HOLOCAUSTE NAZI
Titre: La Bestia in calore / SS Hell Camp / The Beast In Heat / SS Experiment Part 2 / Horrifying Experiments of the S.S. Last Days
Réalisateur: Luigi Batzella
Interprètes: Macha Magall

 

Gino Turini
Brad Harris
Edilio Kim
Salvatore Baccaro
Xiro Papas
 
Année: 1977
Genre: Nazi-exploitation / Video-Nasty / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Pièce maîtresse de la nazi-exploitation bas du front, LA BESTIA IN CALORE se dissimule sous différents titres. En France, ce fut donc HOLOCAUSTE NAZI (il est sorti comme bien d'autres métrages similaires en vidéo chez Assaut, firme spécialisée dans le genre) mais selon les pays cela peut-être SS HELL CAMP, HORRYFING EXPERIMENT OF THE S.S. LAST DAYS, S.S. EXPERIMENT 2, THE BEAST IN HEAT, etc.

Comme de nombreux métrages appartenant au courant de la nazi-exploitation, le film fut sévèrement censuré un peu partout et même carrément banni en Angleterre où il se retrouva sur la fameuse liste des video-nasty. C'était sans doute beaucoup d'honneur puisque cet HOLOCAUSTE NAZI est définitivement plus navrant que choquant. A la réalisation nous trouvons Ivan Katansky, alias Paolo Solvay, alias A.M. Frank ou encore Luigi Batzella de son véritable (?) patronyme. Un bonhomme qui donna donc dans l'exploitation nazie avec BOURREAUX SS N°2 ou encore LORNA LA LIONNE DU DESERT (pour la firme française Eurociné), le Western, le kung fu (CHALLENGE OF THE TIGER avec Bruce Le) ou encore le fantastique érotique le plus décalé avec LES VIERGES DE LA PLEINE LUNE (son œuvre la plus connue) et le quasi culte NUE POUR SATAN.

Bref, une belle carrière dédiée au cinéma d'exploitation le plus crapuleux qui culmine en 1977 avec cet HOLOCAUSTE NAZI se voulant, ni plus ni moins, le film le plus choquant de l'histoire du cinéma. Autant le dire tout de suite, si l'intention est là le résultat, pour sa part, s'avère simplement affligeant. Bien sûr, l'idée était de capitaliser sur le succès de quelques productions plus ou moins douteuses ayant à l'époque connu un certain succès. PORTIER DE NUIT et SALON KITTY (voire même SALO OU LES 120 JOURS DE SODOME) représentent le versant noble d'un sous-genre qui s'enfonça rapidement dans les outrances comme en témoigne ILSA LOUVE SES SS et LOVE CAMP 7 qui redéfinirent les règles du jeu.

Une doctoresse blonde sadique et bisexuelle, des prisonnières soumises à des tortures délirantes et un alibi historique complètement hypocrite. Durant les toutes dernières années des seventies, la vague déferla sur l'Europe et l'Italie, puis la France (avec la "légendaire" compagnie Eurociné) livrèrent une série de métrages souvent médiocres qui sortirent et ressortirent sous des titres interchangeables, rendant toute exhaustivité impossible. Citons ELSA FRAULEIN SS, TRAIN SPECIAL POUR HITLER, HELGA LA LOUVE DE STILLBERG, LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH, DESTIN DE FEMMES, ROSES ROUGES POUR LE FURHER, etc. Difficile aujourd'hui d'imaginer des spectateurs allant voir sur grand écran d'aussi douteux "divertissements" mais les années 70 furent marquée par bien des sous-genres crapuleux, des films de prisons de femmes aux histoires de nonnes en chaleur en passant par les reconstitutions érotico-gore de l'inquisition. Bref, toute une époque!

