BARON VAMPIRE
Titre: Gli orrori del castello di Norimberga / Baron Blood
Réalisateur: Mario Bava
Interprètes: Joseph Cotten

 

Elke Sommer
Massimo Girotti
Antonio Cantafora
Luciano Pigozzi (Alan Collins)
Umberto Raho
Rada Rassimov
Année: 1972
Genre: Fantastique / Horreur
Pays:  Italie / Allemagne
Editeur  
Critique:

La première collaboration entre le producteur Alfredo Leone et Mario Bava (la suivante, désastreuse, aboutit à la sortie d’une version remontée de LISA ET LE DIABLE rebaptisée avec opportunisme LA MAISON DE L’EXORCISME), s’avère hélas une déception, loin de la flamboyance des titres antérieurs du cinéaste, mais garde cependant quelques atouts qui justifient sa vision pour les amateurs du maestro italien. A la suite de son brutal BAIE SANGLANTE, Mario Bava revient, avec BARON VAMPIRE, vers un fantastique plus feutré et moins agressif, plus centré sur l’atmosphère angoissante que sur les effets sanglants. Ce long-métrage s’inscrit, en effet, dans la lignée des films d’épouvante gothiques des années ’60 dont les Italiens s’étaient, jadis, fait la spécialité. Le titre original renvoie, d’ailleurs, à une belle réussite d’Antonio Margheriti, LA VIERGE DE NUREMBERG, même si le film de Bava n’entretient, au final, aucun rapport avec ce-dernier, excepté un climat macabre similaire. 

Toutefois, en 1972, l’évolution des mœurs, de la censure et de la sensibilité du public permet au cinéaste davantage de raffinement dans le sadisme. BARON VAMPIRE place ainsi, à intervalles réguliers, un meurtre sanglant qui agit tel un électrochoc et donne un peu d’énergie à un long-métrage qui, malheureusement, en manque grandement. Désireux de découvrir la demeure de ses ancêtres, Peter Kleist arrive en Autriche et visite une forteresse qui, trois siècles auparavant, appartenait au maléfique Otto von Kleist, dont la sinistre réputation lui valut le surnom de Baron Vampire. Devant la cruauté de ce sinistre aristocrate, la population finit par se révolter et von Kleist fut torturé et enterré vivant. Passionné par cette légende, Peter est persuadé qu’elle repose sur des faits historiques effectifs. Pour prouver ses dires, le jeune homme demande l’aide d’une séduisante étudiante et se rend dans le donjon familial pour y lire une incantation qui possède, soi-disant, le pouvoir de ramener les morts à la vie. Défiguré, le Baron Vampire ressuscite effectivement et se lance dans une croisade sanglante qui laisse de nombreuses victimes sur le carreau. Peter tente de l’arrêter tandis qu’un vieillard millionnaire, Herr Becker, achète le château des Kleist et s’y installe afin de le restaurer…

 

Ce long-métrage souvent négligé, y compris par les fans de Mario Bava qui le tiennent rarement en haute estime, se révèle, effectivement, une cruelle déception. BARON VAMPIRE manque de tonus et ce défaut préjudiciable ne permet pas de contenter les admirateurs du cinéma gothique italien qui risquent de s’ennuyer devant cette oeuvrette languissante et ennuyeuse. Si Bava soigne l’atmosphère et compose quelques séquences réussies, dont la très efficace fuite en avant d’une Elke Sommer menacée, le film souffre, hélas, de son intrigue routinière et d’un manque patent d’ambitions. Le scénario, banal, propose, en effet, peu de variations sur un schéma très (trop) classique et parait bien longuet, handicapé par un rythme défaillant, voire assoupi. Certains détails incongrus fonctionnent toutefois avec bonheur et suggèrent adroitement l’opposition entre le passé et le présent, à travers la présence, par exemple, d’un distributeur de Coca Cola au sein d’un imposant castel médiéval. Cette image, forte et marquante, prouve que Bava aurait grandement gagné à accentuer le contraste entre l’époque moderne rationaliste et les légendes ancestrales qui courent sur le sinistre château. Malheureusement, ces rares moments inspirés ne suffisent pas à rendre BARON VAMPIRE vraiment intéressant et le film patine sans jamais décoller jusqu’à une conclusion prévisible et banale. La musique, elle, n’a rien de franchement mémorable même si elle fut composée par le fameux et prolifique Stelvio Cipriani. Un score d’ailleurs remplacé, dans la version américaine, par celui de Les Baxter, lequel avait déjà effectué la même opération sur les montages destinés aux USA de divers Bava comme LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP ou LES TROIS VISAGES DE LA PEUR. 

Le casting, hétéroclite, comprend la séduisante blonde germanique Elke Sommer qui travailla précédemment avec Mario Bava sur LISA ET LE DIABLE et que l’on vit aux côtés de Peter Sellers dans QUAND L’INSPECTEUR S’EMMÊLE. Massimo Girotti (MORT SUSPECTE D’UNE MINEUR, LE DERNIER TANGO A PARIS, THEOREME) s’octroie, de son côté, le rôle principal, supporté par Rada « sœur d’Ivan » Rassimov (LE CHAT A 9 QUEUES) qui incarne une médium. Enfin, le Baron Vampire en personne est incarné par Joseph Cotten, lequel fut souvent dirigé par Orson Welles (CITIZEN KANE, LA SPLENDEUR DES AMBERSONS, VOYAGE AU PAYS DE LA PEUR) et se retrouva au générique de nombreux classiques (LE TROISIEME HOMME, NIAGARA, L’OMBRE D’UN DOUTE) avant de figurer dans quelques curiosités plus ou moins réussies (L’ABOMINABLE Dr PHIBES mais aussi LADY FRANKENSTEIN). Quoique méritant, Cotten semble peu à sa place dans ce rôle de tortionnaire sadique, initialement prévu pour Vincent Price, lequel déclina l’offre, tout comme Ray Milland. 

Beaucoup trop classique pour passionner, BARON VAMPIRE se suit cependant d’un œil distrait et sans déplaisir, bien servi par le talent de Mario Bava qui compose quelques plans agréables à l’œil. Ainsi, la photographie, plaisante, joue, des ombres et des couleurs saturées, au risque de paraître aussi artificiel que le sang rosâtre qui s’écoulent des plaies ouvertes. Mais ces outrances, typiques du cinéaste, confèrent à BARON VAMPIRE un certain charme…un des seuls. Néanmoins, les longueurs de l’intrigue et le manque d’horreur sanglante ou d’érotisme (en dépit d’un sujet qui s’y prêtait parfaitement) rendent le long-métrage globalement ennuyeux. Sa vision sera donc réservée, en priorité, aux inconditionnels de Mario Bava qui y trouveront sans doute quelques qualités, hélas noyées sous les trop nombreux défauts.

Pour l’anecdote le film gagna une certaine notoriété à la fin des années ’90 lors d’un canular Internet connu sous le nom de « Well To Hell ». La rumeur prétendait qu’un forage avait fourni la preuve de l’existence effective de l’Enfer, situé au centre de la Terre. Les cris des damnés, soi-disant enregistrés par une sonde, provenaient, en réalité, des effets sonores de BARON VAMPIRE.

Fred Pizzoferrato - Janvier 2017