UN ALLER POUR L'ENFER
Titre: Belly of the Beast
Réalisateur: Ching Siu-tung
Interprètes: Steven Seagal

 

Byron Mann
Monica Lo
Tom Wu
Sara Malakul Lane
Patrick Robinson
Vincent Riotta
Année: 2003
Genre: Action / Arts Martiaux / Polar
Pays: USA / Hong Kong / Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Steven Seagal fut, avec Jean-Claude Van Damme, le principal pourvoyeur de séries B musclées durant les années 90. Après son heure de gloire avec PIEGE EN HAUTE MER, NICO ou DESIGNE POUR MOURIR, Saumon Agile fut forcé, bon gré mal gré, de se reconvertir dans le direct to vidéo et, après l’échec de MISSION ALCATRAZ, dire adieu aux sorties en salles et à la renommée.

A l’opposé de Van Damme qui prend aujourd'hui son temps et ne livre qu'un film par an (souvent plutôt réussi dans la limite de leurs ambitions), Seagal tourne frénétiquement et aligne les produits vite expédiés, lesquels échouent régulièrement sur les étagères des vidéoclubs. En plus de sa série télévisée « True Justice », le roi du cassage de bras a livré en une douzaine d’années près de 25 direct-to-vidéo de consommation courante alternant le potable et le catastrophique.

Pour continuer le parallèle avec Van Damme, Seagal a, lui aussi, cherché le salut auprès de cinéastes asiatiques, de Kim Du-yeong (CLEMENTINE) à Tony Ching Siu-tung pour ce UN ALLER POUR L’ENFER. Les deux hommes ne s’entendirent d’ailleurs guère sur le tournage et Ching Siu-tung menaça de quitter le navire avec son équipe de cascadeur avant que la production ne s’en mêle et parvienne à faire entendre raison à Seagal. Celui-ci campe donc son personnage coutumier dans une très classique histoire de revanche ; Jake Hopper, ancien agent de la CIA, se lance dans une expédition punitive pour délivrer sa fille enlevée par de méchants terroristes islamiques. Bref, rien de nouveau sous le soleil et l’originalité de l’intrigue n’est surement pas le point fort de cet UN ALLER POUR L’ENFER qui brille essentiellement par la réalisation nerveuse et efficace d’un Ching Siu-tung capable d’emballer diverses séquences musclées: fusillades bien réglées et combat à mains nues rythmés se suivent donc afin d’éviter tout ennui à l’amateur d’action bourrine.

Malheureusement, Seagal possède bien "le ventre de la bête" et, avec ses vingt kilos de trop, il peine à lever la jambe, laissant la plupart du temps une doublure effectuer les affrontements câblés. Ces derniers sont irréalistes mais plutôt enthousiasmants et assimilent pratiquement le héros à un super-héros tant il voltige en tous sens pour une série de délires « câblés » assez plaisants. Au niveau de l'interprétation, Seagal reste fidèle à lui-même: il articule à peine, exhibe un physique monolithique et ne suscite jamais la moindre émotion. Toutefois, il se montre un minimum impliqué dans l'histoire et abandonne la nonchalance confinant au « je m'en foutisme » de ces derniers longs-métrages. Ce n'est déjà pas si mal d’autan que le bonhomme maintenant quinquagénaire, buriné et bouffi a acquis une vraie « gueule » plutôt sympathique. Dommage que la romance ultra convenue avec une belle prostituée thaïlandaise jouée par Monica Lo handicape sérieusement le métrage: Seagal révèle clairement ses limites d'interprétation et cette "amourette" ralentit l'intrigue sans relever l'intérêt d’un produit avant tout calibré pour satisfaire l’amateur d’explosions et de bastons.

Si UN ALLER POUR L’ENFER n'est évidemment pas un chef d'œuvre ni même une grande réussite, il reste une honnête série B d’action: le rythme relativement soutenu (sans verser dans le frénétique), les combats bien balancés et le peu de temps morts compensent un côté fleur bleue peu inspiré, le doublage systématique de la star, l'intrigue convenue et les dialogues hyper clichés qui tirent l'ensemble vers le bas.

Comparé à la majorité des œuvres de Saumon Agile de ces vingt dernières années, UN ALLER POUR L’ENFER se place toutefois dans le haut du panier et se regarde agréablement un soir de grande fatigue intellectuelle. Pour un spectateur sachant à quoi s'attendre (des bastons, des fusillades et un scénar minimaliste) le tout remplit honnêtement le contrat et, dans le genre, on a vu bien pire.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2014