BANGKOK HAUNTED
Titre: Bangkok Haunted
Réalisateur: Pisut Praesangeam & Oxide Pang
Interprètes: Pimsiree Pimsee

 

Pramote Seangsorn
Dawan Singha-Wee
Kalyanut Sriboonrueng
Pete Thong-Jeur
 
 
Année: 2001
Genre: Fantastique / Horreur / Film à skteches
Pays: Thaïlande
Editeur  
Critique:

Trois jeunes filles discutent autour d'un verre et se racontent des histoires d'horreur afin de pimenter leur soirée. Un tambour maudit, un parfum aphrodisiaque et un mystérieux suicide sont au programme de ces récits. Dans la grande tradition des "films omnibus" constitués de plusieurs courts-métrages liés par un mince fil conducteur, BANGKOK HAUNTED nous rappelle la grande époque des productions Amicus ou Hammer comme LE TRAIN DES EPOUVANTES, HISTOIRES D'OUTRE TOMBE ou ASYLUM. Un genre relancé bien plus tard par CREEPSHOW et qui connut également le succès via des déclinaisons asiatiques comme TROIS HISTOIRES DE L’AU-DELA.

La mode de l’épouvante à base d’histoires de fantômes, très présente au début du XXIème siècle via RING et autre JU ON ne pouvait laisser indifférent des cinéastes soucieux de grimper dans un train fonçant à toute allure droit dans le mur, comme en témoigneront les innombrables « ghost stories » de plus en plus pataudes qui inonderont le marché jusqu’à saturation dans les années suivantes. Heureusement, BANGKOK HAUNTED reste pour sa part acceptable à condition d’en accepter les nombreux défauts. Comme toujours inégal, le métrage n’en reste pas moins divertissant et sympathique. Les deux premières intrigues sont réalisées par le cinéaste thaïlandais débutant Pisut Praesangeam tandis que le plus réputé Oxide Pang (THE EYE, BANGKOK DANGEROUS) emballe la troisième avec davantage de maîtrise.

La première intrigue, celle du "Tambour", n'est guère originale. Il s'agit d’une sempiternelle histoire de fantôme revenant par le biais d'un objet usuel, ici un… tambour (pas difficile à deviner !). Rien de novateur et le déroulement du récit, trop convenu, n'aide pas vraiment a apprécier une chute finale décevante et attendue. Comme souvent dans ce genre d'intrigue, surtout en Asie, deux époques finissent par se télescoper, le passé servant d'explication à la présence d'un fantôme aux temps modernes. Mais le côté horrifique s'avère peu exploité et, au contraire, la romance prédomine, le réalisateur peinant d'ailleurs à susciter le moindre frisson. Avec son ambiance finalement plus proche de la Belle et la Bête ou d'autres contes un peu macabre, ce "Tambour" se laisse toutefois regarder sans trop d'ennui mais sans générer le moindre enthousiasme. Le spectateur, dubitatif, risque même de laisser tomber et d'arrêter le film après ce premier sketch, ce qui serait une erreur puisque les deux suivants, sans atteindre des sommets, s’avèrent plus réussis et méritent une petite vision pour les amateurs d’épouvante asiatique.

« Black magic woman », le second sketch traite d'un thème également classique, celui du parfum magique capable de rendre n'importe quel individu fou d'amour et de désir. Une jeune et très jolie femme (on se demande d'ailleurs pourquoi elle a recours à pareils artifices!) en use avec des conséquences évidemment dramatiques et plutôt moralisatrices. Cet argument rappelle bien des nouvelles littéraires, dans la veine des anthologies comme Histoires de Sexe et de Sang, par exemple, mais se révèle à nouveau un peu décevant, quoique plutôt agréable à suivre à condition de se montrer conciliant. En dépit d'un léger érotisme, le cinéaste se montre en effet trop modéré pour parvenir à convaincre réellement, usant d'une sensualité somme toute mièvre, dans l'esprit des téléfilms de fin de soirée, avec leur esthétique bateau et leur photographie aux teintes immanquablement bleutées. Comme pour le premier sketch, le metteur en scène tente de bâtir une certaine atmosphère mais n'y parvient qu'à moitié, s'aidant de l'exotisme des décors thaïlandais pour conférer un peu d’originalité à un récit trop classique pour effrayer les amateurs du genre. Une fois encore, le déroulement de l'intrigue s’avère trop prévisible pour maintenir durablement l’attention, d'autant que le gore est quasi absent, mais le tout se suit sans déplaisir et fonctionne bien mieux que le piètre premier sketch.

La troisième histoire, signée Oxyde Pang, demeure la plus intéressante et s’intitule tout simplement « Vengeance ». Un flic enquête sur le suicide d'une jeune femme enceinte. Mais certaines contraintes (comme la hauteur de la poutre ayant servi à attacher la corde) le font douter, au point qu'il soupçonne l'ancien amant de la victime de l'avoir assassinée. Assez bien mené, ce segment combine investigation policière et fantastique discret avec réussite. Les rebondissements de situation et autres fausses pistes relancent ainsi régulièrement l'intérêt jusqu'au twist final bien amené et inattendu. Dommage que les flashbacks en noir et blanc, à présent mille fois vus, alourdissent le récit par leurs explications redondantes. Mais, heureusement, la mise en scène, énergique, s'avère rythmée et efficace, en dépit d’effets de style un peu gratuits et pas toujours maîtrisés.

Sans être une complète réussite, ce troisième segment constitue en tout cas une jolie surprise et mérite presque, à lui seul, la vision de ce BANGKOK HAUNTED. Pisuth Praesaeng-lam et Oxide Pang, les deux cinéastes derrière cette anthologie horrifique, ont donc en partie réussi leur pari, celui d'offrir aux spectateurs deux heures de divertissement légèrement angoissant. A défaut de passionner complètement son public, BANGKOK HAUNTED réussit à ne jamais l'ennuyer, si ce n'est peut-être lors de la première histoire, de loin la plus faible. La seconde histoire, aussi convenue soit elle, reste agréable et la troisième se révèle d’une qualité appréciable, aboutissant au final à un bilan relativement positif.

En définitive, l'ensemble mérite une petite vision pour les inconditionnels de l’épouvante asiatique mais nous sommes loin d’une anthologie réellement incontournable.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010