HOLOCAUSTE NAZI tire en réalité une bonne partie de son temps de projection d'un film de guerre tourné en 1970 par le même Batzella, alors prudemment caché sous le pseudonyme de Paolo Solvay: QUAND EXPLOSE LA DERNIERE GRENADE. En reprenant des passages entiers de cette "œuvre" précédente et en tournant quelques scènes de liaisons boiteuses Batzella arrive à près de 60 minutes…Il lui reste à filmer le reste, à savoir son propre "nazi-porn" et, pour cela, il engage Salvatore Baccaro (vu dans SALON KITTY), alias Boris Lugosi, un acteur au physique tellement simiesque qu'il se passe carrément de maquillage pour jouer la bête humaine, une créature engendrée par Ilsa, pardon Ellen Krasch, (jouée par Macha Magall, déjà présente dans le S.S. GIRLS de Bruno Mattéi), afin de créer une race supérieure.

La majeure partie du film nous montre donc une sorte d'homme des cavernes violer des figurantes dénudées en train de grimacer de manière ridicule. Le sommet étant atteint par le moment censément horrible au cours duquel notre bête arrache les poils pubiens d'une demoiselle pour les dévorer à grand renfort de grognement satisfait, en alternance avec des plans insistants de la jeune fille dont l'entrejambe est couvert de bolognaise. Impossible de prendre cela au sérieux au point qu'on se demande ce qui est passé par la tête des censeurs anglais de l'époque: interdire un tel monument de bêtise était bien le meilleur moyen de lui donner une publicité qu'il ne méritait pas. La preuve: on en parle encore aujourd'hui alors que le reste de la production nazi-porn est bien oubliée.

HOLOCAUSTE NAZI est complètement raté et la faute en incombe principalement à Batzella qui tente maladroitement de mixer les éléments horrifiques ou pseudo-érotiques avec les scènes de son film de guerre "sérieux" de 1970, aboutissant à une mixture d'une profonde bêtise. Figurants se demandant visiblement ce qu'ils doivent faire dans leur costume d'officiers nazi probablement récupérés au marché aux puces, jeunes demoiselles mimant maladroitement la douleur lors de scènes de tortures idiotes (un hamster - censé représenter un rat affamé - est posé sur le ventre d'une victime plus hilare qu'inquiète), stock-shots affreusement visibles puisés dans des documentaires ou d'obscures films de guerre,…la misère la plus noire, d'autant que le grain de la pellicule trahit immédiatement le procédé et aboutit à un résultat indigne des pires 2 en 1 du cinéma de Hong-Kong.

Le scénario n'a donc guère de sens, l'idée principale étant la lutte d'une poignée de partisans contre l'occupation allemande. Explosion de ponts, trahisons, problèmes de conscience du prêtre Don Lorenzo (joué par Brad Harris qui ignorait probablement son implication dans ce métrage puisque ses scènes sont éditées du QUAND EXPLOSE LA DERNIERE GRENADE précité),…Tous les clichés du mauvais film de guerre sont présents, entrecoupés de scènes gore de bas étage et de beaucoup de nudité gratuite. Les lieux communs de l'exploitation nazie sont aussi de la partie: décharges électriques sur le bas ventre d'une actrice, tir de pistolet dans le vagin, pendaison la tête en bas, viols à répétition, ongles arrachés, attaque de rats, Au niveau des outrances, Batzella tente donc d'en donner au public pour son argent et pousse le vice jusqu'à montrer des soldats abattre un bébé. Toujours avec une telle absence de talent qu'il fait davantage rire que grincer les dents.

La fin, voulue émouvante, s'avère également risible et achève le métrage sur une note des plus négatives. Bâclé, fauché, HOLOCAUSTE NAZI représente le pire exemple du cinéma bis, celui où nul ne songe à refaire une prise ("eh coco, ça coûte cher la pellicule") même si elle est ratée et où le sens de la débrouillardise s'éclipse devant le mépris manifeste du spectateur.

En résumé, HOLOCAUSTE NAZi est nul. Un tel niveau de médiocrité peut donner au métrage une certaine coloration "nanar" mais l'entreprise est définitivement trop mal fichue pour paraître sympathique.

Fred Pizzoferrato - Mars 2008