FRERE DE SANG (Basket Case)
Titre: Basket Case
Réalisateur: Frank Henenlotter
Interprètes: Kevin van Hentenryck

 

Terri Susan Smith
Beverley Bonner
Robert Vogel
 
 
 
Année: 1981
Genre: Horreur / Gore / Comédie
Pays: USA
Editeur Carlotta (Blu Ray)
Critique:

Premier long-métrage de Frank Henenlotter, BASKET CASE possède les défauts de ses qualités, en particulier son côté fauché et crasseux qui retranscrit à merveille le climat déliquescent du New York du début des années ’80. Tourné avec très peu de moyens et souvent à l’arrache, le film reprend un schéma typique du slasher (remplaçant le tueur psychotique par un siamois monstrueux) mais s’éloigne résolument de l’esthétique proprette et de l’horreur « grand public » des VENDREDI 13 et consorts pour plonger dans un univers nettement plus sale dans lequel règne la folie.

En effet, le premier métrage de Frank Henenlotter, dédié au "godfather of gore", Hershell Gordon Lewis, va plus loin que la sempiternelle succession de scènes atroces. Son scénario, simpliste mais original, s'inspire manifestement de SŒURS DE SANG et de FREAKS mais le traitement est efficace. Le ton oscille entre le drame, la réflexion sur la différence et l'humour noir. Le mélange, quoique pas toujours maîtrisé, n'en est pas moins intéressant. L’intrigue suit Duane dans sa misérable existence newyorkaise faite d’hôtels interlopes et de pérégrinations un panier d’osier à la main. A l’intérieur se trouve son monstrueux frère, Belial, avide de vengeance envers les médecins qui l’ont jadis opéré. Une jeune fille dont Duane tombe amoureux viendra cependant tout remettre en question.

BASKET CASE est un de ces petits budgets typiques des années ’80 au scénario basique, à la photographie terne et à l’interprétation approximative sauvé par ses idées foldingues et son côté outrancier. Si le rythme reste mollasson et les effets spéciaux artisanaux (ils possèdent ce charme bricolé de la stop-motion et du gore hâtivement confectionné), le film capture parfaitement l’ambiance des quartiers glauques de la métropole américaine.

La révélation de l’identité du monstre est également joliment négociée et confère un peu de suspense à une intrigue sinon assez linéaire. Au fil du temps, l’oeuvre s'est d'ailleurs bâtie une solide réputation « culte » vénérée par une poignée de fidèles. Le film était, il est vrai, novateur et sans lui, nous n'aurions peut-être pas eu les ultérieures EVIL DEAD, Re-ANIMATOR ou BAD TASTE.

Situé dans le milieu interlope du Time Square des années 80, BASKET CASE développe un côté sombre, désespéré et punk, qui provoque un sentiment de profond malaise « fin de siècle », si ce n'est de fin du monde. No Future, quoi! Aujourd'hui, en dépit de son importance historique évidente, BASKET CASE a malheureusement assez mal vieilli. Il faudra, par exemple, faire un effort indéniable pour se laisser prendre au jeu et accepter la réalité d'un Belial médiocrement animé images par images. Ne parlons pas des gesticulations des acteurs mimant les attaques d'un monstre caoutchouteux, des scènes involontairement drôles qui renvoient à la fameuse pieuvre de PLAN 9 FROM OUTER SPACE. Bien sûr, le budget minimaliste ne permettait pas de miracle et l'ensemble tient la route pour peu que l'on passe au-dessus des limites techniques mais seuls initiés risquent de se sentir concernés en ces temps de cynisme généralisé.

L’ensemble demeure toutefois appréciable pour les amateurs de cinéma horrifique à tout petit budget. Si les inconditionnels de l’épouvante « proprette » et techniquement accomplie risquent de s’y ennuyer un peu, ce petit film quasi anachronique aujourd’hui possède encore un certain charme en dépit de tous ses défauts.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2016