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Considéré par beaucoup comme le premier véritable slasher de l’histoire du cinéma, BLACK CHRISTMAS demeure, quarante ans après sa sortie, une œuvre intéressante mais dont les nombreuses (et indéniables) qualités ne parviennent pas complètement à faire oublier les faiblesses.
Si l’intrigue se révèle classique et sans surprise, la caractérisation des différents protagonistes s’élève un peu au dessus de la moyenne du genre et maintient l’intérêt du spectateur, notamment via une sous-intrigue impliquant une étudiante désireuse d’avorter contre l’avis de son petit copain, lequel devient fatalement le principal suspect. Le casting, pour sa part, se montre étonnamment solide : Olivia Hussey (la Juliette du ROMEO ET JULIETTE de Zeffirelli revue ensuite dans le VIRUS de Fukasaku et les téléfilms PSYCHOSE IV et CA) incarne l’héroïne en péril tandis que Margot Kidder (SISTERS de DePalma et Lois Lane des quatre SUPERMAN) se réserve le rôle, plus divertissant, de la salope alcoolique. Chez les hommes, Keir Dullea (2001, DE SADE, 2010) joue le petit ami suspecté et John Saxon (LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP, OPERATION DRAGON, LES GRIFFES DE LA NUIT) le lieutenant de police traquant le tueur en série. Débutant par une caméra subjective qui inspirera bien des émules, BLACK CHRISTMAS prend son temps pour instaurer une atmosphère pesante distillée essentiellement, durant la première heure, par la présence d’un criminel mystérieux tapi dans la pénombre. Jamais révélé, le tueur se manifeste en passant de menaçants coups de téléphone obscènes, changeant sa voix d’étrange manière, tel un possédé. Un procédé qui lui confère une aura quasi surnaturelle et le rapproche des assassins du giallo, comme en témoigne le meurtre superbement mis en scène de Margot Kidder, lequel doit tout autant à Hitchcock qu’à Dario Argento.
L’humour, lui, fonctionne avec plus ou moins de bonheur, illustré principalement par le personnage d’une directrice de pension alcoolique planquant ses bouteilles dans les endroits les plus improbables (bouquin ou cuvette de toilette). Les plaisanteries salaces des étudiantes au dépend d’un policier naïf et même stupide se chargent, elles aussi, de détendre une ambiance tendue. Margot Kidder, en grande forme, essaye par exemple de convaincre le flic de l’existence d’un code « Fellation » et explique au père d’une de ses copines que les tortues « peuvent baiser trois jours non stop ». A l’image du prochain TERREUR SUR LA LIGNE (et, bien plus tard, de SCREAM), le métrage illustre ainsi la fameuse légende urbaine du meurtrier passant ses appels de l’intérieur même d’une demeure, à deux pas de ses victimes désignées. Le retournement des dernières secondes (le coupable désigné s’avère innocent et l’assassin, jamais identifié, s’échappe, prêt à recommencer ses crimes) parait, pour sa part, à la fois gonflé (il fallait oser pareil final !) et décevant, le spectateur ayant la désagréable impression de s’être fait berné durant 90 minutes par un cinéaste refusant de conclure son film de manière traditionnelle. Le rythme, lui, se montre un peu hésitant lors d’une première partie parfois languissante mais se rattrape pour une dernière demi-heure plus nerveuse et convaincante. En dépit de ses scories et de situations à présents vues et revues (le problème récurent des métrages précurseurs), le film de Bob Clark mérite donc une vision pour les amateurs de slashers qui pourront ainsi réviser leurs classiques en remontant à ses origines.
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Fred Pizzoferrato - Juin 2011 |
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