LE CERCLE DE SANG
Titre: Berserk
Réalisateur: Jim O'Connolly
Interprètes: Joan Crawford

 

Ty Hardin
Diana Dors
Michael Gough
Judy Geeson
Robert Hardy
Geoffrey Keen
Année: 1967
Genre: Thriller / Epouvante / Giallo
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1967, LE CERCLE DE SANG est un curieux hybride entre récit policier, typique du « whodunit » de l’âge d’or, et épouvante. Avec son cadre unique, ses nombreux suspects, ses fausses pistes, son enquête mollassonne et ses meurtres stylisés, le long-métrage préfigure aussi bien les slashers américains des années 80 que le giallo européen des seventies.

L’intrigue, basique, prend place dans un cirque itinérant, le « Rivers Circus », dirigé de manière autoritaire par Monica Rivers, belle femme vieillissante qui aime utiliser son pouvoir de séduction sur les hommes de son entourage. Le cirque connaît, depuis quelques temps, des difficultés financières mais le décès d’un équilibriste en pleine représentation entraine une spectaculaire remontée des ventes de billets. Le public, avide de spectaculaire, se presse aux représentations dans l’espoir inavoué d’un nouvel accident. Or, les morts se multiplient, tout comme les suspects et les coupables potentiels. Frank Hawkins, nouvel arrivant au Rivers Circus, devient le centre du mystère et, accessoirement, l’amant de la directrice dont la fille, récemment renvoyée de sa prestigieuse école privée, aimerait, elle-aussi, intégrer la troupe menacée.

Peu connu, le cinéaste Jim O’Connolly reste essentiellement célèbre pour son excellent western fantaisiste LA VALLEE DE GWANGI et son sympathique film d’horreur LA TOUR DU DIABLE. Il livre ici un produit d’exploitation plaisant mais aux faiblesses criantes, à commencer par un manque de rythme flagrant encore aggravé par les nombreux numéros de cirque, souvent complètement inutiles, qui parsèment l’intrigue. Ces séquences sans intérêt ralentissent et interrompent l’action à intervalles réguliers, probablement pour des raisons économiques et pour contenter les « ch’tis n’enfants » auquel le film n’est, pourtant, pas spécialement destiné. Reste l’un ou l’autre passage campy à souhait dont un numéro musical « improvisé » par quelques freaks issus de la troupe du cirque.

Dommage que Jim O’Connolly, peu inspiré, reste trop modéré pour convaincre, un peu plus de folie aurait surement rendu LE CERCLE DE SANG bien meilleur et lui aurait évité de ressembler à un épisode tiré en longueur d’une quelconque série télévisée à énigme. Les meurtres, finalement, se révèlent en effet peu nombreux et timorés, bien loin des futurs excès du slasher. Au programme nous avons un équilibriste dont la corde se rompt pour le pendre en s’enroulant autour de sa gorge (grotesque mais amusant), un homme dont le crane est transpercé, à travers le mur, par une pique métallique (ridicule, comment le meurtrier savait il où sa victime allait se placer ?) et un type qui tombe sur un lit de poignards. Sans oublier la meilleure scène du film, un tour de magie qui tourne mal au cours duquel la jolie assistante du magicien est réellement sectionnée en deux par une scie électrique. Ce passage rappelle les excès d’Hershell Gordon Lewis sur, par exemple, THE WIZARD OF GORE, du moins au niveau des intentions et du Grand-Guignol car LE CERCLE DE SANG demeure, en définitive, peu graphique et le sang y est rare.

Du côté du casting, la présence de Joan Crawford poursuit la tendance, inaugurée par QU’EST IL ARRIVE A BABY JANE ? d’offrir aux anciennes gloires des grands écrans une seconde carrière dans le domaine du thriller horrifique. Actrice compétente, Crawford livre une belle prestation et parait une bonne vingtaine d’années plus jeune que son âge puisqu’elle avait, lors du tournage, pas moins de 63 ans. Si sa participation à une série B aussi mineure que LE CERCLE DE SANG peut laisser songeur les fans de JOHNNY GUITAR et de ses classiques des années ’30, la comédienne ne démérite pas pour autant et sa composition, qui flirte souvent avec le cabotinage, est dans l’ensemble réjouissante. Toutefois, malgré ses beaux restes et des jambes toujours largement exposées, Crawford ne parvient pas vraiment à rendre crédible sa romance avec le falot Ty Hardin (de vingt ans son ainé) que l’on revit, ensuite, dans quelques bisseries comme le western italien ACQUASANTA JOE. Michael Gough, figure habituelle du cinéma d’exploitation (L’ESCLAVE DE SATAN), aujourd’hui surtout fameux pour avoir incarné le majordome Alfred dans les BATMAN de Tim Burton, complète ce casting hétéroclite.

Les dialogues, eux, sombrent parfois dans le grotesque mais permettent néanmoins quelques répliques mémorables, comme l’amusant "We've eaten caviar, and we've eaten sawdust." Le cynisme généralisé des personnages, guère présenté sous un jour favorable, est, pour sa part, intéressant et laisse au spectateur de nombreux suspects potentiels. Chaque membre de la troupe peut être coupable des assassinats et plusieurs fausses pistes sont évoquées jusqu’au climax où le meurtrier est démasqué par les forces de l’ordre. Cette révélation finale s’avère, malheureusement, précipitée et stupide mais elle anticipe les « twists », à la fois surprenants et bâclés, de nombreux giallos ultérieurs. Bref, les aficionados des déductions rigoureuses à la Agatha Christie passeront leur chemin mais les fans de série B se laisseront prendre au piège de ce jeu mortel.

Avec ses acteurs énergiques et cabotin, son scénario stupide mais divertissant et ses quelques passages « campy » agréables pour les amateurs de cinéma décalé, LE CERCLE DE SANG se laisse suivre sans passion mais sans déplaisir. Il saura séduire les nostalgiques et les inconditionnels des films policiers mâtinés d’horreur à condition, toutefois, de lui pardonner son rythme languissant et son manque de mordant.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011