AUX YEUX DES VIVANTS
Titre: Aux Yeux des vivants
Réalisateur: Alexandre Bustillo & Julien Maury
Interprètes: Anne Marivin

 

Théo Fernandez
Zacharie Chasseriaud
Francis Renaud
Béatrice Dalle
Damien Ferdel
Nicolas Giraud
Année: 2014
Genre: Epouvante / Slasher
Pays: France
Editeur  
Critique:

Débutant de manière un peu pataude, AUX YEUX DES VIVANTS laisse craindre le pire après le décevant LIVIDE. Heureusement, la suite redresse rapidement la barre et Alexandre Bustillo et Julien Maury retrouvent ensuite la belle énergie qui animait leur premier méfait, A L’INTERIEUR.

En se centrant sur trois gamins très crédibles, les deux cinéastes offrent ainsi une petite plongée dans le cinéma de genre des années ’80 et construisent une première partie tout à fait plaisante où alternent humour, aventures de gamin et frissons. Nous suivons ainsi un trio de jeunes adolescents (ils ont 14 ans) décidé à sécher le dernier jour de classe pour se balader dans la nature. Après avoir manqué d’incendier volontairement la grange d’un fermier leur ayant mené la vie dure, les gamins aboutissent à Blackwoods, un studio de cinéma abandonné ayant connu son heure de gloire une décennie auparavant. Ils y découvrent une jeune femme ligotée dans le coffre d’une voiture et une étrange famille de cinglés…

Référentiel, le métrage l’est assurément. Il semble d’ailleurs éluder toute localisation spatio-temporelle précise durant une bonne partie de son récit : aucun des personnages principaux ne possède de téléphone portable, l’un des jeunes dévore les comics « Bedtime Stories », un illustré manifestement inspiré de CREEPSHOW et un studio de cinéma nommé Blackwoods, à l’abandon, servait voici une dizaine d’années de décors pour des tournages « western ». Les éléments contemporains interviennent par la suite avec parcimonie (tags au logo de groupes metal, portable utilisé par la babysitteur, références culturelles, notamment à Iron Man, etc.) mais l’intrigue aurait pu (dû ?) se situer voici une trentaine d’années sans aménagements majeurs. La patine de la photographie confère en outre un cachet particulier à AUX YEUX DES VIVANTS qui retrouve l’esthétique des films tournés à la charnière des années ’70 et ’80.

On devine d’ailleurs qu’ils constituent l’inspiration première du dynamique duo puisque ceux-ci convient, en vrac, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, MASSACRES DANS LE TRAIN FANTOME, HALLOWEEN, TERREUR SUR LA LIGNE, LA COLLINE A DES YEUX, etc. tout en y intégrant des éléments puisés dans le teen movie familial des eighties, en particuliers LES GOONIES et STAND BY ME, agrémenté de l’un ou l’autre clin d’œil au cinéma de Rob Zombie.

Malgré toutes ces bonnes intentions, quelques défauts pointent également le bout du nez : un son décevant et brouillon qui rend certains dialogues peu audibles (dommage car la plupart des répliques sont efficaces et souvent humoristiques). Le dernier acte manque également un peu de maitrise en accumulant les invraisemblances sans parvenir à se montrer à la hauteur des attentes malgré quelques jolies scènes où le gore graphique le dispute à la suggestion.

Enfin, si le trio des gamins se révèle tout à fait convaincants, certains rôles secondaires le sont hélas beaucoup moins et n’évitent pas une caractérisation sommaire aggravée par une direction d’acteur quelque peu hésitante. Des broutilles certes dommageables mais heureusement insuffisantes pour atténuer véritablement le plaisir ressenti devant cette jolie réussite.

Imparfait et impacté par quelques facilités d’écritures gênantes (mais finalement guère plus invraisemblables que celles existant dans moult « classiques » encensés des seventies), AUX YEUX DES VIVANTS, parfois engoncés dans ses références (lesquels constituent, au choix, autant d’hommages cinéphiliques érudits ou de recyclage de clichés éculés) n’en demeure pas moins une plaisante réussite qui fonctionne de manière globalement satisfaisante.

Réalisé par et pour les fans, l’œuvre, très estimable, mérite de rencontrer son public et, dans la triste morosité du paysage horrifique hexagonale, tire suffisamment son épingle du jeu pour justifier sa vision, si possibles en salles.

 

Aux Yeux des vivants a été présenté au BIFFF 2014 en présence des réalisateurs et de Béatrice Dalle.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014