DERRIERE LA PORTE VERTE
Titre: Behind The Green Door
Réalisateur: Jim & Artie Mitchell
Interprètes: Marilyn Chambers

 

George S. Mc Donald
Adrienne Mitchell
Jim Mitchell
Artie Mitchell
 
 
Année: 1972
Genre: Porno / Erotique / Culte / Fantastique
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Une jeune femme, Gloria, est kidnappée par deux hommes qui la conduisent dans un étrange club privé. Une fois la porte (verte!) passée, s'ouvre un monde de perversions devant la belle demoiselle, livrée à six hommes et six femmes qui en feront leur esclave.

En 1972, les long-métrages pornographiques sont encore rares. Ce sont surtout des documentaires qui titillent le public, tels CENSORSHIP IN DANEMARK et le plus réputé HISTORY OF THE BLUE MOVIE de Alex de Renzy, consacré aux courts-métrages hard de la belle époque. Il faut attendre Gérard Damiano pour assister au triomphe du hard scénarisé avec le célèbre GORGE PROFONDE. Les frères Mitchell, jusque là exploitants de cinéma et réalisateurs de loops (des courts-métrages porno dénués de scénario) se lancent également dans l'aventure et donnent au X son premier chef d'oeuvre incontestable. Pas un seul ouvrage sérieux sur l'érotisme n'oublie de mentionner DERRIERE LA PORTE VERTE, reconnu comme un classique, inégalé trente cinq ans plus tard. Les frères Mitchell jetaient un pavé dans la mare et prouvaient sans équivoque qu'il était possible de réussir un porno beau, excitant, sensuel et bien réalisé n'ayant rien à envier aux normes du "grand" cinéma. Mis à part dans certaines réussites de Stephen Sayadan (comme l'immense CAFE FLESH), Gregory Dark ou Michael Ninn, l'exemple ne fut hélas guère suivit. Même DERRIERE LA PORTE VERTE 2 (Behind The Green Door - The Sequel), tout en étant largement au dessus de la moyenne du genre (il fut aussi, pour la petite histoire, le premier porno safe sex avec usage obligatoire du préservatif dans toutes les scènes), ne renouvela pas, loin de là, la réussite du premier volet.

Ce métrage célèbre doit être considéré comme le premier grand classique du cinéma érotique classé X. Une distinction qui n'est pas que rhétorique tant DERRIERE LA PORTE VERTE s'apparente à une véritable oeuvre cinématographique et sensuelle, loin du carcan infamant de la vidéo porno minimaliste. Les frères Jim et Artie Mitchell font donc figure de pionniers et livrent un produit réussi qui transcende les limites du hard pour gagner ses galons de grand film, tous genre confondu. Ce n'est pas un hasard si il s'agit d'un des très rares pornos repris dans les dictionnaires de cinéma "traditionnel". Pour l'anecdote, lors du grand sondage du magazine Vidéo7, effectué en 1985, DERRIERE LA PORTE VERTE arrivait en tête des productions érotiques les plus attendues: à la question "Quel film X souhaitez vous voir à la télévision (Canal+)?", 95% des interrogés avaient voté pour ce classique qui fit de Marilyn Chambers une véritable star. Pourtant, la demoiselle (née le 22 avril 1952) a peu tourné au cours de sa carrière. Avec seulement une dizaine de pornos classieux (dont la trilogie culte INSTATIABLE et le documentaire INSIDE MARYLIN CHAMBERS) et un gore clinique du maître David Cronenberg (RAGE), la belle gagna une aura mythique que nulle autre starlette du hard ne pu égaler, si ce n'est, peut-être, Tracy Lords au cours des années 80.

Ancienne mannequin devenue hippie, Marilyn Ann Briggs, reste l'actrice la plus renommée et la mieux payée de l'histoire du porno. Longtemps rangée des voitures, entre autre par crainte du Sida, elle fit, en 1999, son "come-back special" après quinze ans d'absence et reçut le cachet record de 300 000 dollars pour tourner le troisième volet de la saga INSATIABLE. Hallucinant dans un milieu où les hardeuses les plus renommée touchent rarement plus de 5000 dollars et sont considérées comme des has-been passées trente ans. Il est vrai que peu d'actrices combinent sa fraîcheur, son innocente perversité, ses réelles capacités d'interprétation et ses aptitudes physiques exceptionnelles. Les frères Mitchell ne pouvaient donc mieux choisir pour incarner la jouvencelle initiée par des personnages tellement farfelus qu'ils pourraient être de simples fantasmes imaginés par cette héroïne frustrée.

Car DERRIERE LA PORTE VERTE, plus qu'un porno banal, est une oeuvre de cinéphiles, ayant étudiés à l'université de cinéma de San Francisco, qui payent leur dette envers la Nouvelle Vague, le cinéma expérimental, les métrages d'Arts et Essais, etc. Nous sommes à des années-lumière du pornocrate du dimanche armé de son caméscope d'occasion. Quasi psychédéliques, certaines scènes atteignent en effet des sommets, en particulier le final étourdissant et coloré. Citons aussi la réussite d'une bande son efficace, les dialogues efficaces (si! si!) et une intrigue travaillée qui brise rapidement les règles de la narration classique pour plonger dans un monde de rêves et de fantasmes outrés. Un climat général de fantaisie bizarre, maîtrisé de belle manière.

Tout n'est pourtant pas parfait dans ce film et les prétentions des deux frères sont parfois un peu gênantes, lorsqu'ils abusent des effets du cinéma d'auteur expérimental (filtres colorés, surimpressions, travail sur l'image, utilisation des possibilités de la caméra, ralentis, etc.) mais il est indéniable que le produit est travaillé. Certes, certains effets d'esbroufe "auteurisants" ont légèrement vieillis mais l'ensemble tient toujours la route. Il faut d'ailleurs signaler que cette oeuvre est une des premières du genre. L'objectif était de proposer une œuvre de qualité et non une simple bande porno noyée dans la masse. Et on peut dire que les frères Mitchell ont réussi leur coup. Au cours de leur carrière, ils réalisèrent d'autres X à gros budgets et aux ambitions élevées, comme SODOME & GOMORHE, un des hard les plus cher de tous les temps. Ils désiraient concilier porno, qualités d'auteur et réussites commerciales. Cette belle histoire prit fin, hélas, en 1991. Jim abat Artie, devenu toxicomane, paranoïaque et violent, d'une balle de révolver. Un tragique fait divers retracé dans le film de fiction CLASSE X, réalisé par Emilio Estevez.

DERRIERE LA PORTE VERTE, 35 ans après sa réalisation, reste donc un des rares véritables classiques du cinéma porno et mérite à ce titre d'être vu, pour les amateurs du genre et même pour un public moins restreint. A coup sûr une date clé du Septième Art!

Fred Pizzoferrato - Mars 2007