BARBED WIRE DOLLS (FEMMES EN CAGE)
Titre: Frauengefängnis
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Lina Romay

 

Monica Swinn
Paul Muller
Roger Darton
Ronald Weiss
Eric Falk
 
Année: 1974
Genre: Women In Prison / Culte / Erotique
Pays: Suisse
Editeur  
Critique:

Le film de prison de femmes (ou Women In Prison ou WIP) eut son heure de gloire durant les années ’70, une décennie très riche pour le cinéma d’exploitation qui vit la sortie de productions aujourd’hui considérées comme aberrantes. La cruelle inquisition, les horreurs du nazisme et les fantasmatiques couvents peuplés de nonnes lubriques servirent d’inspiration à de petits films mal torchés fonctionnant sur leur potentiel choquant et mélangeant souvent maladroitement érotisme tendance sado-maso et violences saignantes.

Concernant le WIP, Jack Hill en réalisa à l’aube des 70’s les métrages les plus renommés, devenus aujourd’hui de petits classiques, comme THE BIG DOLL HOUSE ou THE BIG BIRD CAGE. La Shaw Brothers se lance elle-aussi dans la mêlée via CAMP D’AMOUR POUR CHIEN JAUNE avant que le genre ne fusionne avec la nazi-exploitation qui connut un bref âge d’or consécutif au succès de ILSA.

Jesus Franco, pour sa part, a déjà une longue carrière derrière lui au milieu des seventies et, en une dizaine d’années, le cinéaste a livré près de cinquante titres d’intérêt divers, passant des adaptations de Sax Rohmer (CASTLE OF FU MANCHU) au Marquis DeSade (JUSTINE, EUGENIE,…), sans compter ses fameux VENUS IN FURS, LA FILLE DE DRACULA ou VAMPYROS LESBOS. En 1969, Franco réalise même un certain 99 FEMMES – LES BRULANTES, véritable précurseur, encore sérieux, dramatique et timoré, des futurs sexploitations racoleuses prenant place dans des « pénitenciers de femmes perverses ».

Franco devait logiquement se lancer dans le WIP et, après un coup d’essai avec QUARTIER DE FEMMES en 1974, le cinéaste obtient de bons francs suisses pour tourner, à Antibes, ce très fauché BARBED WIRE DOLLS, lequel récolta suffisamment de succès pour encourager la mise en scène d’une poignée de titres similaires. En l’espace de deux ou trois années, Franco va ainsi livrer DES DIAMANTS POUR L’ENFER, CAMP D’AMOUR POUR MERCENAIRES, SADOMANIA, WOMEN BEHIND BARS, ILSA ULTIMES PERVERSIONS, CONVOI DE FILLES, DES FILLES POUR LE BLOC 9,… Bref une série de produits à l’intérêt souvent limités (souvent exploités sous divers titres afin de brouiller les pistes ou même carrément remontés et déclinés dans différentes versions) utilisant une trame narrative interchangeable prétexte à quelques scènes sexy et à l’une ou l’autre torture plus ou moins explicite.

BARBED WIRE DOLLS, pour sa part, n’est ni la pire ni la meilleure production de ce style même si aujourd’hui, il est impossible de le regarder autrement que comme le témoignage effarant d’une époque révolue. Une bonne partie de son temps de projection sera cependant réutilisé 5 ans plus tard pour l’encore plus fauché et médiocre LES GARDIENNES DU PENITENCIER.

L’intrigue, linéaire et sans surprise, ne diffère guère des clichés coutumiers du WIP. La belle Maria (Lina Romay, égérie et épouse de Franco) est emprisonnée dans une prison de femmes pour le meurtre de son père (Franco himself) qui avait tenté de la violer. Maria tombe vite sous la coupe de la directrice, une lesbienne sadique lisant des ouvrages sur le Troisième Reich (Monica Swinn) et portant un monocle et un mini short. Peu après, une lettre est interceptée, visant à informer le monde extérieur des agissements troubles des gardiens et gardiennes, lesquels n’hésitent pas à abuser ou torturer les prisonnières. La directrice décide de découvrir l’identité de la « traitresse » et, dans ce but, n’hésite pas à punir sévèrement les pauvres captives…

Si Jesus Franco possède ses fans acharnés et eut même droit à une rétrospective à la prestigieuse cinémathèque de Paris, BARBED WIRE DOLLS témoigne, une fois de plus, de son manque flagrant de talent. Le métrage adopte ainsi un rythme d’une mollesse quasiment insupportable et, en dépit d’une durée réduite à 80 minutes, l’ennui pointe régulièrement son nez.

