BACCHANALES INFERNALES
Titre: Un urlo nelle tenebre / Un cri dans les ténèbres / Hurlements dans les ténèbres / L'oeil de la colère / Return of the Exorcist / Naked Exorsism / The Exorcist 3
Réalisateur: Franco Lo Cascio et Angelo Pannacciò
Interprètes:

Jean-Claude Vernè

 

Patricia Gori
Richard Conte
Françoise Prévost
Sonia Viviani
Mimma Monticelli
 
Année: 1975
Genre: Fantastique / Horreur / Exorcist rip-off
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Suite au succès gigantesque et imprévu de L’EXORCISTE, les producteurs se lancent rapidement dans une valse d’imitations plus ou moins conformes qui se contentent, généralement, de reproduire à l’identiques les passages clés du film de William Friedkin.

En deux ou trois ans vont ainsi se succéder, entre autre, ABBY, LE DEMON AUX TRIPES, LA POSSEDEE, MADGALENA LA SEXORCISEE, L’ANTE CHRIST, ALUCARDA, EMILIE L’ENFANT DES TENEBRES, UNE SI GENTILLE PETITE FILLE, etc. Les Italiens, déjà champions du recyclage au milieu des seventies, s’appuient sur une tradition catholique vivace et proposent des longs-métrages souvent outranciers et blasphémateurs, comme ce BACCHANALES INFERNALES qui laisse la part belle à l’érotisme.

L’intrigue, pour sa part, se montre classique et sans surprise. Au cours d’une promenade en forêt Piero surprend une jeune femme nue se dandinant sensuellement au sommet d’une cascade. Il la photographie mais, au développement, la belle n’apparaît pas sur la pellicule. Le lendemain, il retourne sur les lieux de l’apparition et découvre un étrange médaillon qu’il passe immédiatement autour de son cou. Peu après, Piero à une nouvelle vision de la mystérieuse femme, qu’il finit par égorger d’un coup de couteau…

Au même moment, sa fiancée, Chérie, meurt de manière incroyable : la gorge tranchée par une main invisible, devant des dizaines de témoins, alors qu’elle danse dans une boite de nuit. Comprenant que le médaillon est la source de ses malheurs, le jeune homme essaie de l’ôter mais constate qu’il est incrusté dans sa chair. Il demande de l’aide à sa mère, Barbara, mais, à nouveau sous l’emprise du démon, tente de la violer. Dans sa fuite, Barbara chute lourdement dans l’escalier et se tue. A l’enterrement, la sœur de Piero, une religieuse nommée Elena, comprend que le Diable est à l’œuvre et décide d’intervenir. Après l’échec de la médecine, de la psychiatrie et de la science, elle décide de recourir à un exorciste…

Exploité aux Etats-Unis sous les titres de RETURN OF THE EXORCIST, NAKED EXORCISM ou THE EXORCIST III (carrément !), cette petite production apparaît comme un modeste mais amusant dérivé du chef d’œuvre de Friedkin.

L’accent est, ici, clairement mis sur l’érotisme avec de fréquentes scènes de nudité gratuites, d’inévitables passages saphiques et des flashback plaisants sur les orgies commises par une secte satanique dont les adeptes ont, manifestement, le feu au cul plutôt qu’occulte. Nul ne sera donc surpris de retrouver à la mise en scène Franco Lo Cascio et Angelo Pannaccio.

Le premier, sous le pseudonyme de Luca Damiano, réalisa une cinquantaine de pornos durant les années 80 et 90 tandis que le second alterna films X et naziexploitation (HOLOCAUSTE 2). D’après les sources disponible, le film, débuté par Lo Cascio, se voulait une comédie horrifique mais les producteurs, de leur côté, souhaitaient un mélange plus corsé d’horreur et d’érotisme prononcé. Finalement, Lo Cascio quitta le navire et Pannaccio fut appelé à la rescousse pour tourner des scènes additionnelles (essentiellement sexy mais aussi des plans malsains de patients internés dans un asile psychiatrique) qui permirent d’atteindre une durée réglementaire. Lo Cascio refusa la paternité du long-métrage, au contraire de Pannaccio qui posa son nom au générique.

Exploité dans des versions différentes (certaines sont coupées de près de vingt minutes, d’autres caviardées de scènes porno additionnelles), BACCHANALES INFERNALES se conforme, durant son derniers tiers, aux standards du « film de possession ». Après divers examens médicaux, la science avoue son impuissance face au mal dont souffre le jeune homme, considéré comme malade mental et attaché à son lit. Sa sœur, religieuse tentée par le péché de chair, en appelle à un exorciste et l’Américain Richard Conte (TONY ROME, LE PARRAIN) débarque avec son crucifix afin de déterminer si le pauvre Piero est hystérique, cinglé ou possédé. Richard Conte, âgé de 65 ans, devait d’ailleurs décéder peu après et, malheureusement, il n’a pas terminé sa carrière par un chef d’œuvre.

Italie oblige, les cinéastes jouent la carte du scandaleux et suggèrent une relation incestueuse entre le possédé et sa bonne sœur, ou sa sœur bonne, c’est selon…Rien de très choquant mais une volonté évidente d’en rajouter une petite couche au niveau de la sexualité et de la perversion afin de surpasser le modèle américain.

Le climax, pour sa part, reste amusant dans son démarquage forcené de L’EXORCISTE. La chambre du possédé devient le champ de bataille privilégié entre le démon et le représentant de Dieu. Attaché sur le lit, Piero, le visage maquillé grossièrement, éructe des obscénités et crache du sang à l’encontre de l’exorciste (qui, uniquement identifié par sa fonction, n’a même pas droit à un patronyme) et de la bonne sœur, lesquels contre-attaquent à coups de prières et de signes de croix. Bien sûr, des objets se mettent à voltiger et le lit se secoue dans tous les sens avant de s’élèver au milieu de la pièce pour démontrer la puissance de Satan. Au final, le diable est vaincu mais n’a pas dit son dernier mot comme en témoigne le dernier plan, une fin ouverte typique du cinéma bis italien qui donnait aux producteurs la possibilité d’une séquelle qui, heureusement, ne vit jamais le jour.

Dans la veine des « sous-EXORCISTE » italiens des années ’70, BACCHANALES INFERNALES n’est ni le pire ni le meilleur mais peine toutefois à se hisser au-dessus de la moyenne. Sa courte durée et (surtout) son érotisme complaisant et régulier (les cinéastes insèrent une scène osée, de manière quasi métronomique, toutes les dix minutes) en rendent cependant la vision plaisante pour les inconditionnels indulgents du bis italien.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012