LE DEMON AUX TRIPES
Titre: Chi Sei? / Beyond the door
Réalisateur: Ovidio G. Assonitis
Interprètes: Juliet Mills

 

Gabriele Lavia
Richard Johnson
Nino Segurini
Elizabeth Turner
Barbara Fiorini
David Colin Jr.
Année: 1974
Genre: Fantastique / Epouvante / Exorcisme
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1974, LE DEMON AUX TRIPES appartient à cette vague italienne de décalques de L’EXORCISTE ayant proliféré suite au succès du chef d’œuvre de William Friedkin. La principale différence entre LE DEMON AUX TRIPES et la plupart des clones du titre précité réside dans les emprunts à un autre classique, à savoir ROSEMARY’s BABY, la jeune possédée enceinte étant promise à Satan et victime d’une sombre machination.

Soutenu par une campagne promotionnelle adéquate qui vantait son caractère terrifiant et la puissance de ses effets sonores « démoniaques », LE DEMON AUX TRIPES fut, malgré son côté plagiaire et sa médiocrité, un important et surprenant succès aux Etats-Unis lors de sa sortie le 31 juillet 1975.

A la mise en scène, se cache, sous son pseudonyme habituel d’Oliver Hellman, le cinéaste, scénariste et producteur grec Ovidio G. Assonitis, un spécialiste de l’exploitation et du copier / coller des succès du box-office. On lui doit, entre autres, LAURE (écrit et codirigé par Emmanuelle Arsan pour profiter du succès d’EMMANUELLE), un décalque éhonté des DENTS DE LA MER avec une pieuvre en guise de requin (TENTACULES), le slasher / giallo MADHOUSE et le fameux PIRANHA 2, officiellement attribué au seul James Cameron.

Entouré de nombreux collaborateurs qui travaillent à ses côtés pour rédiger une intrigue copiant sans vergogne sur ses prédécesseurs, Assonitis, pour sa première mise en scène, livre un film mou, convenu, sans intérêt et, surtout, profondément ennuyeux.

Heureuse en ménage et déjà mère de deux enfants, Jessica tombe de nouveau enceinte mais la grossesse ne se déroule pas au mieux. Lors d’une soirée d’anniversaire, elle s’absente suite à un malaise et son mari, le producteur de disque Robert Barrett, la retrouve dans la salle de bain en train de vomir des litres de sang. Jessica décide de se reposer et de consulter un médecin et, malgré les propos rassurants de son entourage, sent peser sur son entourage une influence maléfique. Peu après, des phénomènes surnaturels se manifestent et perturbent la quiétude de la demeure familiale tandis que la personnalité de Jessica change drastiquement. Bientôt, elle fait pivoter sa tête à 180 degrés et éructe de la bille verte…

En réalité, Jessica a jadis participé à un rituel au cours duquel elle devait enfanter le fils de Satan. Mais, effrayée, elle s’est enfuie, protégée par un sataniste énamouré nommé Dimitri, lequel fut ensuite chargé par le Diable de la retrouver pour terminer la cérémonie interrompue. Amnésique depuis ces dramatiques événements, Jessica se voit confrontée à son passé et possédée par son propre enfant à naitre.

Languissant, LE DEMON AUX TRIPES prend tout son temps pour installer l’angoisse et permettre aux spectateurs de s’attacher aux différents protagonistes, en particulier à l’héroïne, jouée par Juliet Mills. Cette actrice londonienne, née en 1941, débuta sa carrière enfant et, après ce film, elle joua essentiellement pour le petit écran, entre autre dans un téléfilm consacré à la possession (DEMON, DEMON en 1975).

Si ses indéniables capacités d’interprétation rendent Juliet Mills crédible en possédée destinée à enfanter le fils de Satan, cela ne sauve pas le long-métrage de l’ennui. En effet, Assonitis confond souvent développement d’un climat d’angoisse et pénible remplissage, la majeure partie du film n’ayant quasiment aucun intérêt. A côté de Mills, les autres acteurs se révèlent, dans l’ensemble, peu convaincant. Etonnant car le casting inclut quelques figures connues du cinéma de genre comme Gabriele Lavia, employé à plusieurs reprises par Dario Argento (LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, INFERNO et LE SANG DES INNOCENTS) et Richard Johnson (LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS, LE GRAND ALLIGATOR, L’ENFER DES ZOMBIES mais aussi LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise). Ce dernier cachetonne tristement dans le rôle de Dimitri, personnage ambigu dont on peut douter de la réelle existence vu la confusion du scénario.

En effet, une sous-intrigue, globalement mal menée et incompréhensible, fait intervenir ce serviteur du Diable dont la mission consiste à veiller sur Jessica et à s’assurer que son enfant naisse dans de bonnes conditions. Si les voies du Seigneurs sont impénétrables, celles de l’Antéchrist le sont toute autant puisque ses agissements paraissent contradictoires et rarement clairs, y compris lors d’un climax franchement raté.

Ceux qui espéraient une séquence d’exorcisme décente en seront d’ailleurs pour leur frais, le film se concluant de bien piètre manière au bout d’une heure quarante d’absurdités. Les longs « tunnels » dialogués, sensés épaissir l’intrigue, ne parviennent jamais à rendre les personnages intéressants ou sympathiques. Les tentatives d’empathie ayant échouées, le cinéaste se repose sur ses scènes chocs, rares et relativement timorées comparées à celles rencontrées dans d’autres décalques de L’EXORCISTE.

Malgrè des effets spéciaux potables, ces passages fonctionnent pauvrement et se contentent de recycler tous les « trucs » du long-métrage de Friedkin. Meubles animés d’une vie propre, jets de bile verte et possédée proférant des insanités d’une voix gutturales (« Sale porc, viens lécher la bave de cette pute ») sont, bien sûr, de la partie.

Les rares touches d’humour plus ou moins volontaires (Tandis que les parents traversent les pires difficultés, la petite fille de la famille se réfugie dans la lecture de « Love Story ») ne sauvent pas l’ensemble et la musique rock, d’une grande banalité, se révèle inappropriée et incapable de générer la moindre atmosphère. Encore parasité par la voix off envahissante de Satan (lequel s’exprime également via la possédée pour répéter de manière sentencieuse « l’enfant doit naître »), LE DEMON AUX TRIPES parait terriblement lent et pénible, distillant un tenace ennui de la première à la dernière image.

En dépit d’une relative notoriété et d’un bon succès commercial, LE DEMON AUX TRIPES fait pâle figure à côté d’autres décalques de Friedkin, comme les médiocres mais plus divertissants L’ANTE CHRIST ou ABBY.

Sans intérêt, interminable et ennuyeux, le long-métrage d’Assonitis ne mérite, aujourd’hui, qu’un salutaire oubli.

Fred Pizzoferrato - Août 2011