BLACK CHRISTMAS
Titre: Black Christmas / Noël Tragique / Silent Night Evil Night
Réalisateur: Bob Clark
Interprètes: Olivia Hussey

 

Keir Dullea
Margot Kidder
John Saxon
Marian Waldman
Andrea Martin
James Edmond
Année: 1974
Genre: Slasher
Pays: Canada
Editeur Wild Side
Critique:

Considéré par beaucoup comme le premier véritable slasher de l’histoire du cinéma, BLACK CHRISTMAS demeure, quarante ans après sa sortie, une œuvre intéressante mais dont les nombreuses (et indéniables) qualités ne parviennent pas complètement à faire oublier les faiblesses.

Cinéaste éclectique tragiquement disparu victime d’un accident de voiture provoqué par un « conducteur fantôme », Bob Clark a touché à de nombreux genres durant une carrière s’étendant sur près de quatre décennies. De la comédie de lycée régressive devenue culte (PORKY’s et sa première séquelle) au diptyque familial BABY GENIUS en passant par une adaptation convaincante de Sherlock Holmes opposé à Jack l’Eventreur (MEURTRE PAR DECRET), le cinéaste s’est, également, signalé dans l’horreur via deux métrages consacrés aux zombies, l’humoristique CHILDREN SHOULDN’T PLAY WITH DEAD THING et le politisé et contestataire LE MORT VIVANT.

Tourné en 1974, BLACK CHRISTMAS (qui connaîtra un remake passable en 2006), pose les bases du slasher en enfermant une poignée d’étudiantes dans une « maison de sororité » en proie à un tueur mystérieux. A l’image de nombreux titres ultérieurs (HALLOWEEN, MEURTRES A LA SAINT VALENTIN, VENDREDI 13, BLOODY NEW YEAR, APRIL FOOL’s DAY,…), le métrage séminal de Clark se déroule durant une fête emblématique (ici la Noël) même si l’iconographie coutumière associée à la célébration de la Nativité reste peu exploitée.

Une fête organisée dans une résidence étudiante aux alentours de Noël est troublée par les appels téléphoniques obscènes d’un type manifestement dérangé se surnommant Billy. L’une des demoiselles, Barb, s’empare du téléphone et insulte le pervers, lequel lui promet de venir la tuer. Peu après, la virginale Clare prépare ses valises pour rentrer chez ses parents mais le mystérieux tueur la tue et cache son cadavre. Son père et la police, inquiets de sa disparition, soupçonne bientôt que Clare a connu un sort funeste, d’autant que les recherches permettent de découvrir le corps d’une fillette assassinée.

Si l’intrigue se révèle classique et sans surprise, la caractérisation des différents protagonistes s’élève un peu au dessus de la moyenne du genre et maintient l’intérêt du spectateur, notamment via une sous-intrigue impliquant une étudiante désireuse d’avorter contre l’avis de son petit copain, lequel devient fatalement le principal suspect. Le casting, pour sa part, se montre étonnamment solide : Olivia Hussey (la Juliette du ROMEO ET JULIETTE de Zeffirelli revue ensuite dans le VIRUS de Fukasaku et les téléfilms PSYCHOSE IV et CA) incarne l’héroïne en péril tandis que Margot Kidder (SISTERS de DePalma et Lois Lane des quatre SUPERMAN) se réserve le rôle, plus divertissant, de la salope alcoolique. Chez les hommes, Keir Dullea (2001, DE SADE, 2010) joue le petit ami suspecté et John Saxon (LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP, OPERATION DRAGON, LES GRIFFES DE LA NUIT) le lieutenant de police traquant le tueur en série.

Débutant par une caméra subjective qui inspirera bien des émules, BLACK CHRISTMAS prend son temps pour instaurer une atmosphère pesante distillée essentiellement, durant la première heure, par la présence d’un criminel mystérieux tapi dans la pénombre. Jamais révélé, le tueur se manifeste en passant de menaçants coups de téléphone obscènes, changeant sa voix d’étrange manière, tel un possédé. Un procédé qui lui confère une aura quasi surnaturelle et le rapproche des assassins du giallo, comme en témoigne le meurtre superbement mis en scène de Margot Kidder, lequel doit tout autant à Hitchcock qu’à Dario Argento.

L’humour, lui, fonctionne avec plus ou moins de bonheur, illustré principalement par le personnage d’une directrice de pension alcoolique planquant ses bouteilles dans les endroits les plus improbables (bouquin ou cuvette de toilette). Les plaisanteries salaces des étudiantes au dépend d’un policier naïf et même stupide se chargent, elles aussi, de détendre une ambiance tendue. Margot Kidder, en grande forme, essaye par exemple de convaincre le flic de l’existence d’un code « Fellation » et explique au père d’une de ses copines que les tortues « peuvent baiser trois jours non stop ».

Dommage, par contre, que BLACK CHRISTMAS n’évite pas certain écueil, en particulier un manque patent de vraisemblance, en particuliers durant un final poussant très loin la fameuse « suspension d’incrédulité ». Difficile d’en dire davantage sans dévoiler les surprises réservées pas Bob Clark mais le film parait, hélas, rarement crédible et personne ne songe, par exemple, à fouiller de fond en comble la maison où se déroulent les meurtres.

A l’image du prochain TERREUR SUR LA LIGNE (et, bien plus tard, de SCREAM), le métrage illustre ainsi la fameuse légende urbaine du meurtrier passant ses appels de l’intérieur même d’une demeure, à deux pas de ses victimes désignées. Le retournement des dernières secondes (le coupable désigné s’avère innocent et l’assassin, jamais identifié, s’échappe, prêt à recommencer ses crimes) parait, pour sa part, à la fois gonflé (il fallait oser pareil final !) et décevant, le spectateur ayant la désagréable impression de s’être fait berné durant 90 minutes par un cinéaste refusant de conclure son film de manière traditionnelle. Le rythme, lui, se montre un peu hésitant lors d’une première partie parfois languissante mais se rattrape pour une dernière demi-heure plus nerveuse et convaincante.

Précurseur d’un des sous-genres les plus féconds du cinéma d’horreur contemporain, BLACK CHRISTMAS reste une œuvre estimable, combinant de réels frissons à un ton léger et divertissant.

En dépit de ses scories et de situations à présents vues et revues (le problème récurent des métrages précurseurs), le film de Bob Clark mérite donc une vision pour les amateurs de slashers qui pourront ainsi réviser leurs classiques en remontant à ses origines.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011