRE TERRE SEPTIME CONTINENT se montre en définitive fort sympathique et saura divertir les nostalgiques d’un cinéma d’aventures destiné à un public familial friand de monstres, de mondes perdus et de fantaisie. Il y a donc pire moyen de tuer 80 minutes de son temps !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010