Techniquement, la misère règne, les « productions value » sont extrêmement basses, la mise en scène abuse des zooms et des effets ridicules et l’ensemble apparaît complètement inepte. Lors d’une scène dramatique (le viol, décrit en flashbacks, de l’héroïne par son père), Franco ne bénéficie pas du budget suffisant pour tourner la séquence en slow-motion et demande à ses acteurs (c'est-à-dire Lina Romay et lui-même) de jouer au ralenti, forçant le trait sur les expressions faciales exagérées et les mouvements décomposés comme sous un stroboscope de boite de nuit. Le passage s’abime dans le ridicule achevé d’autant qu’une lampe tombe ensuite à vitesse normale et que Franco utilise un objectif déformant rendant la scène d’une laideur surréaliste !

Les interprètes sont, pour leur part, médiocres, en dépit des pauses de Monica Swinn en disciple d’Isla et de la conviction mise par Lina Romay à hurler à s’en décrocher la mâchoire quasiment à chaque plan. La musique, elle, est routinière ou hors propos, avec mention spéciale aux morceaux quasiment celtiques de la dernière bobine. Enfin, l’intrigue absolument minimaliste se voit agrémentée de digressions auteurisantes sans beaucoup d’intérêt car, dans la tradition de certaines nazi-exploitation de la même époque, BARBED WIRE DOLLS tente d’élever le débat en proposant quelques considérations sur la corruption du pouvoir et la décadence, associées à de grandes tirades philosophiques et à une imagerie iconique recourant à la religion et au nazisme.

Difficile cependant d’être dupe d’un film profondément racoleur détaillant de manière régulière une série d’actes sexuels qui, sans jamais verser dans le porno, n’en sont pas moins explicites, en particulier lors des longues masturbations féminines. Les tortures, elles, sont classiques et mettent en avant la privation de sommeil ou de nourriture, sans oublier les indispensables coups de fouet et un lit métallique électrifié sur lequel repose une demoiselle dévêtue. Pas très gore et nettement moins imaginatifs que la saga ILSA mais Franco ne devait pas avoir les moyens de se payer un maquilleur ni même un pot de ketchup.

Si l’amateur de cinéma d’exploitation voit son œil s’allumer à la promesse de nombreuses scènes érotiques ou brutales, la vision du métrage calmera donc ses ardeurs tant le résultat se révèle décevant. Le producteur suisse Erwin C. Dietrich, grand pourvoyeur d’exploitation jugea d’ailleurs, à la première vision, BARBED WIRE DOLLS irregardable et inexploitable. Néanmoins, le métrage s’avéra rentable en jouant adroitement sur les désirs du public, le scénario incluant une bonne dose de sadisme à un ensemble sinon proche d’un banal soft-core situé dans une prison. Le scénariste tente cependant un petit twist final en recourant au cliché de la machination criminelle ourdie par la sadique directrice afin d’imputer à Maria la mort de son amant (donc le père de Maria, oui il faut suivre un peu mais comme personne n’a de nom ce n’est pas évident !).

Le climax, dans la grande tradition de « l’euro-trash » comprend une peu crédible évasion et un final sans espoir et dépressif, typique des « unhappy ending » de l’époque.

Misogyne, stupide, graphique, plein de nudité et pourtant fort peu érotique, sadique et cependant ennuyeux, BARBED WIRE DOLLS se laisse voir d’un œil distrait pour les inconditionnels du cinéma d’exploitation des seventies ou du petit Jesus Franco mais nous sommes loin d’une franche réussite ou même d’un métrage divertissant comme pouvait l’être, par exemple, ILSA LA LOUVE DE S.S.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010