BELLES D'UN SOIR
Titre: Suprèmes Jouissances
Réalisateur: Claude Mulot
Interprètes: Martine Grimaud

 

Brigitte Lahaie
Véronique Maugarski
Louison Boutin
Alban Ceray
Dominique Aveline
 
Année: 1977
Genre: Porno / Comédie érotique
Pays: France
Editeur Bach Films (version soft)
Critique:

Petite production porno assortie d’un message féministe appuyé et d’un humour souvent efficace, BELLES D’UN SOIR (également connu sous les titres plus racoleurs de « Jouissances » ou même « Suprêmes jouissances »…tout est dans la nuance !) témoigne de l’inventivité des premières années du hard français. L’intrigue, basique, est amusante et permet des scènes proches de la « sexy comédie » : trois jeunes femmes, lassées de leurs compagnons trop machistes, décident de prendre leur vie en main et s’installent dans un grand appartement où elles se livrent à toutes les frasques dont elles ont envie. Mais la réalité matérielle ne tarde pas à les rattraper…heureusement pour payer leur loyer, elles peuvent recourir à leurs avantages naturels.

Réalisé par Frédéric Lansac, alias Claude Mulot (réalisateur du film d’épouvante LA ROSE ECORCHEE puis du pseudo giallo LE COUTEAU SOUS LA GORGE mais aussi d’une vingtaine de classiques du X français dont LES PETITES ECOLIERES et l’excellent LA FEMME OBJET), le film bénéficie d’une équipe technique rodée composée du « who’s who » du porno français de l’âge d’or : l’inévitable Gérard Kikoïne au montage, Didier-Philippe Gérard (alias Michel Barny, metteur en scène du superbe MES NUITS AVEC... ALICE, PENELOPE, ARNOLD, MAUD ET RICHARD) au poste d’assistant réalisateur, Francis Leroi (le chef d’œuvre JE SUIS A PRENDRE) à la production, auquel s’ajoute à la photographie (très soignée) un Roger Fellous venu du « traditionnel » (LA CHAMBRE ARDENTE, LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE) et devenu un stakhanoviste du X durant les années ’70 et ’80.

Néanmoins l’atout principal de BELLES D’UN SOIR reste son casting où brille la débutante et alors brune Brigitte Lahaie, promue infirmière très privée d’un malade alité pour quelques scènes iconiques et fantasmatiques qui firent beaucoup pour sa renommée naissante. Martine Grimaud (qui avait entamé sa carrière avec LEVRES DE SANG de Jean Rollin avant de le suivre dans sa filmographie hardcore) et l’oubliée Véronique Maugarski complètent la distribution féminine, escortées par les routiniers Dominique Aveline (JAMES BAND OOSEX) et l’inamovible Alban Ceray et ses deux cents boulards au compteur.

Rythmé, BELLES D’UN SOIR aligne les scènes érotiques toujours empreintes d’une réelle bonne humeur (la scène d’amour dans les toilettes du café, les commentaires du malade à son infirmière campée par une Brigitte Lahaie complaisante mais ennuyée des exigences sexuelles demandées, etc.), de trouvailles fétichistes (les trois belles, assisses jambes écartées sur un piano à queue [forcément !] se font astiquer leur bottes de cuir par un homme réduit à l’esclavage sexuel) voire d’inventions burlesques. On citera en particulier cette scène où l’homme à [vraiment] tout faire affirme sa fidélité en prenant tour à tour les trois demoiselles tandis qu’une photo de son épouse, posée sur la table de nuit, se transforme au fil de ses exploits et montre la mariée courroucée de plus en plus enragée.

Très sympathique, BELLES D’UN SOIR souffre cependant d’une version soft peut-être trop allusive qui lui ôte une large part de son potentiel érotique tout en le transformant en une comédie sexy quasiment tout public. Amusant et nostalgique d’une époque complètement révolue où le porno s’envisageait dans la bonne humeur et pouvait rivaliser, techniquement parlant, avec les productions classiques.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2014