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Une jeune femme, Gloria, est kidnappée par deux hommes qui la conduisent dans un étrange club privé. Une fois la porte (verte!) passée, s'ouvre un monde de perversions devant la belle demoiselle, livrée à six hommes et six femmes qui en feront leur esclave. En 1972, les long-métrages pornographiques sont encore rares. Ce sont surtout des documentaires qui titillent le public, tels CENSORSHIP IN DANEMARK et le plus réputé HISTORY OF THE BLUE MOVIE de Alex de Renzy, consacré aux courts-métrages hard de la belle époque. Il faut attendre Gérard Damiano pour assister au triomphe du hard scénarisé avec le célèbre GORGE PROFONDE. Les frères Mitchell, jusque là exploitants de cinéma et réalisateurs de loops (des courts-métrages porno dénués de scénario) se lancent également dans l'aventure et donnent au X son premier chef d'oeuvre incontestable. Pas un seul ouvrage sérieux sur l'érotisme n'oublie de mentionner DERRIERE LA PORTE VERTE, reconnu comme un classique, inégalé trente cinq ans plus tard. Les frères Mitchell jetaient un pavé dans la mare et prouvaient sans équivoque qu'il était possible de réussir un porno beau, excitant, sensuel et bien réalisé n'ayant rien à envier aux normes du "grand" cinéma. Mis à part dans certaines réussites de Stephen Sayadan (comme l'immense CAFE FLESH), Gregory Dark ou Michael Ninn, l'exemple ne fut hélas guère suivit. Même DERRIERE LA PORTE VERTE 2 (Behind The Green Door - The Sequel), tout en étant largement au dessus de la moyenne du genre (il fut aussi, pour la petite histoire, le premier porno safe sex avec usage obligatoire du préservatif dans toutes les scènes), ne renouvela pas, loin de là, la réussite du premier volet. Ce métrage célèbre doit être considéré comme le premier grand classique du cinéma érotique classé X. Une distinction qui n'est pas que rhétorique tant DERRIERE LA PORTE VERTE s'apparente à une véritable oeuvre cinématographique et sensuelle, loin du carcan infamant de la vidéo porno minimaliste. Les frères Jim et Artie Mitchell font donc figure de pionniers et livrent un produit réussi qui transcende les limites du hard pour gagner ses galons de grand film, tous genre confondu. Ce n'est pas un hasard si il s'agit d'un des très rares pornos repris dans les dictionnaires de cinéma "traditionnel". Pour l'anecdote, lors du grand sondage du magazine Vidéo7, effectué en 1985, DERRIERE LA PORTE VERTE arrivait en tête des productions érotiques les plus attendues: à la question "Quel film X souhaitez vous voir à la télévision (Canal+)?", 95% des interrogés avaient voté pour ce classique qui fit de Marilyn Chambers une véritable star. Pourtant, la demoiselle (née le 22 avril 1952) a peu tourné au cours de sa carrière. Avec seulement une dizaine de pornos classieux (dont la trilogie culte INSTATIABLE et le documentaire INSIDE MARYLIN CHAMBERS) et un gore clinique du maître David Cronenberg (RAGE), la belle gagna une aura mythique que nulle autre starlette du hard ne pu égaler, si ce n'est, peut-être, Tracy Lords au cours des années 80.
Car DERRIERE LA PORTE VERTE, plus qu'un porno banal, est une oeuvre de cinéphiles, ayant étudiés à l'université de cinéma de San Francisco, qui payent leur dette envers la Nouvelle Vague, le cinéma expérimental, les métrages d'Arts et Essais, etc. Nous sommes à des années-lumière du pornocrate du dimanche armé de son caméscope d'occasion. Quasi psychédéliques, certaines scènes atteignent en effet des sommets, en particulier le final étourdissant et coloré. Citons aussi la réussite d'une bande son efficace, les dialogues efficaces (si! si!) et une intrigue travaillée qui brise rapidement les règles de la narration classique pour plonger dans un monde de rêves et de fantasmes outrés. Un climat général de fantaisie bizarre, maîtrisé de belle manière.
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Fred Pizzoferrato - Mars 2007 |
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